Commençons donc par (re)situer Ned. Ned est un trio lyonnais qui existe déjà depuis 1998. Après une poignée d'ep, albums, et splits (avec Doppler notamment), Bon sauvage a débarqué en mai 2011, le visage fier avec pour apparat cette linogravure élégante signée Mino Maccari, artiste et caricaturiste fondateur de la revue Il Selvaggio (Le Sauvage en italien) active de 1924 à 1943. Le bon sauvage comme figure antithétique d'une société bien-pensante, illustrée par les deux personnages de la pochette, dans laquelle on apprends aux hommes à jouer à la guerre et aux femmes à user de leur coeur. La musique de Ned est justement loin de la binarité illustrée ici. Si Ned a bien calmé le jeu depuis ces précédents efforts, le trio taille toujours sa route à travers ses propres paysages, qui ne sont ni trop dociles, ni trop amicaux. Sachant se la jouer funky (l'imparable Afri-cola), élaborer des dérapages en forme de clin d'oeil (le punk-rock Turn on the cops), Ned a élagué son noise-rock et lui a insufflé une nouvelle énergie post-punk. Bon Sauvage sent, tout à la fois, les années 80, 90 et 2010. Bigger Penises affiche, sans gêne aucune, un groove irrésistible et on se laisse happer par la lancinance des spoken-words et du riff interminable de Wanna be beta city. On retrouve des accents à la The Ex chez Ned, notamment dans la voix (Same same but different), parfois également à la Fugazi. Néanmoins, après une première moitié enthousiasmante, Bon Sauvage s'essouffle petit à petit, et même si les textes en français au milieu du titre éponyme nous font sursauter l'oreille un instant, les quatre derniers titres estompent tout l'engouement que le trio avait construit avec les sept premiers titres. Dommage, car Ned a le talent de son côté, mais le trio gagnerait à tailler le superflu, vois à se limiter à des formats plus courts, surtout lorsqu'on met en forme son album de si belle manière.
mercredi 7 septembre 2011
jeudi 14 juillet 2011
Taulard - Taulard
Taulard s'appelle Taulard. Sur la pochette de la première cassette de Taulard, on voit apparaître une lame de rasoir, sans trop même avoir à faire de pirouettes avec les yeux. Rien de subliminal ici, on sait effectivement à quoi s'attendre lorsqu'on met en route la bobine: Taulard n'a pas vraiment le coeur à la fête. Taulard c'est des états d'âme, des maux, des instants fixés sur le papier. Le point fort de Taulard justement, c'est peut-être bien les paroles. Faussement naïves, souvent mélancoliques, parfois ironiques ou un poil vénères; des sales expériences sous forme d'histoires. Une écriture indécise, parfois évasive, presque poétique, et parfois beaucoup plus concrète. Le chant en français, dans ce style particulièrement, est un exercice casse-gueule. La première écoute pèche un peu. On rechigne parce qu'on n'a pas l'habitude. Mais on décide de donner une seconde chance, car on sait qu'il s'y passe quelque chose. On retourne la cassette, on réappuit sur play (les deux faces de la cassette sont identiques), et alors on se sent un peu bête, parce que finalement ce chant, on l'aime bien quand même. Les "oh oh" de Ville portuaire, on les chante en coeur, pas le choix. Pour ce qui est du reste, c'est à dire les instruments, le choix est celui d'une atmosphère dépouillée et maladive. Bien sûr, les lignes de basse sont audacieuses, mais la batterie tend vers l'épuration. Le synthé, lui (le principal élément mélodique), sait ne pas en faire des tonnes et mène la barque avec finesse. Et puis cette pochette: visuel minimaliste, un peu à l'image de la cassette des Rip It Up! il y a quelques mois: concise et classe.
