- Commençons donc par nous perdre, une nouvelle fois, dans les méandres de la nébuleuse musicale lyonnaise. François Virot (Clara Clara, Reveille, François Virot) est responsable de l'enregistrement de ce premier album. Si je tiens à le préciser, c'est parce que à l'oreille, ceci praît comme une évidence. La première écoute nous ferait presque médire, Alligator sonnant quasi comme un projet de François Virot, et ce n'est pas seulement parce que Lisa Duroux, son acolyte au sein de Reveille, compose la moitié de ce duo. Les deux formations ont pas mal de points communs, musicalement et (donc) dans le rendu sonore, puisque l'on pourrait croire que ce premier effort a été enregistré et mixé durant la même session que Time and death, avec les mêmes instruments et une volonté similaire. Mais laissons de côté les quelques commérages fugaces envisageables et focalisons-nous sur l'élégance du trajet que Alligator taille à travers le courant. Noisy pop enjouée et indie-rock sensible sont le créneau du groupe. Lisa Duroux, à la batterie, est accompagnée de Elizabeth Hargrett à la basse. Le chant, elles s'y collent toutes deux. Le jeu de Lisa est assez similaire à celui pratiqué au sein de Reveille. Les lignes de basse, tout en restant assez simples, réussissent aisément à remplir l'espace, que l'on aurait pu craindre restreint. Malgré la modestie de la formation, à aucun moment elle ne manque de richesse ou ne souffre de faiblesses. Le chant, peut-être, est le garant de cette force. C'est surtout lorsque les deux voix se complètent, se répondent, qu'Alligator se fait le plus mordant. Bloody Mouth jure un peu, avec ses scandements et sa vivacité quasi-punk bienvenue, mais les meilleurs moments de ce cinq titres sont atteints avec Sandsellers et Hush, les titres les plus touchant et prenant (ce chant, ces chants !).
samedi 3 décembre 2011
Alligator - Alligator
mercredi 16 novembre 2011
L'oiseau mort - Soubresauts, acte 1
Hip-hop de punks. L'oiseau mort sort enfin cet album, trois ans après le split vinyle partagé avec Collectif Mary Read, sur lequel on trouvait DEAD, le titre du duo qui m'était particulièrement cher, paroles percutantes et instrus infaillibles autour d'un thème à la guitare acoustique. 9 titres pour ce nouvel effort et claque à la première écoute, L'oiseau mort a vraiment un GROS son. Ce n'est pas (qu')une question de polissage, mais le travail effectué sur les textures sonores est de qualité. Les instrus sont riches, soignées et toutes en profondeur. Côté paroles, L'oiseau mort est toujours un animal qui veut mordre, on appellera cela du hip-hop militant. J'avoue ne pas toujours être convaincu par la forme adoptée, certains textes dévient parfois vers le lieu-commun, dans le choix des mots j'entends, mais parallèlement le duo atteint souvent une certaine poésie dans l'expression de ses revendications. Au rayon des bonnes surprises et des temps forts de cet album, le titre d'ouverture Les silences, Quels sourires et Crash Test avec ses cuivres, réquisitoire contre les nano-technologies.
mardi 1 novembre 2011
Kiruna - Kalayaan
On regrettera Kiruna. Non que leur noise hardcore soit à part et que l'on se retrouve dorénavant orphelins d'une musique irremplaçable. On regrettera Kiruna car le groupe a splitté cet été, nous privant d'un BON groupe dont il ne sera désormais plus possible de profiter en live. Mais voilà, cet album posthume, disponible à nos oreilles depuis début octobre, amène des bribes de neuf, nous faisant déplorer un peu plus encore cet arrêt brutal. Le chant, aussi singulier était-il, semble se retrancher plus profondément encore dans ce qui faisait de lui la touche reconnaissable du groupe. Ce timbre particulier, généralement scandé et sans cesse uniforme, se permet quelques écarts, notamment sur le couplet du titre éponyme (je ne dois pas être le seul à entendre des similarités avec Blackthread, avec qui le groupe a partagé plusieurs dates). Tout le long de l'album, on est touché par cette impression que Kiruna réussit à faire du neuf et du frais à partir d'une vieille recette. Les dernières compositions de Kiruna sont massives, Kalayaan ayant eu droit à un enregistrement de bonne facture, la basse sous overdrive semblant toujours être l'instrument de proue. Mais cette impression de nouveauté n'en est pas qu'une. De manière subtile, la guitare apporte beaucoup plus de contrastes que par le passé, se permettant des lignes plus inventives. Le comble de cette histoire, c'est que Kalayaan doit se restreindre sous la forme de données binaires sur matériel informatique. On aurait également voulu profiter de cet artwork d'une autre manière que sous sa forme pixelisée. On rêve, alors on espère goûter un jour à cet album en format vinyle, ou du moins pouvoir tenir un bel objet entre nos mains et caresser du bout des doigts les paroles sur papier.
