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lundi 27 février 2017

François Virot - Marginal Spots


En effet, je n'ai rien posté sur ce site depuis de longs mois, et la dernière chronique concernait déjà François Virot. En effet, ce n'est pas un hasard, – non, je n'ai pas écouté Virot en boucle depuis tout ce temps -  c'est justement parce que la dernière chronique le concernait que la sortie de ce nouvel album m'a rappelé l'existence de ce site. C'est bien dommageable, mais cela ne le concerne pas. Donc, entre temps, François Virot semble avoir opté pour un nouveau style vestimentaire - les photos promo - , le même que plusieurs personnes que je n'apprécie guère. C'est bien dommageable, mais cela ne le concerne pas. François Virot a fait un clip pour Medicine, le titre d'ouverture de ce Marginal Spots, dans lequel il fait plonger ses potes dans une piscine, et cela dans une esthétique toute VHS. Soit, mais si on parle musique, je me suis dit à première écoute : "c'est moins la passion" – passion n'est pas à prendre au pied de la lettre , je suis une personne raisonnée- . La sensation qu'une tournure plus fun était entamée, presque festive, mais à une intensité moindre avant que cela ne dérive à la grossièreté.  (Regardez, je suis une personne mesurée, je mets des termes en italique pour insinuer que la langue française n'a pas prévu tous les mots que je souhaiterais utiliser.) Peut-être que c'est sa nouvelle manie de faire des clips au bord d'une piscine. Et un clip, ça joue forcément sur la réception que l'on peut avoir d'une musique. Si vous voulez tout savoir, oui, j'ai regretté de l'avoir regardé ; je l'ai maintenant en tête à chaque écoute. Donc, je disais que la première écoute était quelque peu dubitative, mais les suivantes furent plus modérées, puis finalement enthousiastes. Je crois que j'apprécie moins le style global de cet album, mais les chansons sont, en soi, toutes biens. Le style ? Je ne sais pas, en fait il y a une atmosphère à la Beatles, je ne sais pas si c'est une bonne chose ou pas, et je n'ai même pas envie de me poser cette question, mais c'est quelque chose qui revient à plusieurs moment. François Virot, ça marche quand même à chaque fois avec moi : les doubles voix, les petits arrangements, les petites fragilités. La nonchalance de Medicine m'irrite un peu, mais ça marche tout de même avec moi : l'entrée de guitare sur le refrain de Rip Off, la berceuse lancinante de Hostile, le bien bel outro de Blue Void où se suivent guitare et chant, mais j'ai surtout un petit faible pour Tour de Force, qui prend le temps de se construire, les instruments semblent chercher la discrétion, mais le crescendo y est sobre mais terriblement efficace.

samedi 9 mai 2015

François Virot - Unreleased 2008-2010




Le style de Baptiste Virot est particulièrement tranché. Motifs eighties et couleurs flashy. Ma préférence se penche largement vers ses comics en noir & blanc, c'est donc pour moi le mauvais côté du bonhomme qui vient orner cet album. Une parenté entre Baptiste et François? Je ne crois pas. L'homonymie les aura en tout cas rapprochés sur ce coup-là. Quelqu'un aura osé. Alors, commençons par noter que cet album est sorti à l'aube de cette magnifique année 2015. Je ne suis pas sûr de savoir ce que signifie « sortir » pour une version digitale, mais en tout cas, ça s'écoute dés à présent. On se rassure, ça se télécharge gratuitement, manquerait plus qu'on soit obligées de déverser des thunes pour du codage binaire. Une version physique ? Que dalle ! Non non, je ne vais sûrement pas me plaindre, je suis bienheureux de découvrir ces titres, plutôt bien dignes d'ailleurs ! On retrouve ici tout ce qui est faisait la force du premier album de François Virot sorti en 2008. Je trouve le rapprochement avec Animal Collective ici bien plus prégnant que sur Yes or No : choeurs enjoués, une place primordiale aux percussions - sur corps de guitare, cordes et claquements de main - et polyphonie guitaristique. Quelques expérimentations - claviers sur la 3 et bidouilles électro sur la 8 - inusitées d'ordinaire dans ce projet solo mais pas inhabituelles chez Virot. La 5 change un peu également, par son côté folk plus traditionnel à la Elliott Smith. On retrouve quelques versions demo de titres qui auront finis entre temps chez Reveille (4Little Violences) et Clara Clara (2One on One) dans des versions éloignées de leur forme connue mais d'autant plus plaisantes. Non, vraiment, ce Unreleased 2008-2010 est loin d'être une mauvaise chose, malgré ce petit essoufflement sur les deux derniers titres, et semble prédire une prochaine sortie, par corroboration avec les quelques nouveaux titres qui tournent sur le net. Hope so !

