samedi 25 décembre 2010

Bygones - by~




Je suis passé complètement à côté de cet album lors de sa sortie l'année dernière, pourtant je pensais me tenir suffisamment au courant de tout les projets de Zack Hill. En gros, Zack Hill, et pour ne pas être subjectif, est l'un des meilleurs batteurs de sa génération. Un gars que j'estime particulièrement, le genre de mec dont tu découvres un jour qu'il ne joue pas uniquement dans un de tes groupes préférés (le groupe math-rock à dimension variable Hella), mais qu'il est impliqué dans un bon petit paquet de groupes que tu apprécies particulièrement, sans jamais ne t'être douté de rien: Goon Moon, Crime In Choir, Team Sleep ou plus récemment El Grupo Nuevo de Omar Rodriguez Lopez (entre autres). Bygones, donc, est un duo avec Nick Reinhart, guitariste de Tera Melos. Pour faire court, Bygones ravira tous les fans de Hella qui attendent impatiemment un nouvel album depuis l'énorme There is no 666 in outter space sorti il y a deux ans. Bygones joue dans le même coin de la cour, les analogies avec le dernier album de Hella étant indéniables: une batterie envahissante, une guitare ultra-technique et des chants barrés et sortis de je ne sais où. Sûrement autant indigeste pour certains que le mac-quick burger de la pochette (que j'adore au passage, limite du Martin Parr en plus), mais qui sera clairement addictif pour d'autres: il est trois heures du matin, l'album en boucle depuis un certain moment, incapable de plus de précision car ayant perdu toute notion de temps, et impossible de se décider sur quelle dernière chanson finir avant de se décider à être raisonnable et donner un peu de repos à son corps. Allez, je m'abandonne à Up the shakes pour ce soir! Ouais, bonne nuit à tous! A demain. Merde, je crois que je vais plutôt choisir Nu cringe finalement, et je serai bien obligé d'enchaîner avec Fool evolved qui suit. Non mais sérieusement, rassurez-moi, dites-moi que je ne suis pas le seul à faire ça!

samedi 18 décembre 2010

Rien - 3



Sur des préjugés (fondés ou non), on peut parfois éviter certaines formations parce que leur patronyme ne nous évoque pas grand chose, parce que leur concept nous semble fumeux, un brin prétentieux et leur univers visuel tellement « arty farzy ». Puis on remarque des critiques élogieuses, mais pas de celles qui lèchent simplement les fesses, de celles qui vous donnent vraiment envie d'aller voir ce qui s'y passe de plus près. Rajoutez à cela des références de goût certain (Tortoise, Liars, Oneida, Can et j'en passe) et là on se dit que l'on est peut-être passé à côté de quelque chose. Voilà, je crois donc que je découvre Rien avec beaucoup de retard. Les habitués de Rien sauront qu'il est difficile de décrire de façon pertinente la musique du groupe avec des termes musicaux, ainsi donc je tenterai de l'éviter le plus possible. L'univers des Grenoblois à toujours été plutôt cinématographique, comme l'avouait explicitement le générique de fin de Il ne peut y avoir de prédiction sans avenir. Pour ce nouvel album, A jerk in da hell débute comme un nanar de SF/fantastique : forêt embrumée, faisceaux lumineux traversant les arbres et rite amérindien psychédélique ; mise en bouche pour The sun is always right. Ce deuxième chapitre nous éjecte alors, direction l'hyperespace, bande-son krautrock avec solos zappaesques hallucinés. Une longue dérive la tête dans les étoiles. Masterkraft signe le retour sur terre, désert tribal, danse (cette fois-ci encore) amérindienne, mais plus enjouée, le ton et cette fois-ci à la célébration des éléments ; mon passage préféré. On applaudit mais ce n'est pas fini : on repart pour un tour parce que l'on ne veut pas voir la fin arriver. L'épopée se termine avec V qui est une toute autre histoire. Des photos entre les mains, mémoire d'un autre temps. Un soleil doux qui nous réchauffe la peau, l'herbe fraîche entre les orteils. Souvenirs, sérénité, sourire. Rien n'est pas une de ces formations que l'on range facilement dans une catégorie, qui s'imprègne des ingrédients d'un style et qui les ressort tel un bon élève. Rien, ce n'est pas non plus un mélange de recettes qui aurait perdu sa spontanéité dans sa quête d'originalité. Rien, c'est un panel de décors, d'émotions, une adéquation de naturel, de franchise et de talent.

