En effet, je n'ai rien posté sur ce site depuis de longs mois, et la dernière chronique concernait déjà François Virot. En effet, ce n'est pas un hasard, – non, je n'ai pas écouté Virot en boucle depuis tout ce temps - c'est justement parce que la dernière chronique le concernait que la sortie de ce nouvel album m'a rappelé l'existence de ce site. C'est bien dommageable, mais cela ne le concerne pas. Donc, entre temps, François Virot semble avoir opté pour un nouveau style vestimentaire - les photos promo - , le même que plusieurs personnes que je n'apprécie guère. C'est bien dommageable, mais cela ne le concerne pas. François Virot a fait un clip pour Medicine, le titre d'ouverture de ce Marginal Spots, dans lequel il fait plonger ses potes dans une piscine, et cela dans une esthétique toute VHS. Soit, mais si on parle musique, je me suis dit à première écoute : "c'est moins la passion" – passion n'est pas à prendre au pied de la lettre , je suis une personne raisonnée- . La sensation qu'une tournure plus fun était entamée, presque festive, mais à une intensité moindre avant que cela ne dérive à la grossièreté. (Regardez, je suis une personne mesurée, je mets des termes en italique pour insinuer que la langue française n'a pas prévu tous les mots que je souhaiterais utiliser.) Peut-être que c'est sa nouvelle manie de faire des clips au bord d'une piscine. Et un clip, ça joue forcément sur la réception que l'on peut avoir d'une musique. Si vous voulez tout savoir, oui, j'ai regretté de l'avoir regardé ; je l'ai maintenant en tête à chaque écoute. Donc, je disais que la première écoute était quelque peu dubitative, mais les suivantes furent plus modérées, puis finalement enthousiastes. Je crois que j'apprécie moins le style global de cet album, mais les chansons sont, en soi, toutes biens. Le style ? Je ne sais pas, en fait il y a une atmosphère à la Beatles, je ne sais pas si c'est une bonne chose ou pas, et je n'ai même pas envie de me poser cette question, mais c'est quelque chose qui revient à plusieurs moment. François Virot, ça marche quand même à chaque fois avec moi : les doubles voix, les petits arrangements, les petites fragilités. La nonchalance de Medicine m'irrite un peu, mais ça marche tout de même avec moi : l'entrée de guitare sur le refrain de Rip Off, la berceuse lancinante de Hostile, le bien bel outro de Blue Void où se suivent guitare et chant, mais j'ai surtout un petit faible pour Tour de Force, qui prend le temps de se construire, les instruments semblent chercher la discrétion, mais le crescendo y est sobre mais terriblement efficace.
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lundi 27 février 2017
samedi 9 mai 2015
François Virot - Unreleased 2008-2010
Le
style de Baptiste Virot est particulièrement tranché. Motifs
eighties et couleurs flashy. Ma préférence se penche largement vers
ses comics en noir & blanc, c'est donc pour moi le mauvais côté
du bonhomme qui vient orner cet album. Une parenté entre Baptiste et
François? Je ne crois pas. L'homonymie les aura en tout cas
rapprochés sur ce coup-là. Quelqu'un aura osé. Alors, commençons
par noter que cet album est sorti à l'aube de cette magnifique année
2015. Je ne suis pas sûr de savoir ce que signifie « sortir »
pour une version digitale, mais en tout cas, ça s'écoute dés à
présent. On se rassure, ça se télécharge gratuitement, manquerait
plus qu'on soit obligées de déverser des thunes pour du codage
binaire. Une version physique ? Que dalle ! Non non, je ne
vais sûrement pas me plaindre, je suis bienheureux de découvrir ces
titres, plutôt bien dignes d'ailleurs ! On retrouve ici tout ce
qui est faisait la force du premier album de François Virot sorti en
2008. Je trouve le rapprochement avec Animal Collective ici bien plus
prégnant que sur Yes
or No :
choeurs enjoués, une place primordiale aux percussions - sur corps
de guitare, cordes et claquements de main - et polyphonie
guitaristique. Quelques expérimentations - claviers sur la 3
et bidouilles électro sur la
8
- inusitées d'ordinaire dans ce projet solo mais pas inhabituelles
chez Virot. La 5
change un peu également, par son côté folk plus traditionnel à la
Elliott Smith. On retrouve quelques versions demo de titres qui
auront finis entre temps chez Reveille (4
– Little
Violences)
et Clara Clara (2
– One
on One)
dans des versions éloignées de leur forme connue mais d'autant plus
plaisantes. Non, vraiment, ce Unreleased
2008-2010
est loin d'être une mauvaise chose, malgré ce petit essoufflement
sur les deux derniers titres, et semble prédire une prochaine
sortie, par corroboration avec les quelques nouveaux titres qui
tournent sur le net. Hope so !
samedi 31 janvier 2015
Baton Rouge - Totem
Un pas en diagonal.
