Le duo lyonnais a enfin
donné suite à sa démo cassette avec un premier LP. Tout n'est pas
nouveauté puisque l'on retrouve en face A l'intégralité de ladite
cassette. L'inédit, quant à lui, se cantonne à la face B. Si je
considérais le premier effort d'Alligator comme un peu inégal, avec
des titres qui pouvaient vite devenir un peu irritants (Cycles et
Bloody Mouth), autant avouer tout de suite que ces cinq chansons ont
toutes atteint un certain degré de délice. Elisabeth et Lisa ont
transformé leur petit groupe de détente en atelier bien rodé. Les
chansons sont simples mais élaborées, on pourrait imaginer
qu'Alligator se pose des directives: "faire le maximum du
possible, de l'envisageable, avec le minimum, nos deux instruments et
nos deux voix". C'est sec, c'est squelettique, mais Alligator
réussit ce tour de force d'écrire de véritables chansons pop,
gracieuses et magiques qui restent gravées à partir de quelques
notes de basse et une batterie décharnée. J'ai dit "simples".
J'ai dit "décharnée". Disons que ce sont les moyens
engagés qui le sont. Car les parties de basse et de batterie n'ont
rien de convenues et on sent bien que les deux maîtrisent désormais
leurs instruments et s'épanouissent dans le style que s'est forgé
Alligator. Mais ce qui fait, encore ici, fonctionner cette magie
par-dessus tout, c'est le chant. A l'évidence, les deux lyonnaises
prêtent une attention particulière aux mélodies et à la manière
dont les deux chants vont se croiser et se compléter. C'est toujours
beau, et c'est souvent très prenant. Incroyablement organique et
sincère, il faudra désormais beaucoup d’hypocrisie pour oser dire
du mal de la musique d'Alligator.
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mardi 29 avril 2014
lundi 10 mars 2014
Gammy Bird - ep
Gammy Bird, c'était ma
révélation il y a quelques mois, lors de leur concert à la
dernière de Grrrnd Zero Gerland. Trois jeunes gens humbles et
sympathiques qui délivrent un set impeccable comme si cela allait de
soit: simple et magique, bien loin de l'ambiance à GZ ce soir-là...
Je ne sais pas si l'on peut dire que Gammy Bird est un groupe
lyonnais ou bien franco-anglais (le trio compte en effet deux anglais
et une française), en tout cas c'est bien autour de la Saône et du
Rhône qu'illes se retrouvent. Je suis un petit peu déçu de ce
premier ep, il manque un petit quelque chose: l'enregistrement n'est
pas des plus fidèles au souvenir que je me fais du groupe mais peu
importe, les chansons sont enfin là. Gammy Bird, donc, c'est une
espèce de pop lancinante, d'art-rock aux teintes noisy,
admirablement mélodique et entraînant. Une caractéristique du
trio, c'est le chant de Dean. Parfois très haut-perché ou tout à
l'inverse posé dans des tonalités graves, singulier et d'autant
plus car souvent doublé, c'est ce qui fait clairement la
particularité du groupe. Quelques indices cependant, Basic Storms
par exemple fait penser tout à la fois aux Pixies et à Pinback.
Mais indéniablement, Gammy Bird possède déjà sa patte, que le
trio illustre ici en cinq chansons et une vingtaine de minutes.
Personnellement, je reste à l'affût d'un plus long format qui sera,
j'en suis persuadé, impeccable.
vendredi 2 août 2013
Reveille - Broken Machines
Cet
album, je ne l'espérais plus. Time and Death m'avait accompagné un
bon moment. Indie rock noisy aux chansons impeccables. Depuis, j'ai
eu le temps de profiter encore et encore de François avec Clara
Clara et de Lisa avec Alligator. Reveille, je les avais presque
oublié. Leur premier album avait attiré la poussière et les
acariens dans un coin de ma tête. Et puis, pour dire vrai, je suis
complètement passé à côté de ce split avec Chris Cohen l'année
dernière, dont on retrouve d'ailleurs aujourd'hui le titre Circle
Scenario. Silence radio depuis trois ans donc, et soudain la surprise
au détour d'une page internet: Reveille existe toujours et vient de
sortir une nouvelle sucrerie. Certes l'emballage est un peu pompeux:
cette manie de sortir des clips (cela est sûrement indispensables
pour les lecteurs.trices de Magic) mais on ne recrache pas un bonbon
tant qu'on ne l'a pas mis à la bouche. Alors, ce Broken Machines?