samedi 31 janvier 2015

Baton Rouge - Totem





Un pas en diagonal.  Baton Rouge à changer de cap, même si le vent ne l'a pas encore poussé bien loin.  Les compositions de ce second LP tendent vers quelque chose de plus intemporel,  de plus "rock", délaissant au passage les sonorités emo-punk qui avaient forgé sa patte.  Plus chic, Baton Rouge prend le temps de tricoter des ambiances dans un format qui se moque de celui des chansons courtes et efficaces. D'ailleurs, cet album semble pensé  avant tout pour l'objet-même que pour les concerts. Bien sûr, des chansons courtes et efficaces,  il en a encore - Côte du Py / D'année en année - avec ces riffs reconnaissables instantanément.  Les lyonnais s'essaient avec assurance à de nouvelles choses: des arrangements sur Train de nuit par exemple,  avec cette guitare accoustique qui vient épaissir le riff central, quelques effets plus marqués sur les guitares,  ou des impressions inédites chez B.R. (quoiqu'un peu à la Sed Non Satiata) sur Le Fixeur.  Je trouverais à redire sur le chant, qui ne me plaît guère. Julien s'essaie à une voix plus calme et posée  qui se dote d'un grain rauque lorsqu'il force dessus: plus affirmée qu'auparavant et encore une fois plus "rock".  En revanche, un sacré travail d'écriture est effectué sur les textes,  d'une qualité formelle et d'une poésie rare (Au gré du gel en est l'exemple ultime), qui plaira à certain.e.s  mais qui gonflera peut-être aussi d'autres (mais alors là, peu importe). Le long de ces neuf titres,  la magie fonctionne souvent au détour d'un accord sur lequel viennent se rejoindre -ou au contraire diverger-  subitement les instruments, comme sur l'instrumental Hypn-O-Sonic.  Et à Baton Rouge d'écrire des chansons toujours aussi riches. Si l'on pourra regretter  une certaine époque de Baton Rouge en ce qui concerne le style,  on ne pourra que se réjouir de la qualité toujours imposante du groupe.

samedi 29 novembre 2014

Pervers et truands



Et cela survient finalement. Tout s'écroule. On croyait à un moment de liesse. Comme un tour de manège. Un tour de manège où c'est toi qui choisis quand tu veux descendre. Mais la catastrophe a tout détruit. Rien n'a survécut. Du manège, il ne reste qu'un amas de détritus renfrognés. Et c'est une bande de freaks chimiquement modifiés qui repeuple ce qui était autrefois des paysages. Esthétique des ruines. Soit. Celle-là est particulièrement réussie. Il paraît que ça sort des ateliers de Ursa Minor à Saint-Etienne. Ça tombe vraiment bien puisque c'est de là que nous vient justement Pervers et truands. Un premier album après une triplette de demos sur CD-r. Pervers & Truands sont des gens ordinaires: c'est écrit sur ce vinyle et relevé déjà par une autre personne qui s'essaie également à ce genre d'exercice: aligner des mots, voir des phrases, pour parler d'un groupe de musique, d'un groupe D.I.Y., que l'on a vu à un concert, et pour dire un peu plus que parler simplement musique. De là à réussir (?) Pervers & Truands sont des gens ordinaires et c'est plutôt rassurant. Pervers et truands, c'est du sludge fait par des gens qui ne savent jouer que du punk. Ils ont bien essayé de nous le cacher mais certains éléments ne trompent pas. Un peu trop d'urgence ou de hargne. Il y a deux élément notables chez P&T. Ouais! Rien que ça! Les passages lourds. Et les passages rapides. Va pas falloir trop chercher à intellectualiser tout ça. Des mouvements de têtes lents et déterminés. Et des mouvements de têtes rapides et satisfaits. Et c'est tout ce qu'on leur demande. Suffit de choisir la bonne manière de faire ça.10 titres du même acabit. Un petit bémol sur Spooky Song, l'interlude calme et déprimé qui sent juste la fatigue. Bon disque.