Baton Rouge à changer de cap, même si le vent ne l'a pas encore poussé bien loin.
Les compositions de ce second LP tendent vers quelque chose de plus intemporel,
de plus "rock", délaissant au passage les sonorités emo-punk qui avaient forgé sa patte.
Plus chic, Baton Rouge prend le temps de tricoter des ambiances dans un format qui se moque de celui des chansons courtes et efficaces. D'ailleurs, cet album semble pensé
avant tout pour l'objet-même que pour les concerts. Bien sûr, des chansons courtes et efficaces,
il en a encore - Côte du Py / D'année en année - avec ces riffs reconnaissables instantanément.
Les lyonnais s'essaient avec assurance à de nouvelles choses: des arrangements sur Train de nuit par exemple,
avec cette guitare accoustique qui vient épaissir le riff central, quelques effets plus marqués sur les guitares,
ou des impressions inédites chez B.R. (quoiqu'un peu à la Sed Non Satiata) sur Le Fixeur.
Je trouverais à redire sur le chant, qui ne me plaît guère. Julien s'essaie à une voix plus calme et posée
qui se dote d'un grain rauque lorsqu'il force dessus: plus affirmée qu'auparavant et encore une fois plus "rock".
En revanche, un sacré travail d'écriture est effectué sur les textes,
d'une qualité formelle et d'une poésie rare (Au gré du gel en est l'exemple ultime), qui plaira à certain.e.s
mais qui gonflera peut-être aussi d'autres (mais alors là, peu importe). Le long de ces neuf titres,
la magie fonctionne souvent au détour d'un accord sur lequel viennent se rejoindre -ou au contraire diverger-
subitement les instruments, comme sur l'instrumental Hypn-O-Sonic.
Et à Baton Rouge d'écrire des chansons toujours aussi riches. Si l'on pourra regretter
une certaine époque de Baton Rouge en ce qui concerne le style,
on ne pourra que se réjouir de la qualité toujours imposante du groupe.
samedi 29 novembre 2014
Pervers et truands
Et cela survient finalement. Tout s'écroule. On
croyait à un moment de liesse. Comme un tour de manège. Un tour de
manège où c'est toi qui choisis quand tu veux descendre. Mais la
catastrophe a tout détruit. Rien n'a survécut. Du manège, il ne
reste qu'un amas de détritus renfrognés. Et c'est une bande de
freaks chimiquement modifiés qui repeuple ce qui était autrefois
des paysages. Esthétique des ruines. Soit. Celle-là est
particulièrement réussie. Il paraît que ça sort des ateliers de
Ursa Minor à Saint-Etienne. Ça tombe vraiment bien puisque c'est de
là que nous vient justement Pervers et truands. Un premier album
après une triplette de demos sur CD-r. Pervers & Truands sont
des gens ordinaires: c'est écrit sur ce vinyle et relevé déjà par
une autre personne qui s'essaie également à ce genre d'exercice:
aligner des mots, voir des phrases, pour parler d'un groupe de
musique, d'un groupe D.I.Y., que l'on a vu à un concert, et pour
dire un peu plus que parler simplement musique. De là à réussir
(?) Pervers & Truands sont des gens ordinaires et c'est plutôt
rassurant. Pervers et truands, c'est du sludge fait par des gens qui
ne savent jouer que du punk. Ils ont bien essayé de nous le cacher
mais certains éléments ne trompent pas. Un peu trop d'urgence ou de
hargne. Il y a deux élément notables chez P&T. Ouais! Rien que
ça! Les passages lourds. Et les passages rapides. Va pas falloir
trop chercher à intellectualiser tout ça. Des mouvements de têtes
lents et déterminés. Et des mouvements de têtes rapides et
satisfaits. Et c'est tout ce qu'on leur demande. Suffit de choisir la
bonne manière de faire ça.10 titres du même acabit. Un petit bémol
sur Spooky Song, l'interlude calme et déprimé qui sent juste la
fatigue. Bon disque.