mercredi 29 juin 2011
La Crève / Les Objets Meurent - Les objets crèvent
Ha ba bravo, je me mets à faire des chroniques de mes propres groupes! On (La Crève) a sorti notre premier disque, un split avec Les Objets Meurent il y a peu. C'est la première demo des deux groupes, qui a été fabriquée de A à Z (enregistrement, pochette, pressage) du 20 au 22 mai. Je vais tout de même me contenter de critiquer Les Objets Meurent. Donc, Les Objets Meurent est un groupe d'emo de Grenoble. Après les avoir revu en concert il y a peu, je me suis rendu compte que le son de la demo ne jouait pas du tout en leur faveur : la voix est très loin derrière et la disto de la guitare sonne plus grunge qu'autre chose. Non, en fait, ce que je veux dire par là, c'est que d'une part la disto une fois enclenchée, les notes sont imperceptibles; de l'autre part, le son global sonne vraiment "grunge" alors que ce n'est pas du tout fidèle à leur son brut. En fait, je ne leur ai pas encore avoué, mais Les Objets Meurent est mon groupe grenoblois préféré. Les paroles sont vraiment bien, notamment le titre éponyme Les objets meurent sur le "punk" et ses contradictions, les comportements machos dans Le bal des pompiers, Joystick Division, le petit tube de l'album, sur la génération des années 80 et La guerre des mots sur la récupération des "idées alternatives", enfin c'est mon interprétation personnelle pour celle-ci. Pour plus d'infos, vous pouvez me contacter directement, et pour Les Objets Meurent: chivain(arobase)no-log(point)org
Han Som Soker - Lane of thought
Si le premier album d'Han Som Soker, enregistré durant l'hiver 2009/2010, avait été enfanté pendant une période très limitée, composé en trois mois et plus ou moins improvisé, ce nouvel effort nommé Lane of thought affiche clairement une plus grande ambition de composition. De black métal, il ne reste que Part I, mais la couleur n'y est plus vraiment, tout est plus diffus, hypnotisant. La guitare acoustique prends dorénavant une part beaucoup plus importante au sein de la création, emportant le spectre musical de Han Som Soker vers d'autres sphères: folk, prog, drone, expé, post-rock... On croirait par exemple entendre du Pink Floyd sur Lane of thought. Un harmonica fait son apparition sur plusieurs chansons, presque rêveur. Les lignes de chant, toujours sobres, sont particulièrement réussies sur les deux derniers titres. Douces, parfois rauques, elles réussissent à donner à l'ensemble encore plus de caractère, et c'est en cela que réside l'évolution la plus notable: Han Som Soker, ce n'est plus seulement de la musique mais un ensemble de véritables chansons cohérentes d'un bout à l'autre. Il faut également préciser l'énorme effort au niveau de la qualité sonore du disque: les instruments sont propres mais dans le bon sens du terme et permettent de profiter de la beauté des chansons, à leurs justes valeurs. Pour ce qui est de l'album en lui-même, la pochette est entièrement fait main, de manière artisanale et l'objet sort une nouvelle fois en très peu d'exemplaires.
contact: eolhra(at)hotmail(dot)com
mardi 12 avril 2011
La Seconda Volta - Orange and blue
La Seconda Volta pourrait nous venir de Washington DC et être signé sur Dischord, tant la promiscuité musicale avec des groupes comme Lungfish et surtout Fugazi est flagrante. Mais La Seconda Volta ne vient pas de Washington. La Seconda Volta vient de Saint-Etienne. Saint-Etienne n'est peut-être pas Washington DC mais Saint-Etienne a elle aussi un passé punk-rock prestigieux depuis les nineties avec des groupes comme Sixpack. Et La Seconda Volta est clairement ancré dans cette tradition. Soft power, leur premier album sorti en 2009, proposait neuf titres dont quelques uns possédant ce fameux potentiel de la mélodie obsédante, notamment Who's gonna save the boys, Noone cares at all ou Find a way to justice. Sans que ceci eu été un réel problème, Soft power souffrait d'une trop faible qualité sonore: pour Orange and blue c'est chose réglée. On pourrait croire que La Seconda Volta se soit détaché un peu, entre temps, de ses influences mais il n'en est rien. Le spectre de Fugazi rôde même de plus en plus au-dessus du groupe, le timbre du chanteur se rapprochant par moments de celui de Ian MacKaye de manière troublante. Orange and blue ne contient que quatre titres mais vaut largement leur premier effort. Le petit bémol c'est que Orange and blue est enregistré sur CD-R et je ne sais pas si tous les exemplaires sont comme celui que me suis procuré à l'un de leurs concerts, mais la particularité de mon exemplaire est que chaque piste est doublée et que certains des doublons se coupent de manière étrange. De plus, je ne suis pas sûr que les titres soient dans le bon ordre, vous voudrez donc bien m'excuser pour d'éventuelles erreurs d'attribution. A threat to escape se construit sur une simplicité percutante. Des riffs en note à note, un groove certain et un refrain où se complètent voix masculine et voix féminine (celle de la guitariste) pour un résultat poignant. My fat ass (clin d'oeil à Shellac?) est beaucoup plus contrastée et énergique. No words reprends à l'identique l'intro de batterie de Around the fur de Deftones et l'outro, avec ce "He got no words" répété inlassablement, tend à la langueur. On regrette en revanche que le chant et les accords de guitare du refrain sonnent si faux sur Sleep so tight. Hormis ce dernier titre qui aurait mérité une intention au niveau du chant peut-être moins ambitieuse, Orange and blue contient les meilleures chansons à ce jour des stéphanois, A threat to escape et No words étant particulièrement classieuses.
