Il faudra se charger
d'une bonne dose de courage pour partir à l'assaut des 85 minutes de
Occult Rock. Pas de repères, rien que des numéros de piste. La
première, d'ailleurs, est une épreuve. Les récalcitrants
abandonneront d'emblée, mais ceux que les quelques huit minutes d'un
blast bloqué sur un seul accord n'aura pas fait capituler seront
vaccinés au mal Aluk Todolo. Ils en apprécieront même d'autant
plus la saveur. Black metal, noise, krautrock. Là encore ce n'est
que question de repères. Des balises pour réussir l'acension du
Mont Aluk Todolo. Le trio a toujours eu cette obstination de la
répétition éternelle, quelque chose de cyclique mais condamné à
une seule saison: froide et humide. Si leur rock est occulte, c'est
en cela: Aluk Todolo parcourt un territoire, celui de la quête vers
une transe chamanique. Alors, puisqu'il est du propre de notre époque
de toujours s'arrêter à la projection des idées, on s'imaginerait
bien perdre nos moyens sur cet album, amplifié à l'excès, jusqu'à
ce que le corps en souffre et que la raison foute le camp. Et puis
cette montagne, menaçante, rappellant celle de la scène d'ouverture
de Aguirre de Herzog, s'élevant de la même brume: là encore, la
folie. A la fois minimaliste et épais, Occult Rock sonne comme s'il
cherchait à recréer la nature, à l'aide de ce qu'il a entre les
mains, des outils industriels. C'est le vent que l'on entend chez
Aluk Todolo, le bois qui craque, la roche qui cède, la pluie qui
ravine et la terre qui gronde.
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mercredi 21 novembre 2012
dimanche 27 mars 2011
Neige Morte - Neige Morte
Neige Morte est le genre de combo qui, rien que sur le papier, ne peut être qu'enthousiasmant. Parce que réunir en son sein des membres de Overmars, Sheik Anorak et 12XU (remplacé depuis par un de Burne), c'est débuté avec un sacré bagage sous le bras et avoir pré-acquis à sa cause une bonne partie des personnes qui suivent de près la scène musicale lyonnaise. On rajoute à cela une poignée de premières parties (Keelhaul, Gnaw,...) et une première sortie (celle-ci donc) sur le label anglais Aurora Borealis (et tout cela en une année d'existence) et on se dit que l'engouement suscité doit être fondé... Neige Morte est le genre de pseudonyme qui ne vas pas tenter de tromper l'auditeur sur la marchandise, l'association hiver + putréfaction faisant ressortir rapidement de notre imaginaire commun une esthétique propre à un style qui a toujours su rester quelque peu outsider: le Black metal?...bingo!..., même si musicalement c'est plutôt du côté des avenues bondées des métropoles américaines, avec Liturgy et toute la clique, que celui des forêts enneigées norvégiennes qu'il va falloir aller chercher les influences. Parallèlement, Neige Morte joue sans réserve avec cette imagerie folklorique: loups démoniaques, pentacles et biquets occultes, et là où cela pourrait passer pour complétement ridicule, chez Neige Morte le tout est assurément jouissif. De la douce brise traversant les cimes en guise d'ouverture jusqu'aux bêlements finaux, Neige Morte impose sa patte en une trentaine de minutes. Black metal hybride, les yeux injectés de noise et la mâchoire puissamment indus, Neige Morte est un monstre prêt à tout dévorer. Batterie punk, ambiances flippantes, riffs dissonants, des faux airs de Neurosis sur Fausse victime vrai bourreau, et puis Tout sonne faux comme point culminant, avec ce riff monstrueux à la Godflesh, ces notes de gratte stridentes tellement à côté de la plaque donc totalement pertinentes. C'est complétement malsain, ça fout des frissons dans le dos et c'est tellement bon, l'occasion pour tout le monde de faire son coming-out en assumant complètement son goût pour Belzébuth et les ténèbres.