mardi 29 avril 2014

Alligator - Runners



Le duo lyonnais a enfin donné suite à sa démo cassette avec un premier LP. Tout n'est pas nouveauté puisque l'on retrouve en face A l'intégralité de ladite cassette. L'inédit, quant à lui, se cantonne à la face B. Si je considérais le premier effort d'Alligator comme un peu inégal, avec des titres qui pouvaient vite devenir un peu irritants (Cycles et Bloody Mouth), autant avouer tout de suite que ces cinq chansons ont toutes atteint un certain degré de délice. Elisabeth et Lisa ont transformé leur petit groupe de détente en atelier bien rodé. Les chansons sont simples mais élaborées, on pourrait imaginer qu'Alligator se pose des directives: "faire le maximum du possible, de l'envisageable, avec le minimum, nos deux instruments et nos deux voix". C'est sec, c'est squelettique, mais Alligator réussit ce tour de force d'écrire de véritables chansons pop, gracieuses et magiques qui restent gravées à partir de quelques notes de basse et une batterie décharnée. J'ai dit "simples". J'ai dit "décharnée". Disons que ce sont les moyens engagés qui le sont. Car les parties de basse et de batterie n'ont rien de convenues et on sent bien que les deux maîtrisent désormais leurs instruments et s'épanouissent dans le style que s'est forgé Alligator. Mais ce qui fait, encore ici, fonctionner cette magie par-dessus tout, c'est le chant. A l'évidence, les deux lyonnaises prêtent une attention particulière aux mélodies et à la manière dont les deux chants vont se croiser et se compléter. C'est toujours beau, et c'est souvent très prenant. Incroyablement organique et sincère, il faudra désormais beaucoup d’hypocrisie pour oser dire du mal de la musique d'Alligator.

vendredi 11 avril 2014

Gouvernail - Black Howl



Le flou règne autour de Gouvernail. Ce qu'il semble être: un projet individuel lyonnais. Pour le reste, on ne pourra s'accrocher qu'à la stricte matière sonore. Des loops de guitare et une batterie électro pour seule substance, un post-rock richement construit, tirant clairement ses racines d'un post-hardcore plus hostile mais que l'on aurait surpris un instant en pleine songerie. C'est un travail toujours un peu compliqué de s'épancher sur une musique du genre sans tourner en rond. Comment ne pas se vautrer encore et toujours sur des termes tels que "paysage" ou "onirique"? Disons que l'on connaît Gouvernail. On a déjà entendu cela quelque part. Du moins, les termes qu'il emploie font partie de notre vocabulaire depuis longtemps. Mais dans Black Howl, il y a tout de même une certaine manière de les agencer, ces termes, d'où une entité propre. Pas la peine d'aller chercher des références, ce serait à la fois juste de le faire. Et extrêmement faux. Ce premier recueil de cinq titres instrumentaux,cohérent de bout à bout, sait emprunter dans d'autres sphères, comme ces beats de Canadian Shores ou sur A New Start. Moins mélancolique. Plus "catchy". Tout cela se joue sur de fines nuances, mais tout cela fait la différence et Gouvernail opère merveilleusement bien dans ce qu'il fait. Aura-t-on la chance de le découvrir en live? A l'écoute de Black Howl, je me remémore un ancien groupe de Lyon qui partage quelque peu le même lexique. Y aurait-il un ancien membre de Солярис [Solaris] aux commandes de Gouvernail?

