Echappés des groupes Joesson et The June Ampera dont on avait pu apprécier les qualités à travers un split réunissant les deux formations, les membres de PHYLLISDIETRICHSON ont concrétisé ce nouveau projet durant l'été 2010. Cet album est leur premier témoignage. Six titres sans noms, tout comme l'album, et une silhouette énigmatique, celle d'un personnage féminin issu d'un film américain des années 40, que le quartet a choisi comme patronyme. Musicalement, cette nouvelle formation vogue quasiment dans les mêmes eaux que les expériences précédentes. Un chant crié monocorde qui ne se permet que de brefs accostages sur d'autres rivages, des scandements et spoken-words en guise de reprise de souffle. Les instruments sont plus friands de variations et changements de cap: screamo pour ce qui est des mers tourmentées, post-hardcore bercé par des courants froids et post-rock dans le creux de la vague. Le dernier titre illustre parfaitement cette troisième catégorie: des notes cristallines auxquelles ne manque que la puissance (faute peut-être à une "prod" pas assez aboutie) pour se faire salvatrices. Les autres titres, plus rentre-dedans, contiennent leur lot de bonnes surprises, notamment ce riff tranchant et lourd qui officie au beau milieu de la cinquième chanson. On établira aisément des affinités musicales, lorgnant vers Refused ou Envy, et pour ce qui est des influences françaises, de Daïtro à Feverish.
jeudi 23 février 2012
lundi 6 février 2012
Tobaïas - s/t
Après une première demo 6 titres en 2009, Tobaïas sort un bien bel objet. Un sept pouces avec pochette sérigraphiée et quatre nouveaux titres d'un emo/screamo à la française comme on l'aime. Des textes sombres, maladifs mais jamais résignés, portés par un chant et des choeurs criés/scandés. Le butin est plutôt maigre, Tobaïas nous offre seulement quatre nouveaux titres (très courts) après deux années d'attente. Des titres qui n'atteignent jamais les deux minutes, témoignant de l'urgence punk qui transporte le groupe. On regrette un peu que la prod' ne porte pas plus la musique du quatuor, toujours insufflée de cette même passion. La batterie, pleine de vigueur, n'offre que rarement des accalmies, mais le mot "énergie" est loin d'être un antonyme de "mélodie" dans le vocabulaire de Tobaïas. Drapeau blanc, la seconde partie de Une décennie et surtout Les bons mots sont particulièrement réussis. Tels les défenseurs d'une scène qui peut parfois sembler à l'agonie, Tobaïas tient fièrement le flambeau de ce "french emo" dont les figures imminentes (Amanda Woodward, Daîtro,...) nous ont laissés orphelins, avec toujours cette même rage au ventre. Un ep soigné, modeste mais incisif.
jeudi 5 janvier 2012
12XU - Les grandes marées
J'en aurai mis du temps pour l'apprécier cet album. La dernière fois que j'ai vu 12XU en live, j'ai été déçu, les nouveaux titres m'avaient semblé linéaires; et transpirait cette impression du groupe qui a trouvé sa voie et qui s'en contente, sans aucune surprise ni appel d'air frais. Peut-être que ça sentait tout simplement la fin de tournée. Il m'aura fallu un paquet d'écoutes avant de me dire que tout même, ce premier effort à format long n'est pas si mal. La première écoute, attentive, n'avait pas été bien longue, l'ennui l'avait coupé net. Les suivantes, sans intention ni attente, et détachées, ont finalement bercé plusieurs heures et les mélodies se sont imposées. Quelque chose a un peu changé chez 12XU, la musique du trio se fait moins urgente. 12XU sonne un peu plus folk dans les accords de guitare, un petit côté Neil Young. Les grandes marées est une compilation de chansons toujours aussi classieuses, pour exemples Des rues mouillées, le titre éponyme, Prison dorée, Transparent, et surtout Faut pas mentir aux jeunes. Tout coule de naturel et de justesse et 12XU semble être capable de composer à la pelle des titres simples mais efficaces, au propos toujours aussi intelligents.
mercredi 4 janvier 2012
Tringles - Tringles
J'ai découvert Tringles il y a plusieurs mois, en concert au 102 à Grenoble. Quelque chose m'avait un peu déplu (commence mal cette chronique), c'était l'attitude de la front-woman qui se la jouait parfois rock'n'roll, vous savez cette attitude un peu fière, tout en cherchant à transmettre une fun attitude. Déplu, non dans le sens irritant, mais perçu comme convenu. Car à l'évidence, non, les Tringles ne se prennent pas au sérieux. Mais je vais vous avouer pourquoi Tringles me plaît. Tringles me plaît car Tringles me fait penser à Kleenex. Leur live m'avait remémoré les images du clip de Nice des suissesses. Je crois que c'est un peu cette manière frontale qu'elles avaient de regarder le public en chantant. Tiraillé entre le post-punk et le garage, le quatuor se revendique à la fois des Runaways et de Wire. Perso c'est plutôt le côté Wire que je trouve attrayant. Il est drôle d'ailleurs de remarquer comme l'ordre des quatre titres, de Sweat à Calm Down, tend du post-punk vers le garage. Souvent, c'est la basse qui semble mener le jeu. La guitare, elle, est plus en retrait. D'ailleurs, celle-ci gagnerait sûrement à se déshabiller de cette réverbe et de cette distorsion trop présentes. C'est agréable quand elle se la joue noisy, comme dans Yeah, mais sur les passages post-punk elle dessert quelque peu l'ensemble. Sweat, Train et Yeah sont des titres entraînant et efficaces, mais Calm Down s'essouffle à vouloir trop en jeter, malgré la présence du clavier.
