Taulard a
toujours dansé sur la corde raide. Un point d'absolu dans son genre,
en proie à des vents querelleurs. Jusqu'à présent, Taulard s'était
agrippé de toutes ses forces, avait résisté coûte que coûte.
Paradoxalement, les atouts du groupe ont toujours été ces petites
choses fragiles: un chant en français avec des textes doucement
naïfs et un synthé cheap et vierge de tout effet. Jusqu'à présent,
Taulard avait résisté, mais s'est fait prendre dans un moment
d'inattention et a glissé. Rien de bien grave, ni jambe cassée, ni
entorse aggravée. Seulement, ce premier album a un autre goût que
les précédents efforts des grenoblois. Le son un peu incertain de
la première cassette et du 7", tout cela faisait le charme du
groupe, qui a décidé de donner à son premier album un son digne de
ses ambitions. Résultat: Les abords du lycée est propre comme une
paillasse de TP de physique-chimie. Une propreté médicale, qui a
tout blanchit, qui a gratté la moindre aspérité. Ce n'est pas pour
faire l'éloge frontale d'une certaine pauvreté ou saleté, mais une
autre intention musicale a ici pointé son nez. La majorité des
présents morceaux existaient déjà sur le cd -celui enregistré par
Josselin lorsque Taulard n'était pas encore un véritable groupe- ou
sur la demo-tape, et ce sont ces anciennes versions vers lesquelles
je me tournerais encore à l'envie de les écouter. Dans la roche est
la plus grosse déception de cet album. Clairement, cette chanson est
un "hit": une mélodie trop classe et un thème abordé
(les abus sexuels) avec une justesse et une franchise rare, mais
-merde- que vient foutre cette basse funky, -comment dire- cocasse,
ici? Voilà, quelque chose cloche, quelque chose me dérange dans Les
abords du lycée. Une affaire de sensibilité, un décalage qui ne
fonctionne pas. Dommage, car Taulard compose toujours de supers
chansons et l'écriture de Josselin s'affine, avec cette manière
toujours singulière d'introduire un malaise au détour d'une
phrase:"Tempête, qui fait tomber les arbres, qui fait tomber
les gens". Dans tous les cas, Taulard semble attirer de manière
exponentielle l'intérêt des gens. Tant mieux.
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vendredi 4 juillet 2014
dimanche 17 février 2013
Taulard - s/t
OK. Je
commence à comprendre ce qu'il y a de si bien dans Taulard.
Inévitablement, cette écriture particulière. Sous un déguisement
naïf, des phrases en accumulation, interminables, une logorrhée
tendue et doucement rageuse. Les paroles témoignent d'anecdotes et
d'instants spéciaux ou plus anodins, et si Fuir ne me faisait pas
mentir, puisque influencée d'un roman, je louerais cette obstination
à traiter de la sphère personnelle. Il y a quelque chose de
l'archive chez Taulard, archiver les expériences, les agencer
ensemble et en faire sortir un propos, où l'intime entame un
déplacement vers des enjeux suprapersonnels. Les rencontres, voyages
ou un drame ayant touché un proche (Sous le même toit) sont des
prétextes. La diction, elle, semble incontrôlable: elle se
positionne un instant puis tente autre chose, spasmodique, hachée
puis infatiguable. La double voix sur certaines lignes de chant
appuyée avec force par les mélodies de la basse et du synthé, crée
ces instants d'une magie opérante, le pont de Frankreich Katastrophe
par exemple, magnifique. Ailleurs, ce sont les nappes de voix qui se
marient merveilleusement bien avec celles du synthé (Fuir
notamment). Le son est clair, les instruments distincts; on sent
qu'il n'est pas encore exactement comme il devrait être, la basse
notamment est un peu trop sourde, mais ce n'est qu'un détail. Sous
le même toit et Londres ont un peu pâle allure face aux énormes
Frankreich Katastrophe et Fuir, mais rien n'est à reprocher à ce ep
4 titres, marquant de de plus en plus efficacement la particularisme
de Taulard.
jeudi 14 juillet 2011
Taulard - Taulard
Taulard s'appelle Taulard. Sur la pochette de la première cassette de Taulard, on voit apparaître une lame de rasoir, sans trop même avoir à faire de pirouettes avec les yeux. Rien de subliminal ici, on sait effectivement à quoi s'attendre lorsqu'on met en route la bobine: Taulard n'a pas vraiment le coeur à la fête. Taulard c'est des états d'âme, des maux, des instants fixés sur le papier. Le point fort de Taulard justement, c'est peut-être bien les paroles. Faussement naïves, souvent mélancoliques, parfois ironiques ou un poil vénères; des sales expériences sous forme d'histoires. Une écriture indécise, parfois évasive, presque poétique, et parfois beaucoup plus concrète. Le chant en français, dans ce style particulièrement, est un exercice casse-gueule. La première écoute pèche un peu. On rechigne parce qu'on n'a pas l'habitude. Mais on décide de donner une seconde chance, car on sait qu'il s'y passe quelque chose. On retourne la cassette, on réappuit sur play (les deux faces de la cassette sont identiques), et alors on se sent un peu bête, parce que finalement ce chant, on l'aime bien quand même. Les "oh oh" de Ville portuaire, on les chante en coeur, pas le choix. Pour ce qui est du reste, c'est à dire les instruments, le choix est celui d'une atmosphère dépouillée et maladive. Bien sûr, les lignes de basse sont audacieuses, mais la batterie tend vers l'épuration. Le synthé, lui (le principal élément mélodique), sait ne pas en faire des tonnes et mène la barque avec finesse. Et puis cette pochette: visuel minimaliste, un peu à l'image de la cassette des Rip It Up! il y a quelques mois: concise et classe.
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