dimanche 27 mars 2011
Neige Morte - Neige Morte
Neige Morte est le genre de combo qui, rien que sur le papier, ne peut être qu'enthousiasmant. Parce que réunir en son sein des membres de Overmars, Sheik Anorak et 12XU (remplacé depuis par un de Burne), c'est débuté avec un sacré bagage sous le bras et avoir pré-acquis à sa cause une bonne partie des personnes qui suivent de près la scène musicale lyonnaise. On rajoute à cela une poignée de premières parties (Keelhaul, Gnaw,...) et une première sortie (celle-ci donc) sur le label anglais Aurora Borealis (et tout cela en une année d'existence) et on se dit que l'engouement suscité doit être fondé... Neige Morte est le genre de pseudonyme qui ne vas pas tenter de tromper l'auditeur sur la marchandise, l'association hiver + putréfaction faisant ressortir rapidement de notre imaginaire commun une esthétique propre à un style qui a toujours su rester quelque peu outsider: le Black metal?...bingo!..., même si musicalement c'est plutôt du côté des avenues bondées des métropoles américaines, avec Liturgy et toute la clique, que celui des forêts enneigées norvégiennes qu'il va falloir aller chercher les influences. Parallèlement, Neige Morte joue sans réserve avec cette imagerie folklorique: loups démoniaques, pentacles et biquets occultes, et là où cela pourrait passer pour complétement ridicule, chez Neige Morte le tout est assurément jouissif. De la douce brise traversant les cimes en guise d'ouverture jusqu'aux bêlements finaux, Neige Morte impose sa patte en une trentaine de minutes. Black metal hybride, les yeux injectés de noise et la mâchoire puissamment indus, Neige Morte est un monstre prêt à tout dévorer. Batterie punk, ambiances flippantes, riffs dissonants, des faux airs de Neurosis sur Fausse victime vrai bourreau, et puis Tout sonne faux comme point culminant, avec ce riff monstrueux à la Godflesh, ces notes de gratte stridentes tellement à côté de la plaque donc totalement pertinentes. C'est complétement malsain, ça fout des frissons dans le dos et c'est tellement bon, l'occasion pour tout le monde de faire son coming-out en assumant complètement son goût pour Belzébuth et les ténèbres.
samedi 5 mars 2011
Rip It Up! - Demo 2011
Je vais d'abord m'arrêter sur l'artwork puisque c'est la première chose que l'on peut savourer dans cette démo du groupe grenoblois. Il y a un petit quelque chose des pochettes de Descendents (dessin minimaliste en noir sur blanc). Franchement, cela faisait un petit moment que je n'avais pas vu une pochette aussi classe, comme quoi deux coups de crayon sont bien plus efficaces que n'importe quel assortiment photoshop/typo complètement dégueu (le graphisme, c'est comme la mode, ce qui est « in » aujourd'hui est « has been » dans 3 mois). Parenthèse close. Rip it up! c'est donc du fast-punk rock avec un chant instinctif présentant ci et là quelques relents de Jello Biafra. Les thèmes des chansons (la résignation, les attitudes dans la scène punk, la spéculation immobilière,...) sont abordés de manière intelligente et rageuse. Huit chansons avec trois accords qui se courent après, ça dépasse rarement les deux minutes, du punk-rock à l'ancienne mais sincère et tout autant réjouissant. Mention spéciale pour Allumettes. Première démo et le meilleur à espérer pour la suite.
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