Il faudra se charger
d'une bonne dose de courage pour partir à l'assaut des 85 minutes de
Occult Rock. Pas de repères, rien que des numéros de piste. La
première, d'ailleurs, est une épreuve. Les récalcitrants
abandonneront d'emblée, mais ceux que les quelques huit minutes d'un
blast bloqué sur un seul accord n'aura pas fait capituler seront
vaccinés au mal Aluk Todolo. Ils en apprécieront même d'autant
plus la saveur. Black metal, noise, krautrock. Là encore ce n'est
que question de repères. Des balises pour réussir l'acension du
Mont Aluk Todolo. Le trio a toujours eu cette obstination de la
répétition éternelle, quelque chose de cyclique mais condamné à
une seule saison: froide et humide. Si leur rock est occulte, c'est
en cela: Aluk Todolo parcourt un territoire, celui de la quête vers
une transe chamanique. Alors, puisqu'il est du propre de notre époque
de toujours s'arrêter à la projection des idées, on s'imaginerait
bien perdre nos moyens sur cet album, amplifié à l'excès, jusqu'à
ce que le corps en souffre et que la raison foute le camp. Et puis
cette montagne, menaçante, rappellant celle de la scène d'ouverture
de Aguirre de Herzog, s'élevant de la même brume: là encore, la
folie. A la fois minimaliste et épais, Occult Rock sonne comme s'il
cherchait à recréer la nature, à l'aide de ce qu'il a entre les
mains, des outils industriels. C'est le vent que l'on entend chez
Aluk Todolo, le bois qui craque, la roche qui cède, la pluie qui
ravine et la terre qui gronde.
Affichage des articles dont le libellé est noise. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est noise. Afficher tous les articles
mercredi 21 novembre 2012
dimanche 13 mai 2012
Torticoli - Demo
Je ne sais que très peu de choses de Torticoli, hormis que le groupe est originaire de Lyon et que la formation en live est, au choix, trio ou quatuor (un chanteur occupe cette place vacillante). J'ai cru comprendre qu'il existait ainsi, en quelque sorte, deux Torticoli, le trio plutôt free-noise et le quatuor plus rentre-dedans. Sur cette première demo, c'est le trio que l'on jugera, puisque de la voix, ici, nous n'en entendrons pas le moindre souffle. Deux guitares et une batterie, c'est avec cet arsenal que le groupe explore les frontières les plus bruitistes d'un rock bluesy batailleur. Techniques mais avant tout viscérales, les guitares explosent et débordent de tout part. On se laisse rapidement submerger par la richesse presque agressive du groupe. On n'a pas peur d'accumuler les plans chez Torticoli, mais quand quantité et qualité sont toutes les deux rendez-vous, il n'y a vraiment pas de quoi se gêner. De temps en temps, les riffs se font moins querelleurs, et le vibrato vient s'imposer dans ces interruptions, comme une tirade arrêtée au milieu d'un mot, dont l'auditoire serait accroché aux lèvres, à attendre impatiemment la prochaine syllabe. Du côté du batteur, on est tout aussi inventif, et on aime, comme ses camarades, en mettre de partout. L'enregistrement sonne très live et on ne pourra point leur reprocher un manque d'énergie, et je ne précise pas cela pour mépriser un autre aspect de cet enregistrement, car les trois instruments sont intelligibles à souhait et parfaitement rendus. La prochaine livraison sera peut-être signée par quatre paires de main, on la souhaite dans les deux cas tout autant fiévreuse.
vendredi 11 mai 2012
Owun - Le fantôme de Gustav
Owun est un groupe qui a eu le temps d'en vivre, des aventures (que je tairais mais dont vous trouverez un résumé sur une de leurs pages internet), depuis sa création en 1992. Après deux albums, Sillon et Ostensible?, respectivement en 1998 et 2001, le combo grenoblois se reforme en 2007, accueille un second guitariste et se lance dans la composition de ce qui va devenir Le fantôme de Gustav. Si le Owun de 1998 œuvrait dans un noise rock finalement assez convenu, Ostensible? marquait déjà une volonté d'expérimentations louable, le nouvel Owun quant à lui a placé ses ambitions à un niveau encore supérieur. A la fois hétéroclite mais puissamment homogène, expérimental sans en avoir l'air, Le fantôme de Gustav possède les qualités qui manquent à bon nombre d'autres groupes, attirant par la qualité de ses compositions et passionnant par sa recherche esthétique. On se demande bien comment une simple "formation de rock classique" (guitares, basse, batterie) réussit à sortir de telles sonorités, parfois légères et psychédéliques, et d'autres fois au contraire extrêmement pesantes. Mouvements machinaux, répétitions industrielles; le chant, lui, est toujours noyé derrière, sous d'épaisses couches de réverbe. On pense de temps en temps à un autre groupe grenoblois, Rien (que l'on retrouve d'ailleurs dans les remerciements), notamment dans les morceaux Berceaux et Muralité. Et puis il y a Carbone, qui saute aux oreilles par sa familiarité avec le Liars de l'époque Drums Not Dead, mais surtout par son efficacité imposante. Seul Volux +, qui vient clôturer l'album, fait figure d'outsider et sonne comme une révérence aux premiers amours de Owun. Le successeur de Le fantôme de Gustav (sous-titré "volume premier"), devrait cette fois réussir à mettre moins de dix ans pour nous parvenir; on l'espère sincèrement.
