lundi 27 août 2012

Veuve S.S. - Viscères




Veuve S.S. a la mine grave, une expression sévère pourtant trahie par une lueur goguenarde dans le regard. Un hardcore abrupt, tendance fast et crustouille,  qui se fout de la gueule du monde d'entrée de jeu avec un sillon fermé. Il y a des signes qui ne trompent pas derrière cette pochette de graphiste (ha ces lyonnais!): on n'évitera pas l'esclaffement sur le titre éponyme avec ce beuglement fatigué, maladif et les solos de guitare tout pourris. Mais ça devient intéressant quand le quatuor décide de prendre un peu plus son temps, sur Comme les vers par exemple. La batterie frêle, abandonnée par ses copines de jeu, cette gratte qui boude dans son coin et se réveille soudainement,  en larsens, comme seul langage possible. Idem pour la fin de Crevard, crade dans sa lenteur et venimeuse dans sa faiblardise. Le chant est à l'image des paroles: tout en vomissures. Ca dégouline et finit en salissures sur les godasses. Un mérycisme fâcheux. Chez Veuve S.S. on piétine sa propre souillure, on se vautre volontairement et on finit face contre le sol à régurgiter ses entrailles.

lundi 20 août 2012

Moms On Meth - s/t




Fastcore putride et vindicatif. Du groove et du blast. Le premier ep de Moms On Meth envoie tout ce qu'il a envoyer en moins de sept minutes. On trouverait ce petit 7 pouces plutôt mignon si l'on pardonnait l'artwork au faux-vrai-mauvais-goût-que-l'on-prendrait-au-quatrième-degré-si-il-n'était-pas-déjà-légion-de-tout-prendre-au-quatrième-degré-mais-du-coup-on-ne-sait-plus-ce-qui-n'est-pas-sérieux-vu-qu'il-n'y-a-plus-de-sérieux. A part ça, Moms On Meth tabasse et s'écoute en boucle (la version numérique, sinon il faudra apprendre la patience). La voix d'Elisabeth, sous disto criarde, dégorge de toute sa hargne des paroles à la fois lucides et fun, le genre de trucs qu'on se plaît à brailler dans les concerts en chœur avec les copains/copines. En anglais les paroles, mais c'est plutôt logique lorsque c'est la langue maternelle de la chanteuse. On appréciera particulièrement l'efficacité de History repeats itself, le riff rock'n'roll de 5150 et les paroles de My generation.

jeudi 5 juillet 2012

Les Profs de Skids & Sea Sick Six - Split



Le surf n'est pas un style qui renvoie forcément à des choses bien glorieuses: le sable, le soleil, les filles en bikini, les grosses cylindrées et les planches. Le surf ne renvoie pas forcément à des choses bien glorieuses, sauf quand on prends soin d'évacuer toute cette esthétique bancale pour ne garder que ce qui est réellement fun dans cette histoire: les tremolos sous réverb' et les "poum tchak tchak poum tchak". Le surfer blond et bronzé, lui, il vient de se ramasser une grosse vague sur le coin de la tronche et comme Christopher Steeve, c'est de son fauteuil sur lequel il restera cadenassé jusqu'à la fin de ses jours qu'il va regarder les vagues, une larme à l'oeil. Premier côté: Les Profs de Skids. Tout compte fait, c'était peut-être plutôt une avalanche, la poudreuse plutôt que l'écume pour nous fouetter le visage. Le surf des grenoblois est assez "traditionnel", avec toutefois un penchant affirmé pour les riffs qui groovent et une énergie incontrôlable. Bref, du surf qui pue vraiment le punk-rock. Tout est toujours aussi bien foutu dans les chansons instrumentales du trio. On retrouve quelques titres déjà présents sur une demo ou l'autre, et du second degré jusque dans les titres des chansons, et Fujiyama s'est naturellement transformé en Fukushima. Second côté: les toulousain.e.s de Sea Sick 6. C'est un peu plus chaotique sur cette face: Surf from hell, et le surf de papa on le détruit à coup de synthé démoniaque et de voix plus ou moins criardes mais toujours ironiquement possédées. Des samples apocalyptiques, une guitare dangereuse sous des effluves de réverb': Sea Sick 6 est la B.O. d'une virée sur les ruines de ce monde en perdition. A Toulouse, on n'a pas la plage, mais on a la rage.

lundi 4 juin 2012

Animal Trophies - Malédiction



Animal Trophies paraît bête, naîf, absurde, niais. Du bruit pour adolescents demeurés, des hymnes pour imbéciles juvéniles. Ben oui, c'est tellement printannier et innocent que prêter de l'attention à ce genre de musique, ce serait comme se remettre à boire un grand bol de lait frais tous les matins: impensable! Mais voilà, est arrivé un certain moment où l'on a baissé la garde et on s'est fait plaquer au sol par ces mélodies obsédantes; parce que pour cela, le jeune trio sait fatalement s'y prendre. Malédiction réussit à nous faire oublier pendant un temps que l'on n'a plus 20 ans, et que si on écoute de la musique sérieuse, c'est en fait pour épater les copains/copines. Le double chant masculin/féminin fonctionne à merveille; une petite réverbe, un petit overdrive pour l'effet garage, et puis de la nonchalance, de la douce insolence, sans cesse. Un artwork trop la classe au crayon de couleur, à la hauteur de l'idiotie qui se dégage de ce foutoir. Si vous êtes toujours inconsolable depuis que Jay Reatard a peu forcé sur la drogue, Animal Trophies devrait réussir à fixer dans votre coeur une once de réjouissance, et qui sait, peut-être vous faire rajouter du chocolat Poulain dans le bol de lait.