Une traduction terminologique restera sensiblement la même: indie
rock, noisy-pop, lo-fi et nineties, mais Reveille a fait son bout de
chemin et il est plutôt plaisant de noter que le groupe tente de
nouvelles choses, cela est particulièrement visible sur un titre
comme Horizon. Petite
note informelle: le Reveille de Broken Machines doit, je crois, pas
mal à Ned. Le meilleur de cet opus réside dans des choses simples,
la beauté naît toujours de la fragilité, d'une petite chose timide
qui apparaît soudain. Revenge est irréprochable, sa vaguelette
bruitiste, une rythmique appliquée, des accords de basse raffinés
et voguant à la surface cette ligne de chant et ces notes de
guitare austères: de la non-chalance, la nargue de nous rendre
accros si aissément. Dans le même genre, We Came Alive et Long
Distant Runner sont également opérantes. Petit point noir: Broken
Machines ne tient pas la longeur, et le dernier tiers de l'album est
moins emballant, on prendra sûrement la mauvaise habitude de
s'arrêter en cours de route pour revenir au point de départ.
samedi 3 décembre 2011
Alligator - Alligator
- Commençons donc par nous perdre, une nouvelle fois, dans les méandres de la nébuleuse musicale lyonnaise. François Virot (Clara Clara, Reveille, François Virot) est responsable de l'enregistrement de ce premier album. Si je tiens à le préciser, c'est parce que à l'oreille, ceci praît comme une évidence. La première écoute nous ferait presque médire, Alligator sonnant quasi comme un projet de François Virot, et ce n'est pas seulement parce que Lisa Duroux, son acolyte au sein de Reveille, compose la moitié de ce duo. Les deux formations ont pas mal de points communs, musicalement et (donc) dans le rendu sonore, puisque l'on pourrait croire que ce premier effort a été enregistré et mixé durant la même session que Time and death, avec les mêmes instruments et une volonté similaire. Mais laissons de côté les quelques commérages fugaces envisageables et focalisons-nous sur l'élégance du trajet que Alligator taille à travers le courant. Noisy pop enjouée et indie-rock sensible sont le créneau du groupe. Lisa Duroux, à la batterie, est accompagnée de Elizabeth Hargrett à la basse. Le chant, elles s'y collent toutes deux. Le jeu de Lisa est assez similaire à celui pratiqué au sein de Reveille. Les lignes de basse, tout en restant assez simples, réussissent aisément à remplir l'espace, que l'on aurait pu craindre restreint. Malgré la modestie de la formation, à aucun moment elle ne manque de richesse ou ne souffre de faiblesses. Le chant, peut-être, est le garant de cette force. C'est surtout lorsque les deux voix se complètent, se répondent, qu'Alligator se fait le plus mordant. Bloody Mouth jure un peu, avec ses scandements et sa vivacité quasi-punk bienvenue, mais les meilleurs moments de ce cinq titres sont atteints avec Sandsellers et Hush, les titres les plus touchant et prenant (ce chant, ces chants !).