mardi 29 avril 2014
Alligator - Runners
Le duo lyonnais a enfin
donné suite à sa démo cassette avec un premier LP. Tout n'est pas
nouveauté puisque l'on retrouve en face A l'intégralité de ladite
cassette. L'inédit, quant à lui, se cantonne à la face B. Si je
considérais le premier effort d'Alligator comme un peu inégal, avec
des titres qui pouvaient vite devenir un peu irritants (Cycles et
Bloody Mouth), autant avouer tout de suite que ces cinq chansons ont
toutes atteint un certain degré de délice. Elisabeth et Lisa ont
transformé leur petit groupe de détente en atelier bien rodé. Les
chansons sont simples mais élaborées, on pourrait imaginer
qu'Alligator se pose des directives: "faire le maximum du
possible, de l'envisageable, avec le minimum, nos deux instruments et
nos deux voix". C'est sec, c'est squelettique, mais Alligator
réussit ce tour de force d'écrire de véritables chansons pop,
gracieuses et magiques qui restent gravées à partir de quelques
notes de basse et une batterie décharnée. J'ai dit "simples".
J'ai dit "décharnée". Disons que ce sont les moyens
engagés qui le sont. Car les parties de basse et de batterie n'ont
rien de convenues et on sent bien que les deux maîtrisent désormais
leurs instruments et s'épanouissent dans le style que s'est forgé
Alligator. Mais ce qui fait, encore ici, fonctionner cette magie
par-dessus tout, c'est le chant. A l'évidence, les deux lyonnaises
prêtent une attention particulière aux mélodies et à la manière
dont les deux chants vont se croiser et se compléter. C'est toujours
beau, et c'est souvent très prenant. Incroyablement organique et
sincère, il faudra désormais beaucoup d’hypocrisie pour oser dire
du mal de la musique d'Alligator.
vendredi 11 avril 2014
Gouvernail - Black Howl
Le flou règne autour de
Gouvernail. Ce qu'il semble être: un projet individuel lyonnais.
Pour le reste, on ne pourra s'accrocher qu'à la stricte matière
sonore. Des loops de guitare et une batterie électro pour seule
substance, un post-rock richement construit, tirant clairement ses
racines d'un post-hardcore plus hostile mais que l'on aurait surpris
un instant en pleine songerie. C'est un travail toujours un peu
compliqué de s'épancher sur une musique du genre sans tourner en
rond. Comment ne pas se vautrer encore et toujours sur des termes
tels que "paysage" ou "onirique"? Disons que l'on
connaît Gouvernail. On a déjà entendu cela quelque part. Du moins,
les termes qu'il emploie font partie de notre vocabulaire depuis
longtemps. Mais dans Black Howl, il y a tout de même une certaine
manière de les agencer, ces termes, d'où une entité propre. Pas la
peine d'aller chercher des références, ce serait à la fois juste
de le faire. Et extrêmement faux. Ce premier recueil de cinq titres
instrumentaux,cohérent de bout à bout, sait emprunter dans d'autres
sphères, comme ces beats de Canadian Shores ou sur A New Start.
Moins mélancolique. Plus "catchy". Tout cela se joue sur
de fines nuances, mais tout cela fait la différence et Gouvernail
opère merveilleusement bien dans ce qu'il fait. Aura-t-on la chance
de le découvrir en live? A l'écoute de Black Howl, je me remémore
un ancien groupe de Lyon qui partage quelque peu le même lexique. Y
aurait-il un ancien membre de Солярис [Solaris] aux commandes
de Gouvernail?
Nine Eleven - 24 Years
City of Quartz m'avait
interpellé à sa sortie. Choisir pour titre d'album le nom de
l'ouvrage de Mike Davies -sur la ségrégation spatiale et le
tout-sécuritaire de la ville contemporaine à travers l'exemple de
Los Angeles-, cela ne pouvait sembler que prometteur. A l'écoute
pourtant, rien à en tirer pour ma part: un punk-hardcore froid et
surproduit, empilant tout les codes du genre. Une machine de guerre
lisse et propre semblable à toutes les autres machines de guerre de
la nouvelle scène hardcore. Une abrupte dichotomie entre un discours
fortement revendicatif et une modalité de fonctionnement à la
conquête de la sphère spectaculturelle -grosse production, facebook
et tout l'arsenal habituel- aux antipodes de leur idéologie portée
en blason. En définitive, une bonne déception, immédiate. Et puis
récemment, un concert me donne l'occasion de redécouvrir le groupe.