dimanche 18 mars 2012
Kouma - s/t
Les trois membres de Kouma font partie de Grolektif (l'un d'eux en est d'ailleurs le fondateur), label et collectif de musiciens à la douce prétention artistique, que je découvre juste. A la manière dont Kouma cherche à se définir (voir le site du label), on pourrait penser que le groupe use de l'humour, qui frôle parfois le potache, pour rendre attrayante une musique trop intellectualisée. Car oui, la musique du trio est complexe et savante. Batterie, guitare baryton et sax baryton composent ce groupe strictement instrumental. Pour ce qui est d'étiqueter leur musique, on rencontrera quelques difficultés, et on s'ennuiera vite, comme toujours en ce qui concerne les groupes qui cherchent à tailler leur propre route. Je me lance quand même: les rythmes syncopés nous ferait pencher vers le math-rock, le vacarme insolent en direction de la noise et le dépassement des cadres vers le free-rock, voir le krautrock. Voilà, cela est convenu, cela ne veut rien dire, mais cela vous donne quand même idée de qui on a à faire, et c'est bien ce que vous souhaitez savoir. Autant le préciser maintenant et être honnête avec vous, le premier adjectif qui me vient avec la musique de Kouma est « désagréable ». L'emploi de cet mot ici n'est nullement attribué à but dépréciatif, mais il est vrai que ces cinq titres sont franchement bruyants et agressifs. Cela ne leur empêche pas d'être de qualité, simplement il faudra s'accrocher pour y retourner. Un batteur-pieuvre et un sax qui se défoule entre solos frénétiques et attaques frontales en couple avec une guitare criarde. Kouma fait mal (à la tête) et c'est sûrement sur scène que l'on profitera pleinement du groupe. En tout cas, si je devais vous conseiller un titre sur ce premier album, je choisirais Frame #2 pour ses attaques épileptiques addictives.
dimanche 27 mars 2011
Neige Morte - Neige Morte
Neige Morte est le genre de combo qui, rien que sur le papier, ne peut être qu'enthousiasmant. Parce que réunir en son sein des membres de Overmars, Sheik Anorak et 12XU (remplacé depuis par un de Burne), c'est débuté avec un sacré bagage sous le bras et avoir pré-acquis à sa cause une bonne partie des personnes qui suivent de près la scène musicale lyonnaise. On rajoute à cela une poignée de premières parties (Keelhaul, Gnaw,...) et une première sortie (celle-ci donc) sur le label anglais Aurora Borealis (et tout cela en une année d'existence) et on se dit que l'engouement suscité doit être fondé... Neige Morte est le genre de pseudonyme qui ne vas pas tenter de tromper l'auditeur sur la marchandise, l'association hiver + putréfaction faisant ressortir rapidement de notre imaginaire commun une esthétique propre à un style qui a toujours su rester quelque peu outsider: le Black metal?...bingo!..., même si musicalement c'est plutôt du côté des avenues bondées des métropoles américaines, avec Liturgy et toute la clique, que celui des forêts enneigées norvégiennes qu'il va falloir aller chercher les influences. Parallèlement, Neige Morte joue sans réserve avec cette imagerie folklorique: loups démoniaques, pentacles et biquets occultes, et là où cela pourrait passer pour complétement ridicule, chez Neige Morte le tout est assurément jouissif. De la douce brise traversant les cimes en guise d'ouverture jusqu'aux bêlements finaux, Neige Morte impose sa patte en une trentaine de minutes. Black metal hybride, les yeux injectés de noise et la mâchoire puissamment indus, Neige Morte est un monstre prêt à tout dévorer. Batterie punk, ambiances flippantes, riffs dissonants, des faux airs de Neurosis sur Fausse victime vrai bourreau, et puis Tout sonne faux comme point culminant, avec ce riff monstrueux à la Godflesh, ces notes de gratte stridentes tellement à côté de la plaque donc totalement pertinentes. C'est complétement malsain, ça fout des frissons dans le dos et c'est tellement bon, l'occasion pour tout le monde de faire son coming-out en assumant complètement son goût pour Belzébuth et les ténèbres.