Sed Non Satiata - Sed Non Satiata


Sed Non Satiata nous avait laissé en 2008 avec ce fameux split en compagnie de Daïtro. L'image que le groupe renvoyait était celle d'un certain parti pris. Un chant en français très mélodique qui pouvait séduire mais aussi facilement rebuter ou faire crisser des dents. C'est donc cette idée qui trottine dans ma tête pendant que j'enfile l'objet dans mon mange-disque. Autant en finir avec ce sujet de suite, la voix d'Arnaud semble métamorphosée. Exit les intonations presque maniérées que l'on pouvait trouver sur Les hommes sans visage, on est ici beaucoup plus proches d'une certaine école de l'emo français, celle d'Amanda Woodward et de Daïtro. Même si certaines envolées parsèment encore les chansons de SNS, la voix se fait un peu moins suave et s'intègre bien plus naturellement dans la musique. Pas de mise en bouche cette fois-ci, Les colonnes de soie nous attrape directos à la gorge. Des cris désespérés, un groupe qui alterne intensité et modération et des chants clairs enchanteurs. Je suis par contre un peu sceptique sur le titre qui vient. Osögõ orõ nous propose un post-hardcore déjà entendu chez Geneva il y a quelques mois par exemple, et un passage commun de post-rock avec sample de rigueur, mais le quartet se rattrape largement sur les irruptions puissantes qui tranchent le titre. En revanche, rien à redire sur Entre les mots ; un piano en introduction qui se mêle aux notes de guitare, puis tout coule naturellement jusqu'à l'explosion dans un chant fédérateur : « Mais à toujours chercher un sens ou à essayer de briser le silence entre les mots » pour redescendre et finir majestueusement sur ce même piano. On descend encore avec les accords délicats, en acoustique de Calle Jaen 23 puis on termine avec L'arrache cœur, qui s'écoule lentement et finit par nous emporter dans sa montée d'intensité. Admirablement réalisé, mais il manque un petit quelque chose. Alors oui cet album a la classe, il est superbement bien ficelé mais Sed Non satiata a, à mon goût, perdu en spontanéité. Le groupe a évolué et n'est pas resté sur ses acquis et l'album dans l'ensemble sonne moins personnel (hormis Entre les mots). En même temps... je ne sais pas... peut-être qu'on s'en fout... Sed Non Satiata s'est lancé dans une direction et cela lui réussit. Les Toulousains ont sûrement le temps de trouver la bonne formule, de jongler entre l'originalité et la qualité et ils sauront un jour marier les deux, parce qu'ils ont  la capacité de le faire et ils nous le prouvent une fois de plus.

Han Som Soker - Han Som Soker



Composé et enregistré en deux mois, Han Som Soker est le projet d'un seul homme, en la personne du bassiste des défunts Inys. L'artwork instaure le climat austère de l'album : forêts profondes, montagnes enneigées et ciels nuageux. La nature prenant le dessus sur la civilisation, la présence humaine réduite à néant. Rien que le sifflement du vent entre les sapins, le ronronnement de l'eau coulant entre les rochers et le murmure de la neige qui se dépose sur le sol. La typographie déstructurée sur la pochette en carton et les écritures gothiques du livret appelleraient presque à un logo « True Norwegian Black Metal ». L'Intro remplit son rôle : claviers sombres et glaçants en crescendo puis décrescendo, de quoi prévenir l'auditeur à ce qui va en suivre. Ghost débute sur de délicates notes de guitare rejointes par un chant posé mais habité. La transition qui arrive ensuite a un petit côté-début de Pity the weak de Fall Of Efrafa, en version beaucoup plus lente : même façon de reprendre des couples de notes calmes à la guitare après une ambiance qui s'estompe mais reste sous tension. Un peu plus loin, c'est l'ombre d'Inys qui refait surface: guitare crade, batterie lente et grain de voix écorché. L'intro de September et ses étouffements de notes éparses sous chorus font étrangement penser au thème musical de Twin Peaks. Le rapprochement avec la série culte de Mark Frost et David Lynch n'est d'ailleurs pas aussi incongrue qu'elle en a l'air : l'appel de la nature, à travers des forêts épaisses et mystérieuses et la déchéance psychologique humaine en société sont des thèmes communs. En témoignent les paroles de Enclave of freedom : « Only the nature, in certain places, rest free of any chains / Freedom is no longer than here / Cities are cages without bars / Bars are useless for docile beast ». Le black-métal ambiant de Han Som Soker, même s'il prends ses propres directions, reste teinté de l'expérience avec Inys. Le spectre de ce dernier rode autour de ces 6 titres : on retrouve ces même riffs pesants à peu d'accords sur lesquels viennent, en revanche, s'accrocher ici et là des notes plus aigües, un cri guttural, des claviers glacés ou encore une guitare acoustique. Han Som Soker est en tout cas une expérience artistique honorable : s'investir complètement dans un processus de composition pendant deux mois, improviser face à sa volonté immédiate pour n'enregistrer que le ressentit à l'instant présent, sans avoir le temps de prendre de recul, pour faire ressortir ce qui pourrait être perçu comme la sincérité ultime.