mercredi 7 septembre 2011
Monstre! - Inside Living Animals
On parle de l'artwork? On parle de l'artwork. Les Monstre! ont opté pour un cheap assumé. Quatre portraits sur la pochette, sorte de caricature de l'album Let it be. Le pif de l'un se retrouve sous le front de l'autre, la moustache du troisième avec les lunettes du quatrième. Saurez-vous trouver à travers les autres possibilités imprimées sur le dos de l'album les vrais visages des musiciens de Monstre!? Côté galette, Inside Living Animals contient son lot de bombes noisy funky. Mocking birds, Echoes of silver, Lions on my sweatshirt, Giorgio Armani Nejad au jeu de mot osé et The answer to your questions might be in Black Sabbath songs: tout autant de possibilités pour danser fiévreusement sur un sol crasseux. Pour faire court, Monstre! c'est Sonic Youth qui aurait décidé de faire un album disco. Le duo basse/batterie confesse son sens évident du groove. Les deux guitares s'approprient chacune leur propre terrain de jeux. Pendant que la première se cantonne à une mélodie simple, en note à note, mais plus efficace tu meurs, l'autre ammène de la texture, joue de sa réverb ou de son overdrive craspec. Au milieu de ce fun continu, seul Sudden beat of the sun apparaît comme un peu plus "déprimé". Plus chargé, avec un accord qui dure qui dure. Plus lourd aussi, presque hypnotique. Tout chez Monstre! est extrêment juste, extrêment bien pensé, extrêment bien fignolé. Les arrangements (les clappements sur Lions on my sweatshirt par exemple) bouclent la cohérence de l'album. En bonus, deux titres: une autre version de Echoes of silver et de Sudden beat of the sun. La première en boîte à rythme et synthé, fun et même pas anecdotique; la seconde en version (presque) dansante, évidemment. Voilà, alors on peut se marrer un petit moment avec la pochette, mais ce premier ep de Monstre! a de quoi se la rammener, parce qu'avec un tel sens de la mélodie et du groove, Monstre! atteint aisément son but qui est que "les mélodies restent gravées dans la tête de l'auditeur dès la première écoute."
Libellés :
Annecy,
Chambéry,
disco punk,
France,
indie-rock,
Monstre,
musique,
noise rock
Ned - Bon Sauvage
Commençons donc par (re)situer Ned. Ned est un trio lyonnais qui existe déjà depuis 1998. Après une poignée d'ep, albums, et splits (avec Doppler notamment), Bon sauvage a débarqué en mai 2011, le visage fier avec pour apparat cette linogravure élégante signée Mino Maccari, artiste et caricaturiste fondateur de la revue Il Selvaggio (Le Sauvage en italien) active de 1924 à 1943. Le bon sauvage comme figure antithétique d'une société bien-pensante, illustrée par les deux personnages de la pochette, dans laquelle on apprends aux hommes à jouer à la guerre et aux femmes à user de leur coeur. La musique de Ned est justement loin de la binarité illustrée ici. Si Ned a bien calmé le jeu depuis ces précédents efforts, le trio taille toujours sa route à travers ses propres paysages, qui ne sont ni trop dociles, ni trop amicaux. Sachant se la jouer funky (l'imparable Afri-cola), élaborer des dérapages en forme de clin d'oeil (le punk-rock Turn on the cops), Ned a élagué son noise-rock et lui a insufflé une nouvelle énergie post-punk. Bon Sauvage sent, tout à la fois, les années 80, 90 et 2010. Bigger Penises affiche, sans gêne aucune, un groove irrésistible et on se laisse happer par la lancinance des spoken-words et du riff interminable de Wanna be beta city. On retrouve des accents à la The Ex chez Ned, notamment dans la voix (Same same but different), parfois également à la Fugazi. Néanmoins, après une première moitié enthousiasmante, Bon Sauvage s'essouffle petit à petit, et même si les textes en français au milieu du titre éponyme nous font sursauter l'oreille un instant, les quatre derniers titres estompent tout l'engouement que le trio avait construit avec les sept premiers titres. Dommage, car Ned a le talent de son côté, mais le trio gagnerait à tailler le superflu, vois à se limiter à des formats plus courts, surtout lorsqu'on met en forme son album de si belle manière.