Nine Eleven - 24 Years




City of Quartz m'avait interpellé à sa sortie. Choisir pour titre d'album le nom de l'ouvrage de Mike Davies -sur la ségrégation spatiale et le tout-sécuritaire de la ville contemporaine à travers l'exemple de Los Angeles-, cela ne pouvait sembler que prometteur. A l'écoute pourtant, rien à en tirer pour ma part: un punk-hardcore froid et surproduit, empilant tout les codes du genre. Une machine de guerre lisse et propre semblable à toutes les autres machines de guerre de la nouvelle scène hardcore. Une abrupte dichotomie entre un discours fortement revendicatif et une modalité de fonctionnement à la conquête de la sphère spectaculturelle -grosse production, facebook et tout l'arsenal habituel- aux antipodes de leur idéologie portée en blason. En définitive, une bonne déception, immédiate. Et puis récemment, un concert me donne l'occasion de redécouvrir le groupe. Entre temps, les manceaux ont changé de chanteur et de bassiste (et de batteur?) et ont redéfinit leur spectre musical. Nine Eleven se veut plus dark et rôde d'avantage vers le post-hardcore avec des prises de vitesse à la Cursed. Et en live, une attitude totalement honnête et passionnée et un set impeccable. Nine Eleven n'en finit pas pour autant avec son goût pour les codes et les banalités, des plans un peu grossiers (la première partie de Face the Triangle par exemple, assez pompeuse, pourtant sauvée par la suite plus posée mais magnifiquement tendue). 24 Years possède en revanche de nombreux moments de pur bonheur et la production est beaucoup moins connotée et plus vivante que précédemment. Le nouveau chant est pour beaucoup dans le renouveau salutaire de Nine Eleven, moins sec, plus habité et chargé émotionnellement. Et en prime un bel objet, même si là encore pas d'étonnements sur un artwork composé de peintures de "maîtres" pour la version vinyle: un Caravage et la fameuse vanité de Philippe de Champaigne. En espérant que ce nouveau line-up se stabilise un peu et poursuive ce qu'il vient d'entamer.

mardi 11 mars 2014

Frustros - A l'attaque du rien




Il m'en aura fallu du temps pour me laisser séduire par Frustros. Il faut dire que le quatuor n'a rien de très excitant et ne cherche pas à écrire des tubes (merde, j'espère que je ne me plante pas...), même pas pour faire chanter ses potes. Avec Frustros, la vitesse de croisière est enclenchée, on ne s'arrête jamais pour prendre un petit café sur une aire de repos, mais on n’appuie pas non plus sur l'accélérateur. Le fondamental en ce qui concerne le sens de la mélodie chez Frustros, c'est la dissonance. Pour le chant, c'est un peu la même chose: "c'est bon, ça passe". Les paroles forcent et se bousculent au bout de la langue, en tentant de s'évader au moment propice. Et voilà ce qui est agréable, c'est que Frustros ne caresse personne dans le sens du poil, ne cherche ni à plaire, ni à déplaire, même pas à faire les choses bien. Pourtant, au détour d'une écoute approximative, du genre bande-sonore en sourdine pour couvrir ce silence affreux pendant la lecture d'un livre évidemment passionnant, on se surprend à siffloter un petit air ou à mâchouiller quelques mots par mimétisme. Mais peut-être est-ce seulement un effet secondaire de la répétition? Perso, le premier indice, c'était avec "et POURquoi,... juste pour être payé" sur Avant de crever suivi quelques temps après de "pourtant,... quand on se verra" sur Pas si libres suivi de... Mais c'est sûrement cela, une effet secondaire... Il y aura bien toujours quelques nerds pour dire que Frustros c'est trop cool, mais pour vraiment apprécier Frustros, il faut n'en avoir rien à cirer.

lundi 10 mars 2014

Gammy Bird - ep




Gammy Bird, c'était ma révélation il y a quelques mois, lors de leur concert à la dernière de Grrrnd Zero Gerland. Trois jeunes gens humbles et sympathiques qui délivrent un set impeccable comme si cela allait de soit: simple et magique, bien loin de l'ambiance à GZ ce soir-là... Je ne sais pas si l'on peut dire que Gammy Bird est un groupe lyonnais ou bien franco-anglais (le trio compte en effet deux anglais et une française), en tout cas c'est bien autour de la Saône et du Rhône qu'illes se retrouvent. Je suis un petit peu déçu de ce premier ep, il manque un petit quelque chose: l'enregistrement n'est pas des plus fidèles au souvenir que je me fais du groupe mais peu importe, les chansons sont enfin là. Gammy Bird, donc, c'est une espèce de pop lancinante, d'art-rock aux teintes noisy, admirablement mélodique et entraînant. Une caractéristique du trio, c'est le chant de Dean. Parfois très haut-perché ou tout à l'inverse posé dans des tonalités graves, singulier et d'autant plus car souvent doublé, c'est ce qui fait clairement la particularité du groupe. Quelques indices cependant, Basic Storms par exemple fait penser tout à la fois aux Pixies et à Pinback. Mais indéniablement, Gammy Bird possède déjà sa patte, que le trio illustre ici en cinq chansons et une vingtaine de minutes. Personnellement, je reste à l'affût d'un plus long format qui sera, j'en suis persuadé, impeccable.