samedi 18 décembre 2010
V/A - Dark 80s
Je ne sais pas à quoi ça vous fait penser vous les années 80, mais dans ma tête c'est pas très glorieux. Puis le revival post-punk à toutes les sauces, j'en ai un peu ma claque. Mais quand on connaît l'activité du label Atropine, on se doute bien qu'il n'y aura pas ici d'effluve de mauvais goût. Allez, on se jette dans le vif du sujet. C'est One Second Riot qui débute avec One hundred years de The Cure... Alors là, les doigts dans le nez ! La reprise est fidèle à la version originelle, le titre new wave passé dans le filtre noise/indus du duo lyonnais ressort comme neuf. A part la ligne de batterie qui change, on pourrait dire qu'ils ne se sont pas foulés les deux, sauf que tout ici paraît évident. Les ambiances sombres et industrielles plombent les arrangements de la version originale, la batterie rajoute une sacrée dynamique, la transposition guitare-basse passe le plus naturellement possible et la voix de Pierre est troublante de ressemblance avec celle de Robert Smith. Tout cela sans perdre leur propre identité. Résultat ? Trop bon ! Deuxième titre et deuxième reprise de The Cure, cette fois par Abronzius, projet dark-pop de deux membres échappés des Lyonnais d'Overmars. Exit l'ambiance kitsch de la première version de Charlotte sometimes. On vire la batterie dégueu' et cette affreuse réverb sur la caisse claire. Une guitare cristalline, un chant envoûtant exécuté par Marion (bassiste dans Overmars) et des percussions et nappes sombres dans le fond, ou comment créer un petit bijou à partir d'une originale maussade. Un peu de fébrilité sur certaines fins de phrases, juste touchant ! On en finit avec The Cure, dépaysement total avec Kill The Thrill et leur reprise de The pandys are coming de Killing Joke. Je n'apprécie pas tout du groupe de Jaz Coleman, et celle-ci n'entre pas dans la catégorie favorable. L'interprétation de Kill The Thrill, avec chant là encore féminin de Marylin la bassiste, est très proche de l'originale. De cause en conséquence, je n'accroche pas spécialement. Mais pour être objectif, tout est très bien orchestré et à l'instar de One Second Riot, c'est une remise à jour efficace du titre que le groupe effectue là. Dernier morceau, les Year Of No Light s'attaquent au Disorder de Joy Division. Le thème de la chanson est extrêmement ralenti, logique lorsque l'on est une formation qui se complait dans un post-hardcore pesant. La guitare maladive se noie dans ce vacarme épais et le chant est encore plus dépressif que celui de Ian Curtis. On sent d'ailleurs le désir du chanteur de se calquer sur la voix de celui-ci : mêmes intonations, mêmes effets, puis il n'est pas courant d'entendre du chant clair dans Year Of No Light. Une bonne surprise en tout cas que cette compilation, qui va du sympathique (Kill The Thrill) au quasi-incontournable (Abronzius).
Libellés :
Abronzius,
France,
Kill The Thrill,
Lyon,
musique,
new-wave,
noise,
One Second Riot,
post-hardcore,
Year Of No Light
lundi 6 décembre 2010
Marylin Rambo - Skiez plus vite
Je pourrais peut-être commencer en précisant que Marilyn Rambo est formé de deux membres de Parpaing. Outre la simple référence dans le dernier titre de ce premier album, le lien entre les deux groupes est bien présent. Je ne saurais qualifier cette ressemblance, rapprocher les deux groupes sur le plan musical, car les deux entités sont bien délimités et la seule facilité serait d'énumérer ce qui les sépare. Mais à l'écoute de cet album, un infime fil conducteur nous ramène à Parpaing. Une histoire de sensibilité sûrement. Plus concrètement, on notera une certaine promiscuité avec un autre duo français : Grand Prédateur. Même si ce dernier lorgne largement plus vers le métal à tendance « on fait la musique la plus violente et la plus dingue à la fois » et que Marilyn Rambo n'en est pas là, on retrouve clairement une envie commune de composer une musique que l'on pourrait voir comme un métal hybride, suite à de nombreux croisements avec, dans le cas de Marilyn Rambo, de la noise et ce que l'on nomme d'après le terme déjà insupportable de math-rock. Don Caballero de Punkgasm n'est jamais très loin. Ce qu'il y a de drôle (si j'ose ce terme) avec Marilyn Rambo, c'est que tout comme pour Parpaing, l'ensemble se laisse écouter mais ne se fait réellement passionnant que sur de rares passages bien localisés, nommés ici Marilyn Makay is not dead et Taupe in Hamburg.
Inscription à :
Articles (Atom)