Entre temps, les manceaux ont changé de chanteur et de bassiste (et
de batteur?) et ont redéfinit leur spectre musical. Nine Eleven se
veut plus dark et rôde d'avantage vers le post-hardcore avec des
prises de vitesse à la Cursed. Et en live, une attitude totalement
honnête et passionnée et un set impeccable. Nine Eleven n'en finit
pas pour autant avec son goût pour les codes et les banalités, des
plans un peu grossiers (la première partie de Face the Triangle par
exemple, assez pompeuse, pourtant sauvée par la suite plus posée
mais magnifiquement tendue). 24 Years possède en revanche de
nombreux moments de pur bonheur et la production est beaucoup moins
connotée et plus vivante que précédemment. Le nouveau chant est
pour beaucoup dans le renouveau salutaire de Nine Eleven, moins sec,
plus habité et chargé émotionnellement. Et en prime un bel objet,
même si là encore pas d'étonnements sur un artwork composé de
peintures de "maîtres" pour la version vinyle: un Caravage
et la fameuse vanité de Philippe de Champaigne. En espérant que ce
nouveau line-up se stabilise un peu et poursuive ce qu'il vient
d'entamer.
mardi 11 mars 2014
Frustros - A l'attaque du rien
Il m'en aura fallu du
temps pour me laisser séduire par Frustros. Il faut dire que le
quatuor n'a rien de très excitant et ne cherche pas à écrire des
tubes (merde, j'espère que je ne me plante pas...), même pas pour
faire chanter ses potes. Avec Frustros, la vitesse de croisière est
enclenchée, on ne s'arrête jamais pour prendre un petit café sur
une aire de repos, mais on n’appuie pas non plus sur
l'accélérateur. Le fondamental en ce qui concerne le sens de la
mélodie chez Frustros, c'est la dissonance. Pour le chant, c'est un
peu la même chose: "c'est bon, ça passe". Les paroles
forcent et se bousculent au bout de la langue, en tentant de s'évader
au moment propice. Et voilà ce qui est agréable, c'est que Frustros
ne caresse personne dans le sens du poil, ne cherche ni à plaire, ni
à déplaire, même pas à faire les choses bien. Pourtant, au détour
d'une écoute approximative, du genre bande-sonore en sourdine
pour couvrir ce silence affreux pendant la lecture d'un livre
évidemment passionnant, on se surprend à siffloter un petit air
ou à mâchouiller quelques mots par mimétisme. Mais peut-être est-ce
seulement un effet secondaire de la répétition? Perso, le premier
indice, c'était avec "et POURquoi,... juste pour être payé"
sur Avant de crever suivi quelques temps après de "pourtant,...
quand on se verra" sur Pas si libres suivi de... Mais c'est
sûrement cela, une effet secondaire... Il y aura bien toujours
quelques nerds pour dire que Frustros c'est trop cool, mais pour
vraiment apprécier Frustros, il faut n'en avoir rien à cirer.
lundi 10 mars 2014
Gammy Bird - ep
Gammy Bird, c'était ma
révélation il y a quelques mois, lors de leur concert à la
dernière de Grrrnd Zero Gerland. Trois jeunes gens humbles et
sympathiques qui délivrent un set impeccable comme si cela allait de
soit: simple et magique, bien loin de l'ambiance à GZ ce soir-là...
Je ne sais pas si l'on peut dire que Gammy Bird est un groupe
lyonnais ou bien franco-anglais (le trio compte en effet deux anglais
et une française), en tout cas c'est bien autour de la Saône et du
Rhône qu'illes se retrouvent. Je suis un petit peu déçu de ce
premier ep, il manque un petit quelque chose: l'enregistrement n'est
pas des plus fidèles au souvenir que je me fais du groupe mais peu
importe, les chansons sont enfin là. Gammy Bird, donc, c'est une
espèce de pop lancinante, d'art-rock aux teintes noisy,
admirablement mélodique et entraînant. Une caractéristique du
trio, c'est le chant de Dean. Parfois très haut-perché ou tout à
l'inverse posé dans des tonalités graves, singulier et d'autant
plus car souvent doublé, c'est ce qui fait clairement la
particularité du groupe. Quelques indices cependant, Basic Storms
par exemple fait penser tout à la fois aux Pixies et à Pinback.