mercredi 19 février 2014

Celeste - Animale(s)



Dés lors, tout apparaît si clair: Celeste commence sérieusement à me fatiguer. Celeste a trouvé son créneau depuis un bon moment déjà, et Celeste applique encore et toujours la même formule. Certain.e.s me diraient qu'il n'y a aucun problème à cela, et pourtant il y en a un, bien en évidence. Celeste a une image. Celeste a un son. Celeste a un style. Celeste a ses adeptes. Une esthétique de l'extrême. Des paroles les plus noires possibles. Celeste, c'est l'overdose. Celeste ne rime plus à rien; on peut en être persuadé maintenant: Celeste se moque de nous. Comment croire encore à ce que l'on nous raconte? Que d'aucun n'implore la catharsis. Que d'aucun n'implore la part sombre de chaque individu. De la haine? Même pas, Celeste ne provoque plus rien. Aucune urgence, aucun danger. Celeste est raffiné, avec tout ce qu'il y a de détestable dans ce terme. Celeste se joue des codes des musiques extrêmes. Une esthétisation de l'horreur. Celeste est une véritable niche commerciale. Celeste pourrait être un très bon projet d'étudiants en marketing, mais malheureusement c'est un groupe.

vendredi 2 août 2013

Reveille - Broken Machines



Cet album, je ne l'espérais plus. Time and Death m'avait accompagné un bon moment. Indie rock noisy aux chansons impeccables. Depuis, j'ai eu le temps de profiter encore et encore de François avec Clara Clara et de Lisa avec Alligator. Reveille, je les avais presque oublié. Leur premier album avait attiré la poussière et les acariens dans un coin de ma tête. Et puis, pour dire vrai, je suis complètement passé à côté de ce split avec Chris Cohen l'année dernière, dont on retrouve d'ailleurs aujourd'hui le titre Circle Scenario. Silence radio depuis trois ans donc, et soudain la surprise au détour d'une page internet: Reveille existe toujours et vient de sortir une nouvelle sucrerie. Certes l'emballage est un peu pompeux: cette manie de sortir des clips (cela est sûrement indispensables pour les lecteurs.trices de Magic) mais on ne recrache pas un bonbon tant qu'on ne l'a pas mis à la bouche. Alors, ce Broken Machines? Une traduction terminologique restera sensiblement la même: indie rock, noisy-pop, lo-fi et nineties, mais Reveille a fait son bout de chemin et il est plutôt plaisant de noter que le groupe tente de nouvelles choses, cela est particulièrement visible sur un titre comme Horizon. Petite note informelle: le Reveille de Broken Machines doit, je crois, pas mal à Ned. Le meilleur de cet opus réside dans des choses simples, la beauté naît toujours de la fragilité, d'une petite chose timide qui apparaît soudain. Revenge est irréprochable, sa vaguelette bruitiste, une rythmique appliquée, des accords de basse raffinés et voguant à la surface cette ligne de chant et ces notes de guitare austères: de la non-chalance, la nargue de nous rendre accros si aissément. Dans le même genre, We Came Alive et Long Distant Runner sont également opérantes. Petit point noir: Broken Machines ne tient pas la longeur, et le dernier tiers de l'album est moins emballant, on prendra sûrement la mauvaise habitude de s'arrêter en cours de route pour revenir au point de départ.

