Walden n'est pas
réellement une nouvelle entité puisqu'elle est le prolongement de
Han Som Soker, projet solo d'un ancien membre du groupe Inys (puis
entre temps du groupe Nord). Cette fois, pas de pochette en carton
entièrement fait main, en remplacement un boitier plastique mais
avec un joli insert à l'intérieur. Toujours dans la même veine que
Han Som Soker, Walden a cependant éclaircit son spectre musical. Les
nappes de synthé et les sonorités black-metal que l'on pouvait
palper auparavant ci et là sont mis à l'écart. Hormis Dead Man,
cousu par une guitare électrique vaporeuse en élévation sur un
parterre drone pluvial et venteux, Walden est recentré sur une
guitare acoustique qui sert réellement de base aux morceaux.
D'ailleurs pour la filiation, on ne saura être dupe, avec le nombre
de clins d'oeil et ce jusque dans les titres de chanson: Thoreau pour
l'état d'esprit, Twin Peaks pour la forêt embrumée, Woven Hand et
Neil Young pour l'inspiration musicale. Plus épurés que pour Han
Som Soker, les arrangements étoffent paradoxalement plus
efficacement les squelettes guitare sèche/chant/batterie electro.
L'harmonica et les déambulations électriques de guitares
psychédéliques donnent forme à un dark folk épais et riche. On
notera encore quelques imperfections au niveau de certains calages
avec la batterie mais également en ce qui concerne le traitement de
la voix, un peu trop détachée des instruments. En revanche, le
traitement sonore est plus aboutit que sur les albums de Han Som
Soker, terriblement plaisant, surtout lorsque l'on vient à savourer
ces enchevêtrements d'arpèges et ces accords emprunts d'une
intensité apaisante.
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jeudi 14 février 2013
mercredi 19 septembre 2012
Monstre! - Monstre! vs Burp Reynolds
Mes hanches se souviennent très bien de Inside Living Animals, le premier album de Monstre! sorti l'année dernière. Ce n'est pas tous les jours que l'on écoute, mes hanches et moi, un groupe qui donne autant la bougeotte. Pour un groupe de rock j'entends. Ben ouais, Monstre! c'est exactement ça, quatre garçons dans la bise, les qualités photogéniques des Beach Boys en moins, d'où les restructurations faciales sur leur premier album. Le nouveau directeur artistique du groupe trouvait cette pochette vraiment trop effrayante, alors cette fois on a opté pour une jolie petite illustration, une photo de famille de la bande, il faut bien que tout le monde s'y retrouve. Monstre! vs Burp Reynolds s'est vêtu d'une nouvelle couleur: si l'on retrouve bien tout ce que l'on avait pu entendre chez Monstre!, ce nouvel album prends les choses sous un nouvel angle. Nouvelle teinte, comme si les influences avaient changées de décennie. Encore plus funky, avec une basse qui mène souvent le jeu, énorme sur Burp Reynolds! Le clin d'oeil cinématographique n'est pas juste histoire de confirmer que chez Monstre! on s'amuse grave, il y a bien ci et là des décors qui viennent repeuplé notre imaginaire, ceux de l'insouciance d'une série américaine 70s ou 80s. Peut-être un peu moins noisy aussi, plus propre, mais parallèlement un air exotique que l'on retrouve actuellement dans cette fameuse scène indie/math/noise/expé française (Papier Tigre, Electric Electric,...) même si bien entendu, l'intention de Monstre! est à mille lieux de cela. Cinq titres et ses couplets entêtants, ses refrains exaltés. Toujours ce groove, cette voix légèrement droguée à la réverb', à la fois innocente et débridée, et ce sens aigu pour la mélodie efficace. Cinq titres et trois remixes. A ce train là, on espère juste que le sixième album de Monstre! ne sera pas un unique titre garni de sept remixes. Je laisse pointer une certaine réticence, mais je dois bien confesser que la version de Burp Reynolds apporte un grand intérêt avec ses chants syncopés. Pour ce qui est de Mean & wild en revanche, non, vraiment! Ce n'est pas que je n'apprécie point la trance et les boîtes de nuit mais... (hmmm, si, en fait le problème est peut-être bien là)
mercredi 16 novembre 2011
L'oiseau mort - Soubresauts, acte 1
Hip-hop de punks. L'oiseau mort sort enfin cet album, trois ans après le split vinyle partagé avec Collectif Mary Read, sur lequel on trouvait DEAD, le titre du duo qui m'était particulièrement cher, paroles percutantes et instrus infaillibles autour d'un thème à la guitare acoustique. 9 titres pour ce nouvel effort et claque à la première écoute, L'oiseau mort a vraiment un GROS son. Ce n'est pas (qu')une question de polissage, mais le travail effectué sur les textures sonores est de qualité. Les instrus sont riches, soignées et toutes en profondeur. Côté paroles, L'oiseau mort est toujours un animal qui veut mordre, on appellera cela du hip-hop militant. J'avoue ne pas toujours être convaincu par la forme adoptée, certains textes dévient parfois vers le lieu-commun, dans le choix des mots j'entends, mais parallèlement le duo atteint souvent une certaine poésie dans l'expression de ses revendications. Au rayon des bonnes surprises et des temps forts de cet album, le titre d'ouverture Les silences, Quels sourires et Crash Test avec ses cuivres, réquisitoire contre les nano-technologies.