Mais indéniablement, Gammy Bird possède déjà sa patte, que le
trio illustre ici en cinq chansons et une vingtaine de minutes.
Personnellement, je reste à l'affût d'un plus long format qui sera,
j'en suis persuadé, impeccable.
mercredi 19 février 2014
Celeste - Animale(s)
Dés lors, tout apparaît si clair:
Celeste commence sérieusement à me fatiguer. Celeste a trouvé son
créneau depuis un bon moment déjà, et Celeste applique encore et
toujours la même formule. Certain.e.s me diraient qu'il n'y a aucun
problème à cela, et pourtant il y en a un, bien en évidence. Celeste a une image. Celeste a un son.
Celeste a un style. Celeste a ses adeptes. Une esthétique de
l'extrême. Des paroles les plus noires possibles. Celeste, c'est
l'overdose. Celeste ne rime plus à rien; on peut en être persuadé
maintenant: Celeste se moque de nous. Comment croire encore à ce que
l'on nous raconte? Que d'aucun n'implore la catharsis. Que d'aucun
n'implore la part sombre de chaque individu. De la haine? Même pas,
Celeste ne provoque plus rien. Aucune urgence, aucun danger. Celeste
est raffiné, avec tout ce qu'il y a de détestable dans ce terme.
Celeste se joue des codes des musiques extrêmes. Une esthétisation
de l'horreur. Celeste est une véritable niche commerciale. Celeste
pourrait être un très bon projet d'étudiants en marketing, mais
malheureusement c'est un groupe.
vendredi 2 août 2013
Reveille - Broken Machines
Cet
album, je ne l'espérais plus. Time and Death m'avait accompagné un
bon moment. Indie rock noisy aux chansons impeccables. Depuis, j'ai
eu le temps de profiter encore et encore de François avec Clara
Clara et de Lisa avec Alligator. Reveille, je les avais presque
oublié. Leur premier album avait attiré la poussière et les
acariens dans un coin de ma tête. Et puis, pour dire vrai, je suis
complètement passé à côté de ce split avec Chris Cohen l'année
dernière, dont on retrouve d'ailleurs aujourd'hui le titre Circle
Scenario. Silence radio depuis trois ans donc, et soudain la surprise
au détour d'une page internet: Reveille existe toujours et vient de
sortir une nouvelle sucrerie. Certes l'emballage est un peu pompeux:
cette manie de sortir des clips (cela est sûrement indispensables
pour les lecteurs.trices de Magic) mais on ne recrache pas un bonbon
tant qu'on ne l'a pas mis à la bouche. Alors, ce Broken Machines?
Une traduction terminologique restera sensiblement la même: indie
rock, noisy-pop, lo-fi et nineties, mais Reveille a fait son bout de
chemin et il est plutôt plaisant de noter que le groupe tente de
nouvelles choses, cela est particulièrement visible sur un titre
comme Horizon. Petite
note informelle: le Reveille de Broken Machines doit, je crois, pas
mal à Ned. Le meilleur de cet opus réside dans des choses simples,
la beauté naît toujours de la fragilité, d'une petite chose timide
qui apparaît soudain. Revenge est irréprochable, sa vaguelette
bruitiste, une rythmique appliquée, des accords de basse raffinés
et voguant à la surface cette ligne de chant et ces notes de
guitare austères: de la non-chalance, la nargue de nous rendre
accros si aissément. Dans le même genre, We Came Alive et Long
Distant Runner sont également opérantes. Petit point noir: Broken
Machines ne tient pas la longeur, et le dernier tiers de l'album est
moins emballant, on prendra sûrement la mauvaise habitude de
s'arrêter en cours de route pour revenir au point de départ.
mercredi 1 mai 2013
Deborah Kant - Terminal Rail/Route
Je me
souviens avoir découvert Deborah Kant live. Le seul détail que je
puisse encore clairement évoquer, c'est ce guitariste agenouillé
sur le devant de la scène en train de métamorphoser son instrument
en xylophone à l'aide d'un tournevis. Il y avait également cette
nonchalance, dans la dégaine et dans le style qui sentait fort les
années 90 et les groupes phares de l'époque, Sonic Youth en tête.