Amesoeurs - Amesoeurs



Image de fin du monde, d'une civilisation détruite et détruisante. Derrière cette magnifique pochette se cache un quartet, constitué de membres d'Alcest et Les Discrets. Se décrivant comme les enfants de ce monde urbain décadent, Amesoeurs est l'exutoire à l'ingurgitation quotidienne de notre civilisation industrielle anti-naturelle. Après un Gas in veins instrumental comme mise en bouche intense, Amesoeurs se dévoile complétement dés Les ruches malades : une voix  féminine le plus souvent claire et douce et un métissage de divers styles : black-métal, coldwave et une sensibilité pop certaine. L'exercice peut paraître difficile et le black-métal et la coldwave sont des styles auquel je suis d'ordinaire hermétique, mais force est de constater que les qualités sont présentes. Amesoeurs possède ce je ne sais quoi qui rend leur musique touchante, émouvante, malgré ou peut-être grâce à ses défauts. Tout d'abord, le chant d'Audrey en  français rappelle aux premiers abords certains groupes français radiophoniques dont je tairais les noms, car Amesoeurs ne joue définitivement pas dans la même cour. Pour exemple le magnifique Heurt : la voix d'Audrey se veut très mélodique mais se trouve en retrait, perdue dans les méandres. Le groupe aime la sensibilité, mais l'on sent qu'il cherche à la laisser un peu en retrait pour ne pas mettre à mal son intégrité musicale. Une fois passé outre cela, la musique d'Amesoeurs nous gagne lentement et l'album contient son lot de « tubes »: Gas in veins, Les ruches malades, Heurt (ma préférée), Recueillement, Faux semblants, Video girl ou encore La reine trayeuse sont autant de preuves de la qualité de composition du groupe. Je parlais de mélange de style : Faux semblants et Amesoeurs par exemple dévoilent fièrement des mélodies à la The Cure, I XIII V XIX XV V XXI XVIII XIX - IX XIX - IV V I IV et son piano hanté s'apprêterait parfaitement en bande-son des photographies de Sarah Moon, tandis que Trouble (éveils infâmes), le titre le plus agressif de l'album, s'exhale dans un riff très heavy. Alors voilà, Amesoeurs est un album cohérent mais le goût un peu trop délicat du chant et des passages mélodiques risque de rester en travers de la gorge de certains aficionados du black-métal et d'un autre côté, il risque fort peu de se propager outre les sphères des fans des styles pratiqués ici. En tout cas, je l'avoue impunément, Amesoeurs est une bouffée d'air frais, de l'amour dans ce monde de brutes.

Daïtro - Y



Parfois, on a envie de tout remettre en question : ce que l'on aime, ce qui nous inspire, ce qui nous influence. On ne sait plus trop pourquoi on suit certaines idées ou que l'on fait certains choix. Parfois en revanche, il suffit d'ouvrir un livre, regarder un film ou avoir une discussion avec quelqu'un et tout redevient si évident. Depuis plusieurs semaines, c'est cet album de Daïtro qui tourne en boucle sur ma sono et qui me rappelle chaque jour quel sens donner à ce qui m'entoure et à ma place dans cet environnement. Je divague ? Ça ne vous parle pas ? Bref... Pourtant, les premières impressions n'étaient pas des plus gratifiantes : « Il est sympa ce nouveau Daïtro, il est plus calme que Laissez vivre les squelettes, mais rien d'exceptionnel. » Puis comme tout bon disque, les écoutes consécutives ont raison de vous. Alors voilà, Y est un sacré album et je compte bien m'attarder dessus en détail. Y s'articule autour des paroles formant un texte uniforme. Y est partagé en dix parties, dix chansons qui n'ont pas de nom. L'artwork se construit sur le propos de Part IX « Au-delà de ses deux collines et de ses deux fleuves... » : la ville de Lyon. Le guitariste et le bassiste nous ont déjà fait le coup pour les Singles series de leur projet parallèle 12XU, mais ici en plus concret et pertinent. Alors Y pour la seconde lettre de Lyon, ou plutôt pour la forme de ses deux fleuves qui se rejoignent (j'aurais tourné la pochette plusieurs fois dans tous les sens pour penser à ça). Part I et Part II s'ouvrent sur le Daïtro tel qu'on le connaît. Une dynamique de l'urgence, des montées mélodiques et le phrasé particulier d'Aurélien qui s'instaure dans les passages d'accalmie. Daïtro va ici à l'essentiel : aucune chanson ne dépasse les cinq minutes, alors qu'auparavant le groupe n'hésitait pas à lorgner avec la dizaine de minutes sur certains titres. Les paroles prennent une place colossale, chargées de bon-sens et d'émotion. Nouveauté, Part III fait part belle au chant clair de Julien. L'envie peut-être de développer ce côté mélodique depuis l'expérience de ce dernier derrière le micro dans 12XU. Part IV ou la grosse claque. Les spoken-words s'élevent en hymne : « Nous les bien faiseurs, nous les bien pensants, nous les prétendus hors normes qui jouons les durs, nous les colériques, nous les cyniques, n'aurait-on rien égaré en route ? ». Part V, interlude en guise d'intro pour Part VI. Part VI qui prend le temps de se construire, une batterie minimaliste, quatre accords de guitare qui se greffent et s'imposent puis les paroles qui prennent le dessus : « Qu'est-ce qu'on tire de nos valeurs quand on leur préfère la théorie ? Et surtout à quel prix ? ». Part VII et son intro « heavy-hardcore ». Nouvelle interlude, Part VIII qui fait le lien avec l'énorme Part IX. Là encore des paroles à scander : « Au delà de ses deux collines, au delà de ses deux fleuves, de ses pubs plein les trottoirs, de ses vitrines, de ses comptoirs ». Et pour finir Part X, les propos parlent d'eux-mêmes : « Il y a simplement l'envie de ne pas regarder tout se taire et mourir à petit feu. Simplement l'envie de ne pas tout voir se transformer en vitrine ». Il est 18 heures. Je déambule en vélo dans les rues encombrées, le regard cynique sur tous ces êtres qui restent bloqués dans leur véhicule. Retour au foyer après une énième journée de travail, pour seul cri d'existence la main sur le klaxon. Et dans ma tête: « Le constat est sévère quand il n'y a plus de colère mais de la suffisance, quand il n'y a plus de débat mais de la satisfaction, de l'agressions pour communication, des réponses pour question ».
Putain d'album.
Putain de groupe.

