lundi 9 avril 2012

Marylin Rambo - Baleine à nourrir


Une question apparaît en filigrane derrière chaque titre de Baleine à nourrir. Marylin Rambo ne serait-il pas en fait un groupe tribute? Non pas un de ces groupes qui voue un culte à une figure mortuaire du panthéon du rock mais plutôt deux personnes qui se seraient retrouvées autour de leur passion commune pour un certain style et qui, avec pour unique motivation le plaisir le plus brut, auraient décidé de faire du math-rock à la manière de, quitte à ce que l'auditeur n'y entende que des références. Dans ma chronique de Skiez plus vite, le premier album de Marylin Rambo, j'ai à coup sûr du mentionner Don Caballero. Sur Kill All par exemple, on jurerait ouïr parfois du Dub Trio, à moins que ce ne soit plutôt du Keelhaul, connaissant l'aptitude du duo pour les jeux de mots et autres calembours sophistiqués. Je pourrais sortir ainsi des références à foison, mais Marylin Rambo n'est pas qu'un groupe de passionnés pour passionnés. Laissons une chance aux autres de découvrir la joie que peut procurer cet album. Baleine à nourrir est très cohérent et plus abouti que son prédécesseur; le duo cévenol semble avoir trouvé la juste balance entre les clins d'oeil jouissifs, hommages ludiques et une identité distinguée: Rock la poste est un super exemple des qualités imaginatives du groupe. Dans la famille du math-rock français à la Pneu, Papaye ou Room 204, Marylin Rambo serait le penchant métal. On ne lésine pas sur l'octaver (Fukushiblabla) et on construit des riffs heavy à mort (Tomate cerise), de quoi créer des failles spatio-temporelles pour ceux et celles qui adorent jouer de la guitare ou de la batterie dans le vide (ouais, le air machin), la langue coincée entre les dents. Et puis comme d'habitude, une éthique DIY, un album sorti grâce à Taenia Solium, Et mon cul c'est du tofu? et tant d'autres, et une belle pochette sérigraphiée au 103 à Grenoble (version CD et vinyle).

dimanche 18 mars 2012

Kouma - s/t

 
Les trois membres de Kouma font partie de Grolektif (l'un d'eux en est d'ailleurs le fondateur), label et collectif de musiciens à la douce prétention artistique, que je découvre juste. A la manière dont Kouma cherche à se définir (voir le site du label), on pourrait penser que le groupe use de l'humour, qui frôle parfois le potache, pour rendre attrayante une musique trop intellectualisée. Car oui, la musique du trio est complexe et savante. Batterie, guitare baryton et sax baryton composent ce groupe strictement instrumental. Pour ce qui est d'étiqueter leur musique, on rencontrera quelques difficultés, et on s'ennuiera vite, comme toujours en ce qui concerne les groupes qui cherchent à tailler leur propre route. Je me lance quand même: les rythmes syncopés nous ferait pencher vers le math-rock, le vacarme insolent en direction de la noise et le dépassement des cadres vers le free-rock, voir le krautrock. Voilà, cela est convenu, cela ne veut rien dire, mais cela vous donne quand même idée de qui on a à faire, et c'est bien ce que vous souhaitez savoir. Autant le préciser maintenant et être honnête avec vous, le premier adjectif qui me vient avec la musique de Kouma est « désagréable ». L'emploi de cet mot ici n'est nullement attribué à but dépréciatif, mais il est vrai que ces cinq titres sont franchement bruyants et agressifs. Cela ne leur empêche pas d'être de qualité, simplement il faudra s'accrocher pour y retourner. Un batteur-pieuvre et un sax qui se défoule entre solos frénétiques et attaques frontales en couple avec une guitare criarde. Kouma fait mal (à la tête) et c'est sûrement sur scène que l'on profitera pleinement du groupe. En tout cas, si je devais vous conseiller un titre sur ce premier album, je choisirais Frame #2 pour ses attaques épileptiques addictives.

jeudi 23 février 2012

PHYLLISDIETRICHSON - EP 1


Echappés des groupes Joesson et The June Ampera dont on avait pu apprécier les qualités à travers un split réunissant les deux formations, les membres de PHYLLISDIETRICHSON ont concrétisé ce nouveau projet durant l'été 2010. Cet album est leur premier témoignage. Six titres sans noms, tout comme l'album, et une silhouette énigmatique, celle d'un personnage féminin issu d'un film américain des années 40, que le quartet a choisi comme patronyme. Musicalement, cette nouvelle formation vogue quasiment dans les mêmes eaux que les expériences précédentes. Un chant crié monocorde qui ne se permet que de brefs accostages sur d'autres rivages, des scandements et spoken-words en guise de reprise de souffle. Les instruments sont plus friands de variations et changements de cap: screamo pour ce qui est des mers tourmentées, post-hardcore bercé par des courants froids et post-rock dans le creux de la vague. Le dernier titre illustre parfaitement cette troisième catégorie: des notes cristallines auxquelles ne manque que la puissance (faute peut-être à une "prod" pas assez aboutie) pour se faire salvatrices. Les autres titres, plus rentre-dedans, contiennent leur lot de bonnes surprises, notamment ce riff tranchant et lourd qui officie au beau milieu de la cinquième chanson. On établira aisément des affinités musicales, lorgnant vers Refused ou Envy, et pour ce qui est des influences françaises, de Daïtro à Feverish.