dimanche 3 juin 2012

Mensch - s/t



Ça y est, Mensch commence à voir les choses en grand! Le ep Dance and Die, un quatre-titres concis, dont on retrouve d'ailleurs ici les titres Mistery Train et Island, avait mis au clair le projet des deux filles en 2010. Aujourd'hui, Mensch se targue d'un premier album éponyme, huit titres où l'on retrouve l'efficacité d'une pop catchy fortement teintée de new-wave et de post-punk. La fulgurance de la musique de Mensch réside toujours dans les mêmes caractères: le duo basse/ guitare se croise, l'une impose une rythmique, l'autre s'abandonne à la mélodie, les rôles s'échangent, on s'embrasse enfin puis on bataille au coude à coude. Derrière, toujours cette même assise, boite à rythmes à première vue austère et pourtant si solide dans l'habileté de ses arrangements. Par dessus, la voix, aérienne, susurrée, ou plus passionnée, singeant parfois quelques références (The Slits sur Evidence). Mensch n'est pas qu'un album de titres incisifs, mais sait également se faire plus suave (Goliath, Sublime). Mistery Train et Island, bien que très similaires aux versions de Dance and Die, gagnent beaucoup en profondeur avec ce nouvel enregistrement. Des morceaux sur lesquels on revient encore et encore, il y en a plusieurs, comme le dangereusement addictif Swim Swim ou le plus original Wild. Il n'y aurait rien d'étonnant à ce que Mensch fasse rapidement des émules et que fleurissent, ci et là, des duos qui invoqueraient, pour le coup, le manque de batteurs pour utiliser une boîte à rythmes; en espérant que le revival eighties garde ce même souffle de fraîcheur cher à Mensch.

dimanche 13 mai 2012

Torticoli - Demo




Je ne sais que très peu de choses de Torticoli, hormis que le groupe est originaire de Lyon et que la formation en live est, au choix, trio ou quatuor (un chanteur occupe cette place vacillante). J'ai cru comprendre qu'il existait ainsi, en quelque sorte, deux Torticoli, le trio plutôt free-noise et le quatuor plus rentre-dedans. Sur cette première demo, c'est le trio que l'on jugera, puisque de la voix, ici, nous n'en entendrons pas le moindre souffle. Deux guitares et une batterie, c'est avec cet arsenal que le groupe explore les frontières les plus bruitistes d'un rock bluesy batailleur. Techniques mais avant tout viscérales, les guitares explosent et débordent de tout part. On se laisse rapidement submerger par la richesse presque agressive du groupe. On n'a pas peur d'accumuler les plans chez Torticoli, mais quand quantité et qualité sont toutes les deux rendez-vous, il n'y a vraiment pas de quoi se gêner. De temps en temps, les riffs se font moins querelleurs, et le vibrato vient s'imposer dans ces interruptions, comme une tirade arrêtée au milieu d'un mot, dont l'auditoire serait accroché aux lèvres, à attendre impatiemment la prochaine syllabe. Du côté du batteur, on est tout aussi inventif, et on aime, comme ses camarades, en mettre de partout. L'enregistrement sonne très live et on ne pourra point leur reprocher un manque d'énergie, et je ne précise pas cela pour mépriser un autre aspect de cet enregistrement, car les trois instruments sont intelligibles à souhait et parfaitement rendus. La prochaine livraison sera peut-être signée par quatre paires de main, on la souhaite dans les deux cas tout autant fiévreuse.

vendredi 11 mai 2012

Owun - Le fantôme de Gustav


Owun est un groupe qui a eu le temps d'en vivre, des aventures (que je tairais mais dont vous trouverez un résumé sur une de leurs pages internet), depuis sa création en 1992. Après deux albums, Sillon et Ostensible?, respectivement en 1998 et 2001, le combo grenoblois se reforme en 2007, accueille un second guitariste et se lance dans la composition de ce qui va devenir Le fantôme de Gustav. Si le Owun de 1998 œuvrait dans un noise rock finalement assez convenu, Ostensible? marquait déjà une volonté d'expérimentations louable, le nouvel Owun quant à lui a placé ses ambitions à un niveau encore supérieur. A la fois hétéroclite mais puissamment homogène, expérimental sans en avoir l'air, Le fantôme de Gustav possède les qualités qui manquent à bon nombre d'autres groupes, attirant par la qualité de ses compositions et passionnant par sa recherche esthétique. On se demande bien comment une simple "formation de rock classique" (guitares, basse, batterie) réussit à sortir de telles sonorités, parfois légères et psychédéliques, et d'autres fois au contraire extrêmement pesantes. Mouvements machinaux, répétitions industrielles; le chant, lui, est toujours noyé derrière, sous d'épaisses couches de réverbe. On pense de temps en temps à un autre groupe grenoblois, Rien (que l'on retrouve d'ailleurs dans les remerciements), notamment dans les morceaux Berceaux et Muralité. Et puis il y a Carbone, qui saute aux oreilles par sa familiarité avec le Liars de l'époque Drums Not Dead, mais surtout par son efficacité imposante. Seul Volux +, qui vient clôturer l'album, fait figure d'outsider et sonne comme une révérence aux premiers amours de Owun. Le successeur de Le fantôme de Gustav (sous-titré "volume premier"), devrait cette fois réussir à mettre moins de dix ans pour nous parvenir; on l'espère sincèrement.