V/A - Dark 80s



Je ne sais pas à quoi ça vous fait penser vous les années 80, mais dans ma tête c'est pas très glorieux. Puis le revival post-punk à toutes les sauces, j'en ai un peu ma claque. Mais quand on connaît l'activité du label Atropine, on se doute bien qu'il n'y aura pas ici d'effluve de mauvais goût. Allez, on se jette dans le vif du sujet. C'est One Second Riot qui débute avec One hundred years de The Cure... Alors là, les doigts dans le nez ! La reprise est fidèle à la version originelle, le titre new wave passé dans le filtre noise/indus du duo lyonnais ressort comme neuf. A part la ligne de batterie qui change, on pourrait dire qu'ils ne se sont pas foulés les deux, sauf que tout ici paraît évident. Les ambiances sombres et industrielles plombent les arrangements de la version originale, la batterie rajoute une sacrée dynamique, la transposition guitare-basse passe le plus naturellement possible et la voix de Pierre est troublante de ressemblance avec celle de Robert Smith. Tout cela sans perdre leur propre identité. Résultat ? Trop bon ! Deuxième titre et deuxième reprise de The Cure, cette fois par Abronzius, projet dark-pop de deux membres échappés des Lyonnais d'Overmars. Exit l'ambiance kitsch de la première version de Charlotte sometimes. On vire la batterie dégueu' et cette affreuse réverb sur la caisse claire. Une guitare cristalline, un chant envoûtant exécuté par Marion (bassiste dans Overmars) et des percussions et nappes sombres dans le fond, ou comment créer un petit bijou à partir d'une originale maussade. Un peu de fébrilité sur certaines fins de phrases, juste touchant ! On en finit avec The Cure, dépaysement total avec Kill The Thrill et leur reprise de The pandys are coming de Killing Joke. Je n'apprécie pas tout du groupe de Jaz Coleman, et celle-ci n'entre pas dans la catégorie favorable. L'interprétation de Kill The Thrill, avec chant là encore féminin de Marylin la bassiste, est très proche de l'originale. De cause en conséquence, je n'accroche pas spécialement. Mais pour être objectif, tout est très bien orchestré et à l'instar de One Second Riot, c'est une remise à jour efficace du titre que le groupe effectue là. Dernier morceau, les Year Of No Light s'attaquent au Disorder de Joy Division. Le thème de la chanson est extrêmement ralenti, logique lorsque l'on est une formation qui se complait dans un post-hardcore pesant. La guitare maladive se noie dans ce vacarme épais et le chant est encore plus dépressif que celui de Ian Curtis. On sent d'ailleurs le désir du chanteur de se calquer sur la voix de celui-ci : mêmes intonations, mêmes effets, puis il n'est pas courant d'entendre du chant clair dans Year Of No Light. Une bonne surprise en tout cas que cette compilation, qui va du sympathique (Kill The Thrill) au quasi-incontournable (Abronzius).