Le flou règne autour de
Gouvernail. Ce qu'il semble être: un projet individuel lyonnais.
Pour le reste, on ne pourra s'accrocher qu'à la stricte matière
sonore. Des loops de guitare et une batterie électro pour seule
substance, un post-rock richement construit, tirant clairement ses
racines d'un post-hardcore plus hostile mais que l'on aurait surpris
un instant en pleine songerie. C'est un travail toujours un peu
compliqué de s'épancher sur une musique du genre sans tourner en
rond. Comment ne pas se vautrer encore et toujours sur des termes
tels que "paysage" ou "onirique"? Disons que l'on
connaît Gouvernail. On a déjà entendu cela quelque part. Du moins,
les termes qu'il emploie font partie de notre vocabulaire depuis
longtemps. Mais dans Black Howl, il y a tout de même une certaine
manière de les agencer, ces termes, d'où une entité propre. Pas la
peine d'aller chercher des références, ce serait à la fois juste
de le faire. Et extrêmement faux. Ce premier recueil de cinq titres
instrumentaux,cohérent de bout à bout, sait emprunter dans d'autres
sphères, comme ces beats de Canadian Shores ou sur A New Start.
Moins mélancolique. Plus "catchy". Tout cela se joue sur
de fines nuances, mais tout cela fait la différence et Gouvernail
opère merveilleusement bien dans ce qu'il fait. Aura-t-on la chance
de le découvrir en live? A l'écoute de Black Howl, je me remémore
un ancien groupe de Lyon qui partage quelque peu le même lexique. Y
aurait-il un ancien membre de Солярис [Solaris] aux commandes
de Gouvernail?
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vendredi 11 avril 2014
mercredi 29 juin 2011
Han Som Soker - Lane of thought
Si le premier album d'Han Som Soker, enregistré durant l'hiver 2009/2010, avait été enfanté pendant une période très limitée, composé en trois mois et plus ou moins improvisé, ce nouvel effort nommé Lane of thought affiche clairement une plus grande ambition de composition. De black métal, il ne reste que Part I, mais la couleur n'y est plus vraiment, tout est plus diffus, hypnotisant. La guitare acoustique prends dorénavant une part beaucoup plus importante au sein de la création, emportant le spectre musical de Han Som Soker vers d'autres sphères: folk, prog, drone, expé, post-rock... On croirait par exemple entendre du Pink Floyd sur Lane of thought. Un harmonica fait son apparition sur plusieurs chansons, presque rêveur. Les lignes de chant, toujours sobres, sont particulièrement réussies sur les deux derniers titres. Douces, parfois rauques, elles réussissent à donner à l'ensemble encore plus de caractère, et c'est en cela que réside l'évolution la plus notable: Han Som Soker, ce n'est plus seulement de la musique mais un ensemble de véritables chansons cohérentes d'un bout à l'autre. Il faut également préciser l'énorme effort au niveau de la qualité sonore du disque: les instruments sont propres mais dans le bon sens du terme et permettent de profiter de la beauté des chansons, à leurs justes valeurs. Pour ce qui est de l'album en lui-même, la pochette est entièrement fait main, de manière artisanale et l'objet sort une nouvelle fois en très peu d'exemplaires.
contact: eolhra(at)hotmail(dot)com
samedi 18 décembre 2010
Rien - 3
Sur des préjugés (fondés ou non), on peut parfois éviter certaines formations parce que leur patronyme ne nous évoque pas grand chose, parce que leur concept nous semble fumeux, un brin prétentieux et leur univers visuel tellement « arty farzy ». Puis on remarque des critiques élogieuses, mais pas de celles qui lèchent simplement les fesses, de celles qui vous donnent vraiment envie d'aller voir ce qui s'y passe de plus près. Rajoutez à cela des références de goût certain (Tortoise, Liars, Oneida, Can et j'en passe) et là on se dit que l'on est peut-être passé à côté de quelque chose. Voilà, je crois donc que je découvre Rien avec beaucoup de retard. Les habitués de Rien sauront qu'il est difficile de décrire de façon pertinente la musique du groupe avec des termes musicaux, ainsi donc je tenterai de l'éviter le plus possible. L'univers des Grenoblois à toujours été plutôt cinématographique, comme l'avouait explicitement le générique de fin de Il ne peut y avoir de prédiction sans avenir. Pour ce nouvel album, A jerk in da hell débute comme un nanar de SF/fantastique : forêt embrumée, faisceaux lumineux traversant les arbres et rite amérindien psychédélique ; mise en bouche pour The sun is always right. Ce deuxième chapitre nous éjecte alors, direction l'hyperespace, bande-son krautrock avec solos zappaesques hallucinés. Une longue dérive la tête dans les étoiles. Masterkraft signe le retour sur terre, désert tribal, danse (cette fois-ci encore) amérindienne, mais plus enjouée, le ton et cette fois-ci à la célébration des éléments ; mon passage préféré. On applaudit mais ce n'est pas fini : on repart pour un tour parce que l'on ne veut pas voir la fin arriver. L'épopée se termine avec V qui est une toute autre histoire. Des photos entre les mains, mémoire d'un autre temps. Un soleil doux qui nous réchauffe la peau, l'herbe fraîche entre les orteils. Souvenirs, sérénité, sourire. Rien n'est pas une de ces formations que l'on range facilement dans une catégorie, qui s'imprègne des ingrédients d'un style et qui les ressort tel un bon élève. Rien, ce n'est pas non plus un mélange de recettes qui aurait perdu sa spontanéité dans sa quête d'originalité. Rien, c'est un panel de décors, d'émotions, une adéquation de naturel, de franchise et de talent.
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