Une addition d'anecdotes, c'est ce qui ressort aujourd'hui, mais le
constat était grandement réjouissant. Première chose positive à
l'écoute de ce second album, Deborah Kant est beaucoup plus doué
pour composer de la musique qu'une pochette de disque. Des groupes au
parfum nineties noise, il y en a pléthore, mais il est moins
fréquent de trouver, dans cette masse guidée par la nostalgie ou
l'esthétique du suranné, des formations qui montrent un certain
talent à proposer des chansons marquantes, aux mélodies qui restent
en tête, et Deborah Kant fait partie de cette catégorie. Acid
Rainbows et Acid Dermal/Carded Mail en sont le parfait exemple et me
rappelle à l'instant mon goût prononcé pour des groupes comme Dead
Meadow, Comets On Fire ou encore All The Saints, ce qui n'a
finalement pas grand chose à voir avec les nineties me direz-vous.
Bref. Alors Deborah Kant c'est peut-être un peu ça, du noise rock
aux relents psychés, aux structures extensives, mené par des riffs
de guitare protéiformes, parfois bruitistes ou rageurs mais capables
de se faire plus doux (la ritournelle de Acid Dermal/Carded Mail
encore une fois).
lundi 1 avril 2013
Kiruna - Kalayaan
Cet album,
je l'ai déjà chroniqué dans ces pages. C'était il y a un petit
moment maintenant, lorsque le groupe l'avait mis à disposition sur
le net et que l'on regrettait avec eux que Kalayaan ne puisse prendre
forme, s'incarner dans un bel objet qui aurait joliment clôturer le
parcours du groupe, puisque Kiruna prenait fin par la même occasion.
Taenia Solium, qui se spécialise dans la sortie des disques oubliés
avec sa collection Cysticercosis, vient de lui redonner vie. Alors
ce n'est pas un format vinyle comme je l'espérais à l'époque, mais
il faut bien avouer que la modestie du cd-r avec pochette en carton
sérigraphiée a toujours autant de charme, d'autant plus que cet
objet-là est particulièrement bien réussi. L'artwork, réalisé
par un des membres du groupe a quelque peu évolué (pour les besoins
de la réalisation en sérigraphie j'imagine), a vu les choses en
moins grand: des aplats de couleurs et des traits fins dans un style
comics magnifiquement bien réalisé. Voilà, c'est chose faite, merci!
dimanche 17 février 2013
Taulard - s/t
OK. Je
commence à comprendre ce qu'il y a de si bien dans Taulard.
Inévitablement, cette écriture particulière. Sous un déguisement
naïf, des phrases en accumulation, interminables, une logorrhée
tendue et doucement rageuse. Les paroles témoignent d'anecdotes et
d'instants spéciaux ou plus anodins, et si Fuir ne me faisait pas
mentir, puisque influencée d'un roman, je louerais cette obstination
à traiter de la sphère personnelle. Il y a quelque chose de
l'archive chez Taulard, archiver les expériences, les agencer
ensemble et en faire sortir un propos, où l'intime entame un
déplacement vers des enjeux suprapersonnels. Les rencontres, voyages
ou un drame ayant touché un proche (Sous le même toit) sont des
prétextes. La diction, elle, semble incontrôlable: elle se
positionne un instant puis tente autre chose, spasmodique, hachée
puis infatiguable. La double voix sur certaines lignes de chant
appuyée avec force par les mélodies de la basse et du synthé, crée
ces instants d'une magie opérante, le pont de Frankreich Katastrophe
par exemple, magnifique. Ailleurs, ce sont les nappes de voix qui se
marient merveilleusement bien avec celles du synthé (Fuir
notamment). Le son est clair, les instruments distincts; on sent
qu'il n'est pas encore exactement comme il devrait être, la basse
notamment est un peu trop sourde, mais ce n'est qu'un détail. Sous
le même toit et Londres ont un peu pâle allure face aux énormes
Frankreich Katastrophe et Fuir, mais rien n'est à reprocher à ce ep
4 titres, marquant de de plus en plus efficacement la particularisme
de Taulard.