mercredi 1 mai 2013

Deborah Kant - Terminal Rail/Route



Je me souviens avoir découvert Deborah Kant live. Le seul détail que je puisse encore clairement évoquer, c'est ce guitariste agenouillé sur le devant de la scène en train de métamorphoser son instrument en xylophone à l'aide d'un tournevis. Il y avait également cette nonchalance, dans la dégaine et dans le style qui sentait fort les années 90 et les groupes phares de l'époque, Sonic Youth en tête. Une addition d'anecdotes, c'est ce qui ressort aujourd'hui, mais le constat était grandement réjouissant. Première chose positive à l'écoute de ce second album, Deborah Kant est beaucoup plus doué pour composer de la musique qu'une pochette de disque. Des groupes au parfum nineties noise, il y en a pléthore, mais il est moins fréquent de trouver, dans cette masse guidée par la nostalgie ou l'esthétique du suranné, des formations qui montrent un certain talent à proposer des chansons marquantes, aux mélodies qui restent en tête, et Deborah Kant fait partie de cette catégorie. Acid Rainbows et Acid Dermal/Carded Mail en sont le parfait exemple et me rappelle à l'instant mon goût prononcé pour des groupes comme Dead Meadow, Comets On Fire ou encore All The Saints, ce qui n'a finalement pas grand chose à voir avec les nineties me direz-vous. Bref. Alors Deborah Kant c'est peut-être un peu ça, du noise rock aux relents psychés, aux structures extensives, mené par des riffs de guitare protéiformes, parfois bruitistes ou rageurs mais capables de se faire plus doux (la ritournelle de Acid Dermal/Carded Mail encore une fois).

lundi 1 avril 2013

Kiruna - Kalayaan


Cet album, je l'ai déjà chroniqué dans ces pages. C'était il y a un petit moment maintenant, lorsque le groupe l'avait mis à disposition sur le net et que l'on regrettait avec eux que Kalayaan ne puisse prendre forme, s'incarner dans un bel objet qui aurait joliment clôturer le parcours du groupe, puisque Kiruna prenait fin par la même occasion. Taenia Solium, qui se spécialise dans la sortie des disques oubliés avec sa collection Cysticercosis, vient de lui redonner vie. Alors ce n'est pas un format vinyle comme je l'espérais à l'époque, mais il faut bien avouer que la modestie du cd-r avec pochette en carton sérigraphiée a toujours autant de charme, d'autant plus que cet objet-là est particulièrement bien réussi. L'artwork, réalisé par un des membres du groupe a quelque peu évolué (pour les besoins de la réalisation en sérigraphie j'imagine), a vu les choses en moins grand: des aplats de couleurs et des traits fins dans un style comics magnifiquement bien réalisé. Voilà, c'est chose faite, merci!

dimanche 17 février 2013

Taulard - s/t


OK. Je commence à comprendre ce qu'il y a de si bien dans Taulard. Inévitablement, cette écriture particulière. Sous un déguisement naïf, des phrases en accumulation, interminables, une logorrhée tendue et doucement rageuse. Les paroles témoignent d'anecdotes et d'instants spéciaux ou plus anodins, et si Fuir ne me faisait pas mentir, puisque influencée d'un roman, je louerais cette obstination à traiter de la sphère personnelle. Il y a quelque chose de l'archive chez Taulard, archiver les expériences, les agencer ensemble et en faire sortir un propos, où l'intime entame un déplacement vers des enjeux suprapersonnels. Les rencontres, voyages ou un drame ayant touché un proche (Sous le même toit) sont des prétextes. La diction, elle, semble incontrôlable: elle se positionne un instant puis tente autre chose, spasmodique, hachée puis infatiguable. La double voix sur certaines lignes de chant appuyée avec force par les mélodies de la basse et du synthé, crée ces instants d'une magie opérante, le pont de Frankreich Katastrophe par exemple, magnifique. Ailleurs, ce sont les nappes de voix qui se marient merveilleusement bien avec celles du synthé (Fuir notamment). Le son est clair, les instruments distincts; on sent qu'il n'est pas encore exactement comme il devrait être, la basse notamment est un peu trop sourde, mais ce n'est qu'un détail. Sous le même toit et Londres ont un peu pâle allure face aux énormes Frankreich Katastrophe et Fuir, mais rien n'est à reprocher à ce ep 4 titres, marquant de de plus en plus efficacement la particularisme de Taulard.