samedi 3 décembre 2011
Alligator - Alligator
- Commençons donc par nous perdre, une nouvelle fois, dans les méandres de la nébuleuse musicale lyonnaise. François Virot (Clara Clara, Reveille, François Virot) est responsable de l'enregistrement de ce premier album. Si je tiens à le préciser, c'est parce que à l'oreille, ceci praît comme une évidence. La première écoute nous ferait presque médire, Alligator sonnant quasi comme un projet de François Virot, et ce n'est pas seulement parce que Lisa Duroux, son acolyte au sein de Reveille, compose la moitié de ce duo. Les deux formations ont pas mal de points communs, musicalement et (donc) dans le rendu sonore, puisque l'on pourrait croire que ce premier effort a été enregistré et mixé durant la même session que Time and death, avec les mêmes instruments et une volonté similaire. Mais laissons de côté les quelques commérages fugaces envisageables et focalisons-nous sur l'élégance du trajet que Alligator taille à travers le courant. Noisy pop enjouée et indie-rock sensible sont le créneau du groupe. Lisa Duroux, à la batterie, est accompagnée de Elizabeth Hargrett à la basse. Le chant, elles s'y collent toutes deux. Le jeu de Lisa est assez similaire à celui pratiqué au sein de Reveille. Les lignes de basse, tout en restant assez simples, réussissent aisément à remplir l'espace, que l'on aurait pu craindre restreint. Malgré la modestie de la formation, à aucun moment elle ne manque de richesse ou ne souffre de faiblesses. Le chant, peut-être, est le garant de cette force. C'est surtout lorsque les deux voix se complètent, se répondent, qu'Alligator se fait le plus mordant. Bloody Mouth jure un peu, avec ses scandements et sa vivacité quasi-punk bienvenue, mais les meilleurs moments de ce cinq titres sont atteints avec Sandsellers et Hush, les titres les plus touchant et prenant (ce chant, ces chants !).
mercredi 16 novembre 2011
L'oiseau mort - Soubresauts, acte 1
Hip-hop de punks. L'oiseau mort sort enfin cet album, trois ans après le split vinyle partagé avec Collectif Mary Read, sur lequel on trouvait DEAD, le titre du duo qui m'était particulièrement cher, paroles percutantes et instrus infaillibles autour d'un thème à la guitare acoustique. 9 titres pour ce nouvel effort et claque à la première écoute, L'oiseau mort a vraiment un GROS son. Ce n'est pas (qu')une question de polissage, mais le travail effectué sur les textures sonores est de qualité. Les instrus sont riches, soignées et toutes en profondeur. Côté paroles, L'oiseau mort est toujours un animal qui veut mordre, on appellera cela du hip-hop militant. J'avoue ne pas toujours être convaincu par la forme adoptée, certains textes dévient parfois vers le lieu-commun, dans le choix des mots j'entends, mais parallèlement le duo atteint souvent une certaine poésie dans l'expression de ses revendications. Au rayon des bonnes surprises et des temps forts de cet album, le titre d'ouverture Les silences, Quels sourires et Crash Test avec ses cuivres, réquisitoire contre les nano-technologies.
mardi 1 novembre 2011
Kiruna - Kalayaan
On regrettera Kiruna. Non que leur noise hardcore soit à part et que l'on se retrouve dorénavant orphelins d'une musique irremplaçable. On regrettera Kiruna car le groupe a splitté cet été, nous privant d'un BON groupe dont il ne sera désormais plus possible de profiter en live. Mais voilà, cet album posthume, disponible à nos oreilles depuis début octobre, amène des bribes de neuf, nous faisant déplorer un peu plus encore cet arrêt brutal. Le chant, aussi singulier était-il, semble se retrancher plus profondément encore dans ce qui faisait de lui la touche reconnaissable du groupe. Ce timbre particulier, généralement scandé et sans cesse uniforme, se permet quelques écarts, notamment sur le couplet du titre éponyme (je ne dois pas être le seul à entendre des similarités avec Blackthread, avec qui le groupe a partagé plusieurs dates). Tout le long de l'album, on est touché par cette impression que Kiruna réussit à faire du neuf et du frais à partir d'une vieille recette. Les dernières compositions de Kiruna sont massives, Kalayaan ayant eu droit à un enregistrement de bonne facture, la basse sous overdrive semblant toujours être l'instrument de proue. Mais cette impression de nouveauté n'en est pas qu'une. De manière subtile, la guitare apporte beaucoup plus de contrastes que par le passé, se permettant des lignes plus inventives. Le comble de cette histoire, c'est que Kalayaan doit se restreindre sous la forme de données binaires sur matériel informatique. On aurait également voulu profiter de cet artwork d'une autre manière que sous sa forme pixelisée. On rêve, alors on espère goûter un jour à cet album en format vinyle, ou du moins pouvoir tenir un bel objet entre nos mains et caresser du bout des doigts les paroles sur papier.
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