jeudi 14 février 2013
V/A - Du son pour la ZAD
Du côté
des Cévennes, plus précisément chez les Marilyn Rambo, on a pris
l'initiative de sortir une compilation de soutien pour la ZAD
regroupant des groupes issus de plusieurs horizons (scènes DIY, punk
et "alternatives") et des quatre coins de l'hexagone. Les
compilations, ce n'est pas trop mon truc, mais quand on fait l'effort
de concocter un joli petit CD sérigraphié et de surcroit pour une
bonne cause, je me dis que je vais me forcer un peu. Pour ce qui est
du contenu, Du son pour la ZAD réussit tout de même à rassembler
pas mal de groupes différents sans souffrir d'un effet d'incohérence
et de dispersion totale. Bon, en effet on retrouve pas mal de choses
que l'on connait déjà, notamment chez les grosses pointures
(Marvin, Papaye, Le Singe Blanc) mais également (du moins pour ma
part) quelques découvertes (Vitas Gérolaitais, Paul Démon, Besoin
Dead). Pour ce qui est du meilleur, je vous fait part de mon Top 7:
Les Louise Mitchels et leur ligne de basse vengeresse, Télé Détente
et son grand n'importe quoi cheaperesque, Marilyn Rambo et Papaye
même si on les a déjà assez entendu, Direction Survet et son
synthé de Télétubbies, Grand Prédateur qui fait toujours aussi
peur et Llamama La Muerte complétement obnubilant. Et pour les
chanceux.ses, vous découvrirez une surprise en piste cachée servie
par Flo Mekouyanski! Hahaha....yeah...Grenoble Represent.
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Walden - Fire walk with me
Walden n'est pas
réellement une nouvelle entité puisqu'elle est le prolongement de
Han Som Soker, projet solo d'un ancien membre du groupe Inys (puis
entre temps du groupe Nord). Cette fois, pas de pochette en carton
entièrement fait main, en remplacement un boitier plastique mais
avec un joli insert à l'intérieur. Toujours dans la même veine que
Han Som Soker, Walden a cependant éclaircit son spectre musical. Les
nappes de synthé et les sonorités black-metal que l'on pouvait
palper auparavant ci et là sont mis à l'écart. Hormis Dead Man,
cousu par une guitare électrique vaporeuse en élévation sur un
parterre drone pluvial et venteux, Walden est recentré sur une
guitare acoustique qui sert réellement de base aux morceaux.
D'ailleurs pour la filiation, on ne saura être dupe, avec le nombre
de clins d'oeil et ce jusque dans les titres de chanson: Thoreau pour
l'état d'esprit, Twin Peaks pour la forêt embrumée, Woven Hand et
Neil Young pour l'inspiration musicale. Plus épurés que pour Han
Som Soker, les arrangements étoffent paradoxalement plus
efficacement les squelettes guitare sèche/chant/batterie electro.
L'harmonica et les déambulations électriques de guitares
psychédéliques donnent forme à un dark folk épais et riche. On
notera encore quelques imperfections au niveau de certains calages
avec la batterie mais également en ce qui concerne le traitement de
la voix, un peu trop détachée des instruments. En revanche, le
traitement sonore est plus aboutit que sur les albums de Han Som
Soker, terriblement plaisant, surtout lorsque l'on vient à savourer
ces enchevêtrements d'arpèges et ces accords emprunts d'une
intensité apaisante.
lundi 27 août 2012
Veuve S.S. - Viscères
Veuve S.S. a la mine grave, une expression sévère pourtant trahie par une lueur goguenarde dans le regard. Un hardcore abrupt, tendance fast et crustouille, qui se fout de la gueule du monde d'entrée de jeu avec un sillon fermé. Il y a des signes qui ne trompent pas derrière cette pochette de graphiste (ha ces lyonnais!): on n'évitera pas l'esclaffement sur le titre éponyme avec ce beuglement fatigué, maladif et les solos de guitare tout pourris. Mais ça devient intéressant quand le quatuor décide de prendre un peu plus son temps, sur Comme les vers par exemple. La batterie frêle, abandonnée par ses copines de jeu, cette gratte qui boude dans son coin et se réveille soudainement, en larsens, comme seul langage possible. Idem pour la fin de Crevard, crade dans sa lenteur et venimeuse dans sa faiblardise. Le chant est à l'image des paroles: tout en vomissures. Ca dégouline et finit en salissures sur les godasses. Un mérycisme fâcheux. Chez Veuve S.S. on piétine sa propre souillure, on se vautre volontairement et on finit face contre le sol à régurgiter ses entrailles.