jeudi 14 février 2013

V/A - Du son pour la ZAD



Du côté des Cévennes, plus précisément chez les Marilyn Rambo, on a pris l'initiative de sortir une compilation de soutien pour la ZAD regroupant des groupes issus de plusieurs horizons (scènes DIY, punk et "alternatives") et des quatre coins de l'hexagone. Les compilations, ce n'est pas trop mon truc, mais quand on fait l'effort de concocter un joli petit CD sérigraphié et de surcroit pour une bonne cause, je me dis que je vais me forcer un peu. Pour ce qui est du contenu, Du son pour la ZAD réussit tout de même à rassembler pas mal de groupes différents sans souffrir d'un effet d'incohérence et de dispersion totale. Bon, en effet on retrouve pas mal de choses que l'on connait déjà, notamment chez les grosses pointures (Marvin, Papaye, Le Singe Blanc) mais également (du moins pour ma part) quelques découvertes (Vitas Gérolaitais, Paul Démon, Besoin Dead). Pour ce qui est du meilleur, je vous fait part de mon Top 7: Les Louise Mitchels et leur ligne de basse vengeresse, Télé Détente et son grand n'importe quoi cheaperesque, Marilyn Rambo et Papaye même si on les a déjà assez entendu, Direction Survet et son synthé de Télétubbies, Grand Prédateur qui fait toujours aussi peur et Llamama La Muerte complétement obnubilant. Et pour les chanceux.ses, vous découvrirez une surprise en piste cachée servie par Flo Mekouyanski! Hahaha....yeah...Grenoble Represent.

Walden - Fire walk with me



Walden n'est pas réellement une nouvelle entité puisqu'elle est le prolongement de Han Som Soker, projet solo d'un ancien membre du groupe Inys (puis entre temps du groupe Nord). Cette fois, pas de pochette en carton entièrement fait main, en remplacement un boitier plastique mais avec un joli insert à l'intérieur. Toujours dans la même veine que Han Som Soker, Walden a cependant éclaircit son spectre musical. Les nappes de synthé et les sonorités black-metal que l'on pouvait palper auparavant ci et là sont mis à l'écart. Hormis Dead Man, cousu par une guitare électrique vaporeuse en élévation sur un parterre drone pluvial et venteux, Walden est recentré sur une guitare acoustique qui sert réellement de base aux morceaux. D'ailleurs pour la filiation, on ne saura être dupe, avec le nombre de clins d'oeil et ce jusque dans les titres de chanson: Thoreau pour l'état d'esprit, Twin Peaks pour la forêt embrumée, Woven Hand et Neil Young pour l'inspiration musicale. Plus épurés que pour Han Som Soker, les arrangements étoffent paradoxalement plus efficacement les squelettes guitare sèche/chant/batterie electro. L'harmonica et les déambulations électriques de guitares psychédéliques donnent forme à un dark folk épais et riche. On notera encore quelques imperfections au niveau de certains calages avec la batterie mais également en ce qui concerne le traitement de la voix, un peu trop détachée des instruments. En revanche, le traitement sonore est plus aboutit que sur les albums de Han Som Soker, terriblement plaisant, surtout lorsque l'on vient à savourer ces enchevêtrements d'arpèges et ces accords emprunts d'une intensité apaisante.

lundi 27 août 2012

Veuve S.S. - Viscères




Veuve S.S. a la mine grave, une expression sévère pourtant trahie par une lueur goguenarde dans le regard. Un hardcore abrupt, tendance fast et crustouille,  qui se fout de la gueule du monde d'entrée de jeu avec un sillon fermé. Il y a des signes qui ne trompent pas derrière cette pochette de graphiste (ha ces lyonnais!): on n'évitera pas l'esclaffement sur le titre éponyme avec ce beuglement fatigué, maladif et les solos de guitare tout pourris. Mais ça devient intéressant quand le quatuor décide de prendre un peu plus son temps, sur Comme les vers par exemple. La batterie frêle, abandonnée par ses copines de jeu, cette gratte qui boude dans son coin et se réveille soudainement,  en larsens, comme seul langage possible. Idem pour la fin de Crevard, crade dans sa lenteur et venimeuse dans sa faiblardise. Le chant est à l'image des paroles: tout en vomissures. Ca dégouline et finit en salissures sur les godasses. Un mérycisme fâcheux. Chez Veuve S.S. on piétine sa propre souillure, on se vautre volontairement et on finit face contre le sol à régurgiter ses entrailles.