samedi 18 décembre 2010
Han Som Soker - Han Som Soker
Composé et enregistré en deux mois, Han Som Soker est le projet d'un seul homme, en la personne du bassiste des défunts Inys. L'artwork instaure le climat austère de l'album : forêts profondes, montagnes enneigées et ciels nuageux. La nature prenant le dessus sur la civilisation, la présence humaine réduite à néant. Rien que le sifflement du vent entre les sapins, le ronronnement de l'eau coulant entre les rochers et le murmure de la neige qui se dépose sur le sol. La typographie déstructurée sur la pochette en carton et les écritures gothiques du livret appelleraient presque à un logo « True Norwegian Black Metal ». L'Intro remplit son rôle : claviers sombres et glaçants en crescendo puis décrescendo, de quoi prévenir l'auditeur à ce qui va en suivre. Ghost débute sur de délicates notes de guitare rejointes par un chant posé mais habité. La transition qui arrive ensuite a un petit côté-début de Pity the weak de Fall Of Efrafa, en version beaucoup plus lente : même façon de reprendre des couples de notes calmes à la guitare après une ambiance qui s'estompe mais reste sous tension. Un peu plus loin, c'est l'ombre d'Inys qui refait surface: guitare crade, batterie lente et grain de voix écorché. L'intro de September et ses étouffements de notes éparses sous chorus font étrangement penser au thème musical de Twin Peaks. Le rapprochement avec la série culte de Mark Frost et David Lynch n'est d'ailleurs pas aussi incongrue qu'elle en a l'air : l'appel de la nature, à travers des forêts épaisses et mystérieuses et la déchéance psychologique humaine en société sont des thèmes communs. En témoignent les paroles de Enclave of freedom : « Only the nature, in certain places, rest free of any chains / Freedom is no longer than here / Cities are cages without bars / Bars are useless for docile beast ». Le black-métal ambiant de Han Som Soker, même s'il prends ses propres directions, reste teinté de l'expérience avec Inys. Le spectre de ce dernier rode autour de ces 6 titres : on retrouve ces même riffs pesants à peu d'accords sur lesquels viennent, en revanche, s'accrocher ici et là des notes plus aigües, un cri guttural, des claviers glacés ou encore une guitare acoustique. Han Som Soker est en tout cas une expérience artistique honorable : s'investir complètement dans un processus de composition pendant deux mois, improviser face à sa volonté immédiate pour n'enregistrer que le ressentit à l'instant présent, sans avoir le temps de prendre de recul, pour faire ressortir ce qui pourrait être perçu comme la sincérité ultime.
Amesoeurs - Amesoeurs
Image de fin du monde, d'une civilisation détruite et détruisante. Derrière cette magnifique pochette se cache un quartet, constitué de membres d'Alcest et Les Discrets. Se décrivant comme les enfants de ce monde urbain décadent, Amesoeurs est l'exutoire à l'ingurgitation quotidienne de notre civilisation industrielle anti-naturelle. Après un Gas in veins instrumental comme mise en bouche intense, Amesoeurs se dévoile complétement dés Les ruches malades : une voix féminine le plus souvent claire et douce et un métissage de divers styles : black-métal, coldwave et une sensibilité pop certaine. L'exercice peut paraître difficile et le black-métal et la coldwave sont des styles auquel je suis d'ordinaire hermétique, mais force est de constater que les qualités sont présentes. Amesoeurs possède ce je ne sais quoi qui rend leur musique touchante, émouvante, malgré ou peut-être grâce à ses défauts. Tout d'abord, le chant d'Audrey en français rappelle aux premiers abords certains groupes français radiophoniques dont je tairais les noms, car Amesoeurs ne joue définitivement pas dans la même cour. Pour exemple le magnifique Heurt : la voix d'Audrey se veut très mélodique mais se trouve en retrait, perdue dans les méandres. Le groupe aime la sensibilité, mais l'on sent qu'il cherche à la laisser un peu en retrait pour ne pas mettre à mal son intégrité musicale. Une fois passé outre cela, la musique d'Amesoeurs nous gagne lentement et l'album contient son lot de « tubes »: Gas in veins, Les ruches malades, Heurt (ma préférée), Recueillement, Faux semblants, Video girl ou encore La reine trayeuse sont autant de preuves de la qualité de composition du groupe. Je parlais de mélange de style : Faux semblants et Amesoeurs par exemple dévoilent fièrement des mélodies à la The Cure, I XIII V XIX XV V XXI XVIII XIX - IX XIX - IV V I IV et son piano hanté s'apprêterait parfaitement en bande-son des photographies de Sarah Moon, tandis que Trouble (éveils infâmes), le titre le plus agressif de l'album, s'exhale dans un riff très heavy. Alors voilà, Amesoeurs est un album cohérent mais le goût un peu trop délicat du chant et des passages mélodiques risque de rester en travers de la gorge de certains aficionados du black-métal et d'un autre côté, il risque fort peu de se propager outre les sphères des fans des styles pratiqués ici. En tout cas, je l'avoue impunément, Amesoeurs est une bouffée d'air frais, de l'amour dans ce monde de brutes.
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