jeudi 14 juillet 2011
Taulard - Taulard
Taulard s'appelle Taulard. Sur la pochette de la première cassette de Taulard, on voit apparaître une lame de rasoir, sans trop même avoir à faire de pirouettes avec les yeux. Rien de subliminal ici, on sait effectivement à quoi s'attendre lorsqu'on met en route la bobine: Taulard n'a pas vraiment le coeur à la fête. Taulard c'est des états d'âme, des maux, des instants fixés sur le papier. Le point fort de Taulard justement, c'est peut-être bien les paroles. Faussement naïves, souvent mélancoliques, parfois ironiques ou un poil vénères; des sales expériences sous forme d'histoires. Une écriture indécise, parfois évasive, presque poétique, et parfois beaucoup plus concrète. Le chant en français, dans ce style particulièrement, est un exercice casse-gueule. La première écoute pèche un peu. On rechigne parce qu'on n'a pas l'habitude. Mais on décide de donner une seconde chance, car on sait qu'il s'y passe quelque chose. On retourne la cassette, on réappuit sur play (les deux faces de la cassette sont identiques), et alors on se sent un peu bête, parce que finalement ce chant, on l'aime bien quand même. Les "oh oh" de Ville portuaire, on les chante en coeur, pas le choix. Pour ce qui est du reste, c'est à dire les instruments, le choix est celui d'une atmosphère dépouillée et maladive. Bien sûr, les lignes de basse sont audacieuses, mais la batterie tend vers l'épuration. Le synthé, lui (le principal élément mélodique), sait ne pas en faire des tonnes et mène la barque avec finesse. Et puis cette pochette: visuel minimaliste, un peu à l'image de la cassette des Rip It Up! il y a quelques mois: concise et classe.
mercredi 29 juin 2011
La Crève / Les Objets Meurent - Les objets crèvent
Ha ba bravo, je me mets à faire des chroniques de mes propres groupes! On (La Crève) a sorti notre premier disque, un split avec Les Objets Meurent il y a peu. C'est la première demo des deux groupes, qui a été fabriquée de A à Z (enregistrement, pochette, pressage) du 20 au 22 mai. Je vais tout de même me contenter de critiquer Les Objets Meurent. Donc, Les Objets Meurent est un groupe d'emo de Grenoble. Après les avoir revu en concert il y a peu, je me suis rendu compte que le son de la demo ne jouait pas du tout en leur faveur : la voix est très loin derrière et la disto de la guitare sonne plus grunge qu'autre chose. Non, en fait, ce que je veux dire par là, c'est que d'une part la disto une fois enclenchée, les notes sont imperceptibles; de l'autre part, le son global sonne vraiment "grunge" alors que ce n'est pas du tout fidèle à leur son brut. En fait, je ne leur ai pas encore avoué, mais Les Objets Meurent est mon groupe grenoblois préféré. Les paroles sont vraiment bien, notamment le titre éponyme Les objets meurent sur le "punk" et ses contradictions, les comportements machos dans Le bal des pompiers, Joystick Division, le petit tube de l'album, sur la génération des années 80 et La guerre des mots sur la récupération des "idées alternatives", enfin c'est mon interprétation personnelle pour celle-ci. Pour plus d'infos, vous pouvez me contacter directement, et pour Les Objets Meurent: chivain(arobase)no-log(point)org
Inscription à :
Articles (Atom)