mercredi 7 septembre 2011
Monstre! - Inside Living Animals
On parle de l'artwork? On parle de l'artwork. Les Monstre! ont opté pour un cheap assumé. Quatre portraits sur la pochette, sorte de caricature de l'album Let it be. Le pif de l'un se retrouve sous le front de l'autre, la moustache du troisième avec les lunettes du quatrième. Saurez-vous trouver à travers les autres possibilités imprimées sur le dos de l'album les vrais visages des musiciens de Monstre!? Côté galette, Inside Living Animals contient son lot de bombes noisy funky. Mocking birds, Echoes of silver, Lions on my sweatshirt, Giorgio Armani Nejad au jeu de mot osé et The answer to your questions might be in Black Sabbath songs: tout autant de possibilités pour danser fiévreusement sur un sol crasseux. Pour faire court, Monstre! c'est Sonic Youth qui aurait décidé de faire un album disco. Le duo basse/batterie confesse son sens évident du groove. Les deux guitares s'approprient chacune leur propre terrain de jeux. Pendant que la première se cantonne à une mélodie simple, en note à note, mais plus efficace tu meurs, l'autre ammène de la texture, joue de sa réverb ou de son overdrive craspec. Au milieu de ce fun continu, seul Sudden beat of the sun apparaît comme un peu plus "déprimé". Plus chargé, avec un accord qui dure qui dure. Plus lourd aussi, presque hypnotique. Tout chez Monstre! est extrêment juste, extrêment bien pensé, extrêment bien fignolé. Les arrangements (les clappements sur Lions on my sweatshirt par exemple) bouclent la cohérence de l'album. En bonus, deux titres: une autre version de Echoes of silver et de Sudden beat of the sun. La première en boîte à rythme et synthé, fun et même pas anecdotique; la seconde en version (presque) dansante, évidemment. Voilà, alors on peut se marrer un petit moment avec la pochette, mais ce premier ep de Monstre! a de quoi se la rammener, parce qu'avec un tel sens de la mélodie et du groove, Monstre! atteint aisément son but qui est que "les mélodies restent gravées dans la tête de l'auditeur dès la première écoute."
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mercredi 29 juin 2011
Han Som Soker - Lane of thought
Si le premier album d'Han Som Soker, enregistré durant l'hiver 2009/2010, avait été enfanté pendant une période très limitée, composé en trois mois et plus ou moins improvisé, ce nouvel effort nommé Lane of thought affiche clairement une plus grande ambition de composition. De black métal, il ne reste que Part I, mais la couleur n'y est plus vraiment, tout est plus diffus, hypnotisant. La guitare acoustique prends dorénavant une part beaucoup plus importante au sein de la création, emportant le spectre musical de Han Som Soker vers d'autres sphères: folk, prog, drone, expé, post-rock... On croirait par exemple entendre du Pink Floyd sur Lane of thought. Un harmonica fait son apparition sur plusieurs chansons, presque rêveur. Les lignes de chant, toujours sobres, sont particulièrement réussies sur les deux derniers titres. Douces, parfois rauques, elles réussissent à donner à l'ensemble encore plus de caractère, et c'est en cela que réside l'évolution la plus notable: Han Som Soker, ce n'est plus seulement de la musique mais un ensemble de véritables chansons cohérentes d'un bout à l'autre. Il faut également préciser l'énorme effort au niveau de la qualité sonore du disque: les instruments sont propres mais dans le bon sens du terme et permettent de profiter de la beauté des chansons, à leurs justes valeurs. Pour ce qui est de l'album en lui-même, la pochette est entièrement fait main, de manière artisanale et l'objet sort une nouvelle fois en très peu d'exemplaires.