lundi 6 décembre 2010
Reveille - Time and death
Derrière cette magnifique pochette, qui ne peut prévoir que le meilleur, se dissimule un duo lyonnais qui possède tout ce qu'il faudrait pour devenir un grand groupe. François Virot et Lisa Duroux nous offrent 40 minutes de noisy pop en forme de premier album. Time and death, ça débute avec une célébration intimiste. Il fait résonner ses cordes, il les caresse et il les tape, il délimite un espace (une petite pièce bien entendu) ; et l'on se retrouve tel un enfant devant un carrousel, les yeux ébahis et la boule au ventre. Elle donne le rythme et la machine se met en route. Le tour commence. On pourrait être éclairés à la bougie. Il pourrait y avoir du papier peint mité mais dont on apercevrait toujours le motif à fleurs. Des vieux portraits pourraient être accrochés sur les murs. Si mademoiselle nous est inconnue, monsieur l'est beaucoup moins puisque officiant dans Clara Clara et également responsable d'un album folk en solo. Reveille c'est autre chose. Des accents pop bien sûr, mais c'est autre chose. Des accents noisy mais pas de la manière fo-folle de chez Clara Clara, un indie-rock tout en retenue. Ici, ça transpire souvent les années 90. On pense par exemple à Shellac sur Mirrors ou à Fugazi sur Commercial drugs. Time and death est un véritable petit tube noisy, Little violences est un de ces titres qui vous envoie la tête dans les nuages, dream pop dénudée et touchante. Et chaque titre y va de son petit chemin, comme si de rien n'était : «Coucou, je suis la chanson suivante ! Et tu ne t'attendais à cette petite ligne qui te fait frémir ou à cette cadence qui te fait taper du pied, n'est-ce pas ?!» En effet, on ne s'y attendait pas du tout, à tomber comme ça, sur un groupe qui d'un coup de baguette magique te ponds un album aussi charmeur, qui en ferait rougir plus d'un tout en restant si modeste.
Clara Clara - Comfortable problems
Au sein de Clara Clara, François (Reveille, François Virot) joue de la batterie, son frère Charles (Nosnow) endosse la basse et Amélie s'exalte sur un clavier. Lutte des classes pour la pochette et noise-pop fiévreuse pour ce qui est de la musique. Revenons brièvement sur la petite histoire de ce trio. Clara Clara se forme en 2004 à Dijon, autour des deux frères Charles et François Virot. Amélie Lambert s'incorpore dans ce binôme familial. Les trois débutent alors un trio batterie/basse/flûte qui deviendra batterie/basse avec overdrive et octaver/clavier. Lyonnais d'adoption, le groupe Clara Clara a sorti depuis son début une démo puis trois albums. Un petit bout de chemin a encore été parcouru après la sortie de l'album AA en 2008. Il est évident qu'avec ce quatrième album, Clara Clara passe au niveau supérieur. François, fort de son expérience en solo et de ses débuts avec Reveille, a entre temps pris de l'assurance au chant, et c'est donc tout naturellement que sa voix se retrouve au centre de Comfortable problems. Tout ce que l'on appréciait dans leurs précédents efforts est toujours présent, mais tout se présente ici sous son meilleur jour. La production n'est clairement pas étrangère à ce constat : l'ensemble sonne ultra-fluide, le son est clair et si chaque instrument est bien à sa place, c'est pour mieux se mêler et s'emmêler avec les autres. Bref, ce qui pouvait faire un peu défaut sur leurs précédents opus devient ici une force, et force est de constater que Comfortable problems est un putain d'album! Peut-être que la présence du chant de François est également en grande partie responsable. Le groupe se canalise, se focalise sur le meilleur et met de côté tout ce qui n'est pas indispensable, les titres prennent alors vraiment la forme de chansons (à comprendre dans le sens concis et efficace). Une basse noisy, un clavier frénétique, un chant et des chœurs empoignants, un de ces albums dont on ne peut décrocher dés lors que l'on a laissé traîner une oreille dessus. De montées épiques en mélodies faussement naïves à la Deerhoof, rythmes saccadés et enjoués, de la musique de Clara Clara émane une réjouissance incommensurable, une joie permanente. Les exemples les plus fameux sont sûrement Paper crowns, One on one et son « you've absolutely nothing to worry », ou Lovers, mais l'album entier se dévore avec de plus en plus d'appétit à chaque écoute.
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