lundi 20 août 2012

Moms On Meth - s/t




Fastcore putride et vindicatif. Du groove et du blast. Le premier ep de Moms On Meth envoie tout ce qu'il a envoyer en moins de sept minutes. On trouverait ce petit 7 pouces plutôt mignon si l'on pardonnait l'artwork au faux-vrai-mauvais-goût-que-l'on-prendrait-au-quatrième-degré-si-il-n'était-pas-déjà-légion-de-tout-prendre-au-quatrième-degré-mais-du-coup-on-ne-sait-plus-ce-qui-n'est-pas-sérieux-vu-qu'il-n'y-a-plus-de-sérieux. A part ça, Moms On Meth tabasse et s'écoute en boucle (la version numérique, sinon il faudra apprendre la patience). La voix d'Elisabeth, sous disto criarde, dégorge de toute sa hargne des paroles à la fois lucides et fun, le genre de trucs qu'on se plaît à brailler dans les concerts en chœur avec les copains/copines. En anglais les paroles, mais c'est plutôt logique lorsque c'est la langue maternelle de la chanteuse. On appréciera particulièrement l'efficacité de History repeats itself, le riff rock'n'roll de 5150 et les paroles de My generation.

jeudi 5 juillet 2012

Les Profs de Skids & Sea Sick Six - Split



Le surf n'est pas un style qui renvoie forcément à des choses bien glorieuses: le sable, le soleil, les filles en bikini, les grosses cylindrées et les planches. Le surf ne renvoie pas forcément à des choses bien glorieuses, sauf quand on prends soin d'évacuer toute cette esthétique bancale pour ne garder que ce qui est réellement fun dans cette histoire: les tremolos sous réverb' et les "poum tchak tchak poum tchak". Le surfer blond et bronzé, lui, il vient de se ramasser une grosse vague sur le coin de la tronche et comme Christopher Steeve, c'est de son fauteuil sur lequel il restera cadenassé jusqu'à la fin de ses jours qu'il va regarder les vagues, une larme à l'oeil. Premier côté: Les Profs de Skids. Tout compte fait, c'était peut-être plutôt une avalanche, la poudreuse plutôt que l'écume pour nous fouetter le visage. Le surf des grenoblois est assez "traditionnel", avec toutefois un penchant affirmé pour les riffs qui groovent et une énergie incontrôlable. Bref, du surf qui pue vraiment le punk-rock. Tout est toujours aussi bien foutu dans les chansons instrumentales du trio. On retrouve quelques titres déjà présents sur une demo ou l'autre, et du second degré jusque dans les titres des chansons, et Fujiyama s'est naturellement transformé en Fukushima. Second côté: les toulousain.e.s de Sea Sick 6. C'est un peu plus chaotique sur cette face: Surf from hell, et le surf de papa on le détruit à coup de synthé démoniaque et de voix plus ou moins criardes mais toujours ironiquement possédées. Des samples apocalyptiques, une guitare dangereuse sous des effluves de réverb': Sea Sick 6 est la B.O. d'une virée sur les ruines de ce monde en perdition. A Toulouse, on n'a pas la plage, mais on a la rage.

lundi 4 juin 2012

Animal Trophies - Malédiction



Animal Trophies paraît bête, naîf, absurde, niais. Du bruit pour adolescents demeurés, des hymnes pour imbéciles juvéniles. Ben oui, c'est tellement printannier et innocent que prêter de l'attention à ce genre de musique, ce serait comme se remettre à boire un grand bol de lait frais tous les matins: impensable! Mais voilà, est arrivé un certain moment où l'on a baissé la garde et on s'est fait plaquer au sol par ces mélodies obsédantes; parce que pour cela, le jeune trio sait fatalement s'y prendre. Malédiction réussit à nous faire oublier pendant un temps que l'on n'a plus 20 ans, et que si on écoute de la musique sérieuse, c'est en fait pour épater les copains/copines. Le double chant masculin/féminin fonctionne à merveille; une petite réverbe, un petit overdrive pour l'effet garage, et puis de la nonchalance, de la douce insolence, sans cesse. Un artwork trop la classe au crayon de couleur, à la hauteur de l'idiotie qui se dégage de ce foutoir. Si vous êtes toujours inconsolable depuis que Jay Reatard a peu forcé sur la drogue, Animal Trophies devrait réussir à fixer dans votre coeur une once de réjouissance, et qui sait, peut-être vous faire rajouter du chocolat Poulain dans le bol de lait.