lundi 20 août 2012
Moms On Meth - s/t
Fastcore putride et vindicatif. Du groove et du blast. Le premier ep de Moms On Meth envoie tout ce qu'il a envoyer en moins de sept minutes. On trouverait ce petit 7 pouces plutôt mignon si l'on pardonnait l'artwork au faux-vrai-mauvais-goût-que-l'on-prendrait-au-quatrième-degré-si-il-n'était-pas-déjà-légion-de-tout-prendre-au-quatrième-degré-mais-du-coup-on-ne-sait-plus-ce-qui-n'est-pas-sérieux-vu-qu'il-n'y-a-plus-de-sérieux. A part ça, Moms On Meth tabasse et s'écoute en boucle (la version numérique, sinon il faudra apprendre la patience). La voix d'Elisabeth, sous disto criarde, dégorge de toute sa hargne des paroles à la fois lucides et fun, le genre de trucs qu'on se plaît à brailler dans les concerts en chœur avec les copains/copines. En anglais les paroles, mais c'est plutôt logique lorsque c'est la langue maternelle de la chanteuse. On appréciera particulièrement l'efficacité de History repeats itself, le riff rock'n'roll de 5150 et les paroles de My generation.
jeudi 5 juillet 2012
Les Profs de Skids & Sea Sick Six - Split
Le surf n'est pas un
style qui renvoie forcément à des choses bien glorieuses: le sable,
le soleil, les filles en bikini, les grosses cylindrées et les
planches. Le surf ne renvoie pas forcément à des choses bien
glorieuses, sauf quand on prends soin d'évacuer toute cette
esthétique bancale pour ne garder que ce qui est réellement fun
dans cette histoire: les tremolos sous réverb' et les "poum
tchak tchak poum tchak". Le surfer blond et bronzé, lui, il
vient de se ramasser une grosse vague sur le coin de la tronche et
comme Christopher Steeve, c'est de son fauteuil sur lequel il restera
cadenassé jusqu'à la fin de ses jours qu'il va regarder les vagues,
une larme à l'oeil. Premier côté: Les Profs de Skids. Tout compte
fait, c'était peut-être plutôt une avalanche, la poudreuse plutôt
que l'écume pour nous fouetter le visage. Le surf des grenoblois est
assez "traditionnel", avec toutefois un penchant affirmé
pour les riffs qui groovent et une énergie incontrôlable. Bref, du
surf qui pue vraiment le punk-rock. Tout est toujours aussi bien
foutu dans les chansons instrumentales du trio. On retrouve quelques
titres déjà présents sur une demo ou l'autre, et du second degré
jusque dans les titres des chansons, et Fujiyama s'est naturellement
transformé en Fukushima. Second côté: les toulousain.e.s de Sea
Sick 6. C'est un peu plus chaotique sur cette face: Surf from hell, et le
surf de papa on le détruit à coup de synthé démoniaque et de voix
plus ou moins criardes mais toujours ironiquement possédées. Des
samples apocalyptiques, une guitare dangereuse sous des effluves de
réverb': Sea Sick 6 est la B.O. d'une virée sur les ruines de ce
monde en perdition. A Toulouse, on n'a pas la plage, mais
on a la rage.
lundi 4 juin 2012
Animal Trophies - Malédiction
Animal Trophies paraît bête, naîf, absurde, niais. Du bruit pour adolescents demeurés, des hymnes pour imbéciles juvéniles. Ben oui, c'est tellement printannier et innocent que prêter de l'attention à ce genre de musique, ce serait comme se remettre à boire un grand bol de lait frais tous les matins: impensable! Mais voilà, est arrivé un certain moment où l'on a baissé la garde et on s'est fait plaquer au sol par ces mélodies obsédantes; parce que pour cela, le jeune trio sait fatalement s'y prendre. Malédiction réussit à nous faire oublier pendant un temps que l'on n'a plus 20 ans, et que si on écoute de la musique sérieuse, c'est en fait pour épater les copains/copines. Le double chant masculin/féminin fonctionne à merveille; une petite réverbe, un petit overdrive pour l'effet garage, et puis de la nonchalance, de la douce insolence, sans cesse. Un artwork trop la classe au crayon de couleur, à la hauteur de l'idiotie qui se dégage de ce foutoir. Si vous êtes toujours inconsolable depuis que Jay Reatard a peu forcé sur la drogue, Animal Trophies devrait réussir à fixer dans votre coeur une once de réjouissance, et qui sait, peut-être vous faire rajouter du chocolat Poulain dans le bol de lait.
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