lundi 6 février 2012

Tobaïas - s/t


Après une première demo 6 titres en 2009, Tobaïas sort un bien bel objet. Un sept pouces avec pochette sérigraphiée et quatre nouveaux titres d'un emo/screamo à la française comme on l'aime. Des textes sombres, maladifs mais jamais résignés, portés par un chant et des choeurs criés/scandés. Le butin est plutôt maigre, Tobaïas nous offre seulement quatre nouveaux titres (très courts) après deux années d'attente. Des titres qui n'atteignent jamais les deux minutes, témoignant de l'urgence punk qui transporte le groupe. On regrette un peu que la prod' ne porte pas plus la musique du quatuor, toujours insufflée de cette même passion. La batterie, pleine de vigueur, n'offre que rarement des accalmies, mais le mot "énergie" est loin d'être un antonyme de "mélodie" dans le vocabulaire de Tobaïas. Drapeau blanc, la seconde partie de Une décennie et surtout Les bons mots sont particulièrement réussis. Tels les défenseurs d'une scène qui peut parfois sembler à l'agonie, Tobaïas tient fièrement le flambeau de ce "french emo" dont les figures imminentes (Amanda Woodward, Daîtro,...) nous ont laissés orphelins, avec toujours cette même rage au ventre. Un ep soigné, modeste mais incisif.

jeudi 5 janvier 2012

12XU - Les grandes marées


J'en aurai mis du temps pour l'apprécier cet album. La dernière fois que j'ai vu 12XU en live, j'ai été déçu, les nouveaux titres m'avaient semblé linéaires; et transpirait cette impression du groupe qui a trouvé sa voie et qui s'en contente, sans aucune surprise ni appel d'air frais. Peut-être que ça sentait tout simplement la fin de tournée. Il m'aura fallu un paquet d'écoutes avant de me dire que tout même, ce premier effort à format long n'est pas si mal. La première écoute, attentive, n'avait pas été bien longue, l'ennui l'avait coupé net. Les suivantes, sans intention ni attente, et détachées, ont finalement bercé plusieurs heures et les mélodies se sont imposées. Quelque chose a un peu changé chez 12XU, la musique du trio se fait moins urgente. 12XU sonne un peu plus folk dans les accords de guitare, un petit côté Neil Young. Les grandes marées est une compilation de chansons toujours aussi classieuses, pour exemples Des rues mouillées, le titre éponyme, Prison dorée, Transparent, et surtout Faut pas mentir aux jeunes. Tout coule de naturel et de justesse et 12XU semble être capable de composer à la pelle des titres simples mais efficaces, au propos toujours aussi intelligents.

mercredi 4 janvier 2012

Tringles - Tringles


J'ai découvert Tringles il y a plusieurs mois, en concert au 102 à Grenoble. Quelque chose m'avait un peu déplu (commence mal cette chronique), c'était l'attitude de la front-woman qui se la jouait parfois rock'n'roll, vous savez cette attitude un peu fière, tout en cherchant à transmettre une fun attitude. Déplu, non dans le sens irritant, mais perçu comme convenu. Car à l'évidence, non, les Tringles ne se prennent pas au sérieux. Mais je vais vous avouer pourquoi Tringles me plaît. Tringles me plaît car Tringles me fait penser à Kleenex. Leur live m'avait remémoré les images du clip de Nice des suissesses. Je crois que c'est un peu cette manière frontale qu'elles avaient de regarder le public en chantant. Tiraillé entre le post-punk et le garage, le quatuor se revendique à la fois des Runaways et de Wire. Perso c'est plutôt le côté Wire que je trouve attrayant. Il est drôle d'ailleurs de remarquer comme l'ordre des quatre titres, de Sweat à Calm Down, tend du post-punk vers le garage. Souvent, c'est la basse qui semble mener le jeu. La guitare, elle, est plus en retrait. D'ailleurs, celle-ci gagnerait sûrement à se déshabiller de cette réverbe et de cette distorsion trop présentes. C'est agréable quand elle se la joue noisy, comme dans Yeah, mais sur les passages post-punk elle dessert quelque peu l'ensemble. Sweat, Train et Yeah sont des titres entraînant et efficaces, mais Calm Down s'essouffle à vouloir trop en jeter, malgré la présence du clavier.

samedi 3 décembre 2011

Alligator - Alligator

Commençons donc par nous perdre, une nouvelle fois, dans les méandres de la nébuleuse musicale lyonnaise. François Virot (Clara Clara, Reveille, François Virot) est responsable de l'enregistrement de ce premier album. Si je tiens à le préciser, c'est parce que à l'oreille, ceci praît comme une évidence. La première écoute nous ferait presque médire, Alligator sonnant quasi comme un projet de François Virot, et ce n'est pas seulement parce que Lisa Duroux, son acolyte au sein de Reveille, compose la moitié de ce duo. Les deux formations ont pas mal de points communs, musicalement et (donc) dans le rendu sonore, puisque l'on pourrait croire que ce premier effort a été enregistré et mixé durant la même session que Time and death, avec les mêmes instruments et une volonté similaire. Mais laissons de côté les quelques commérages fugaces envisageables et focalisons-nous sur l'élégance du trajet que Alligator taille à travers le courant. Noisy pop enjouée et indie-rock sensible sont le créneau du groupe. Lisa Duroux, à la batterie, est accompagnée de Elizabeth Hargrett à la basse. Le chant, elles s'y collent toutes deux. Le jeu de Lisa est assez similaire à celui pratiqué au sein de Reveille. Les lignes de basse, tout en restant assez simples, réussissent aisément à remplir l'espace, que l'on aurait pu craindre restreint. Malgré la modestie de la formation, à aucun moment elle ne manque de richesse ou ne souffre de faiblesses. Le chant, peut-être, est le garant de cette force. C'est surtout lorsque les deux voix se complètent, se répondent, qu'Alligator se fait le plus mordant. Bloody Mouth jure un peu, avec ses scandements et sa vivacité quasi-punk bienvenue, mais les meilleurs moments de ce cinq titres sont atteints avec Sandsellers et Hush, les titres les plus touchant et prenant (ce chant, ces chants !).