contact: eolhra(at)hotmail(dot)com
samedi 18 décembre 2010
Han Som Soker - Han Som Soker
Composé et enregistré en deux mois, Han Som Soker est le projet d'un seul homme, en la personne du bassiste des défunts Inys. L'artwork instaure le climat austère de l'album : forêts profondes, montagnes enneigées et ciels nuageux. La nature prenant le dessus sur la civilisation, la présence humaine réduite à néant. Rien que le sifflement du vent entre les sapins, le ronronnement de l'eau coulant entre les rochers et le murmure de la neige qui se dépose sur le sol. La typographie déstructurée sur la pochette en carton et les écritures gothiques du livret appelleraient presque à un logo « True Norwegian Black Metal ». L'Intro remplit son rôle : claviers sombres et glaçants en crescendo puis décrescendo, de quoi prévenir l'auditeur à ce qui va en suivre. Ghost débute sur de délicates notes de guitare rejointes par un chant posé mais habité. La transition qui arrive ensuite a un petit côté-début de Pity the weak de Fall Of Efrafa, en version beaucoup plus lente : même façon de reprendre des couples de notes calmes à la guitare après une ambiance qui s'estompe mais reste sous tension. Un peu plus loin, c'est l'ombre d'Inys qui refait surface: guitare crade, batterie lente et grain de voix écorché. L'intro de September et ses étouffements de notes éparses sous chorus font étrangement penser au thème musical de Twin Peaks. Le rapprochement avec la série culte de Mark Frost et David Lynch n'est d'ailleurs pas aussi incongrue qu'elle en a l'air : l'appel de la nature, à travers des forêts épaisses et mystérieuses et la déchéance psychologique humaine en société sont des thèmes communs. En témoignent les paroles de Enclave of freedom : « Only the nature, in certain places, rest free of any chains / Freedom is no longer than here / Cities are cages without bars / Bars are useless for docile beast ». Le black-métal ambiant de Han Som Soker, même s'il prends ses propres directions, reste teinté de l'expérience avec Inys. Le spectre de ce dernier rode autour de ces 6 titres : on retrouve ces même riffs pesants à peu d'accords sur lesquels viennent, en revanche, s'accrocher ici et là des notes plus aigües, un cri guttural, des claviers glacés ou encore une guitare acoustique. Han Som Soker est en tout cas une expérience artistique honorable : s'investir complètement dans un processus de composition pendant deux mois, improviser face à sa volonté immédiate pour n'enregistrer que le ressentit à l'instant présent, sans avoir le temps de prendre de recul, pour faire ressortir ce qui pourrait être perçu comme la sincérité ultime.
Inys - Noir sur blanc, à titre posthume

Il est toujours délicat de chroniquer l'album d'un groupe de potes. Vous serez juges de mon objectivité. Je m'attarde sur l'objet d'abord : belle pochette réalisée à l'atelier de sérigraphie du 102 (rue d'Alembert/ Grenoble) et livret à l'intérieur dans lequel on retrouve, outre les paroles, des photos et réflexions des membres du groupe et de personnes ayant collaboré au projet. A noter la participation de l'association Taenia Solium, responsable (pour ceux qui ne le savaient pas encore) de plusieurs compilations gratuites et d'un fanzine (le Nanozine). Tout dans cet album découle donc de cette même logique anti-commerciale. J'en viens donc à la musique. Je mets plusieurs longues écoutes avant d'apprécier ces trois titres, non pas que le post-hardcore lourd et sombre de Inys ait du mal à passer à travers mes oreilles, mais faute à un son que je juge franchement moyen. Je fais peut-être le difficile mais je ne vais pas vous mentir, un son déplaisant a tendance à me faire froncer les sourcils et lancer le disque dans un coin pour ne plus revenir dessus ; et ici, la batterie est horriblement mixée et le tout manque cruellement de profondeur. Si je tiens à le préciser, c'est que ces trois titres méritent mieux, car les qualités de composition sont bien présentes. L'ombre et le reflet pose les bases de l'identité de Inys : une structure qui s'étire, un malaise craché désespérément à travers un chant écorché tour à tour dérangeant et touchant. Si j'étais fainéant, je comparerais le style pratiqué à Isis et Cult Of Luna et si j'étais plus pertinent, je déduirais des influences plus proches de Amen-Ra. A travers la lourdeur de ces riffs acharnés viennent s'incruster ci et là quelques arrangements électros : le piano et les ambiances tribales sur L'ombre et le reflet, des éléments indus faisant écho aux Lyonnais d'Overmars sur Emboîte le pas et des violons pour La fissure du trône. On sent que ces trois chansons sont indéniablement les trois dernières batailles qu'ils mèneront (ont menés) pour vider toute leur colère. Sans réinventer quoi que ce soit, ces trois titres d'Inys transpirent de sincérité, et par les temps qui courent, c'est déjà un grand gage de qualité.
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