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lundi 30 septembre 2013

Collectif pour l'intervention - Communisme: un manifeste




Il n'y a pas de système capitaliste, il n'y a que des décisions qui servent à maintenir les lois de l'économie : l'économie est une politique en soi et elle mène le monde à sa perte. C'est à peu près par ces mots que l'on peut résumer le constat établi en introduction de Communisme: un manifeste. A l'origine de cet ouvrage, un groupe de militant.e.s issu.e.s de diverses luttes souhaitant mettre en perspective leurs différentes revendications: qui combat-on au juste? et en quel modèle de vie croyons-nous? Hardt et Negri ont élaboré le concept de «multitude»; le Collectif pour l'intervention, quant à lui, recentre sa philosophie autour de la division en classes (possédants/dépossédés) pour pragmatiser, du moins pour clarifier les enjeux actuels sans trop se perdre dans les entrailles d'une théorisation trop complexe, car ce que souhaitent en premier lieu les auteures, c'est réinsuffler du révolutionnaire dans la critique sociale. On pourra penser à L'insurrection qui vient, néanmoins ce manifeste s'est penché d'avantage sur un éventuel futur et ce que pourrait être l'horizon post-capitaliste. A défaut de nous y mener, Communisme : un manifeste est déjà une piqûre de rappel et un état des lieux clair et motivant.

vendredi 5 juillet 2013

Sorcières pourchassées, assumées, puissantes, queer


Cet ouvrage est la conclusion d'un projet entrepris par Anna Colin en 2012 à travers un cycle de trois expositions et d'événements à La Maison Populaire à Montreuil intitulé "Plus ou moins sorcières". Son travail de recherche, situé aux croisements de l'histoire, de la sociologie, de l'art et de la culture populaire, s'est attaché à la chasse aux sorcières, ses raisons, ses enjeux, ses formes contemporaines et aux femmes qualifiées ou autoproclamées comme telles. Sorcières est un recueil de textes et d'entretiens d'écrivain.e.s, de chercheurs.euses, de militant.e.s et d'artistes. Difficile de parler de ce livre sans trop vouloir s’épancher sur tout son contenu. Après une introduction/ contextualisation de Anna Colin s'ensuit un entretien avec Silvia Federici, auteure notamment de Caliban and the Witch: Women, the Body and Primitive Accumulation. La professeure/activiste corrèle chasse aux sorcières et capitalisme en expliquant comment, actuellement et dans certaines contrées, de grands acteurs de l'économie créent des situations de conflits par le biais d'accusations de sorcellerie pour mieux tirer profit de ressources naturelles ou d'échanges commerciaux. L'émeutier et la sorcière d'Olivier Marboeuf prend pour point de départ les événements de 2005 à Clichy-sous-Bois, la mort de deux jeunes puis les émeutes qui en suivirent pour rapprocher ces deux figures. Sous son regard, toutes deux sont le symbole d'une pratique illicite, d'une communauté nocturne qui se révèle brièvement avant son retour à l'anonymat diurne. Parler "d'émeute de banlieue", c'est élaborer une séparation, de ces "jeunes-là", qui permet d'appliquer, comme pour la sorcière en son temps, des lois d'exceptions. Dans un autre texte, Marina Warner, fait le tour des figures de la femme monstrueuse dans la mythologie et la culture contemporaine, des monstres femelles et des mères cruelles liée à une diabolisation de la féministe. Angus Cameron, quant à lui, s'attache au rôle du fou et de la sorcière au Moyen-Age, le premier étant la représentation d'une menace mais dont le rôle véritablement permettait de consolider la répartition du pouvoir en renversant les codes durant un instant donné, délimité et encadré. On change ensuite de domaine avec Latifa Laâbissi qui revient sur son interprétation de La Danse de la sorcière, dont la version originelle de Mary Wigman fut présentée en 1914 puis complétée en 1926. Par la suite, j'avoue me perdre quelque peu dans les trois textes clôturant l'ouvrage. Les questions autour du queer présentent un certain intérêt mais les enjeux spirituels, que ce soit autour du culte de la déesse-mère pour LW et Redfern Barrett, les Fées de Richard John Jones ou le chamanisme chez AA Bronson ne prête qu'à sourire. Reste que la mise en page superbe de ce livre édité en version bilingue français/ anglais ainsi que les horizons disparates des différent.e.s collaborateurs.trices et des domaines conviés dans cet ouvrage en font un objet singulier et passionnant.

mardi 29 janvier 2013

A bas les restaurants / Guerre de classe



Jusqu'à présent uniquement disponibles dans leur version originale, consultables sur le site américain PROLE.INFO, Abolish Restaurants et Work – Community – Politics – War viennent de faire l'objet d'une traduction en français et d'une publication sur papier mat assez luxueuse et donc plutôt étrange (quoique très agréable) pour un ouvrage tout de même plus proche d'une brochure (et les choix politiques qui vont avec) qu'un véritable livre. Ces deux "pamphlets-comics", puisque c'est comme cela qu'il faut les dénommer, font la part belle à une esthétique léchée, bichrome noir et blanc, entre un mode d'emploi pour survivre à un crash aérien et les BDs de Adrian Tomine (par exemple). Guerre de classe traîte de la condition des "proles" (la classe ouvrière d'aujourd'hui) en quatre chapitres (travail, communauté, politique, guerre) en reprenant les thèses marxistes dans leurs grands lignes. Un style clair, parsemé de références visuelles et de citations, Guerre de classe est un tutoriel pour la révolution, avec tout ce que cela sous-entend de romantique. A bas la restauration est une critique de l'industrie de la restauration par l'un de ses travailleurs. Le prisme sous lequel se construit cet ouvrage est là encore la critique marxiste, appliquée ici à la sphère de la restauration. La première partie se charge de mettre à plat le fonctionnement d'un restaurant. On nous rappelle comment la division du travail permet de diviser les travailleureuses et on y apprends par ailleurs que les premiers "restaurants" sont apparus à Paris vers 1760 et qu'on y vendait de petits ragoûts pour soigner des personnes malades et que c'est après la révolution française que la gastronomie se démocratisa peu à peu et que le nombre de restaurants augmenta rapidement. Dans la seconde partie nommée "comment démonter un restaurant" sont imaginées les voies qui pourraient nous mener à monde sans restaurants, c'est à dire "un monde où notre activité productive satisfera des besoins (...) où nous produirons directement les uns pour les autres, et non pour vendre les uns aux autres". Dans A bas les restaurants, la traduction est à très de rares occasions approximative dans la retranscription du ton et le propos est un peu plus confus, mais sa forme réhausse indéniablement l'intérêt de ce pamphlet. A bas les restaurants et Guerre de classe sont également disponibles et téléchargeables sur INFOKIOSQUES.NET et REPOSITO.INTERNETDOWN.ORG.