Jusqu'à présent
uniquement disponibles dans leur version originale, consultables sur
le site américain PROLE.INFO, Abolish Restaurants et Work
– Community – Politics – War viennent de faire l'objet
d'une traduction en français et d'une publication sur papier mat
assez luxueuse et donc plutôt étrange (quoique très agréable)
pour un ouvrage tout de même plus proche d'une brochure (et les
choix politiques qui vont avec) qu'un véritable livre. Ces deux
"pamphlets-comics", puisque c'est comme cela qu'il faut les
dénommer, font la part belle à une esthétique léchée, bichrome
noir et blanc, entre un mode d'emploi pour survivre à un crash
aérien et les BDs de Adrian Tomine (par exemple). Guerre de
classe traîte de la condition des "proles" (la classe
ouvrière d'aujourd'hui) en quatre chapitres (travail, communauté,
politique, guerre) en reprenant les thèses marxistes dans leurs
grands lignes. Un style clair, parsemé de références visuelles et
de citations, Guerre de classe est un tutoriel pour la révolution,
avec tout ce que cela sous-entend de romantique. A bas la
restauration est une critique de l'industrie de la restauration
par l'un de ses travailleurs. Le prisme sous lequel se construit cet
ouvrage est là encore la critique marxiste, appliquée ici à la
sphère de la restauration. La première partie se charge de mettre à
plat le fonctionnement d'un restaurant. On nous rappelle comment la
division du travail permet de diviser les travailleureuses et on y
apprends par ailleurs que les premiers "restaurants" sont
apparus à Paris vers 1760 et qu'on y vendait de petits ragoûts pour
soigner des personnes malades et que c'est après la révolution
française que la gastronomie se démocratisa peu à peu et que le
nombre de restaurants augmenta rapidement. Dans la seconde partie
nommée "comment démonter un restaurant" sont imaginées
les voies qui pourraient nous mener à monde sans restaurants, c'est
à dire "un monde où notre activité productive satisfera des
besoins (...) où nous produirons directement les uns pour les
autres, et non pour vendre les uns aux autres". Dans A bas
les restaurants, la
traduction est à très de rares occasions approximative dans la
retranscription du ton et le propos est un peu plus confus, mais sa
forme réhausse indéniablement l'intérêt de ce pamphlet. A bas
les restaurants et Guerre de classe sont également
disponibles et téléchargeables sur INFOKIOSQUES.NET et
REPOSITO.INTERNETDOWN.ORG.
mardi 29 janvier 2013
vendredi 30 novembre 2012
V/A - Sous sol
Une compilation
regroupant une bonne partie de la "scène punk/DIY" de
Grenoble est sortie en octobre, pour l'occasion du "festival des
groupes du local de répé du 102" qui avait donc lieu au 102.
19 titres pour la version cassette et 20 pour la version CD et tout
autant de groupes. Que dire que dire, lorsque l'on a soit même
participé au projet? Je crois que je vais rester formel, au risque
de me contenter de constater l'existence de cette compile... Alors,
au programme donc, majoritairement du punk (Gethen, Chicken's Call,
Let Me Die Alone, Contre Nature), sans guitare mais avec synthé
(Taulard), avec un goût pour la cold wave (Alarm) ou pour l'electro
(Petraschelm), plus ou moins crustouille (Plaine Crasse, Death Reign)
ou tendant vers l'emo: un peu (La Crève) ou carrément (Les Objets
Meurent). Le reste est assez éclectique, on retrouve le rap de
L'oiseau Mort, un projet solo electro (VHS) et un autre noise
(Richarles Bronson), du folk ricain (Mr Martin) et de la chanson
acoustique (Flo Mekouyansky), du surf (Les Profs de Skids, Bojie Moi
Orchestra), du post-hardcore/metal (Neiron) et du noise rock/punk
sans guitare mais avec violon (Ze Revengers). Bon, mais quand même,
il y a bien le titre "Fuir" de Taulard que j'aime
particulièrement, puis la classe des Revengers, Les Objets Meurent
que l'on savoure nostalgiquement et enfin La Crève, mais là c'est
un peu tricher.
mercredi 21 novembre 2012
Aluk Todolo - Occult Rock
Il faudra se charger
d'une bonne dose de courage pour partir à l'assaut des 85 minutes de
Occult Rock. Pas de repères, rien que des numéros de piste. La
première, d'ailleurs, est une épreuve. Les récalcitrants
abandonneront d'emblée, mais ceux que les quelques huit minutes d'un
blast bloqué sur un seul accord n'aura pas fait capituler seront
vaccinés au mal Aluk Todolo. Ils en apprécieront même d'autant
plus la saveur. Black metal, noise, krautrock. Là encore ce n'est
que question de repères. Des balises pour réussir l'acension du
Mont Aluk Todolo. Le trio a toujours eu cette obstination de la
répétition éternelle, quelque chose de cyclique mais condamné à
une seule saison: froide et humide. Si leur rock est occulte, c'est
en cela: Aluk Todolo parcourt un territoire, celui de la quête vers
une transe chamanique. Alors, puisqu'il est du propre de notre époque
de toujours s'arrêter à la projection des idées, on s'imaginerait
bien perdre nos moyens sur cet album, amplifié à l'excès, jusqu'à
ce que le corps en souffre et que la raison foute le camp. Et puis
cette montagne, menaçante, rappellant celle de la scène d'ouverture
de Aguirre de Herzog, s'élevant de la même brume: là encore, la
folie. A la fois minimaliste et épais, Occult Rock sonne comme s'il
cherchait à recréer la nature, à l'aide de ce qu'il a entre les
mains, des outils industriels. C'est le vent que l'on entend chez
Aluk Todolo, le bois qui craque, la roche qui cède, la pluie qui
ravine et la terre qui gronde.
mercredi 19 septembre 2012
Monstre! - Monstre! vs Burp Reynolds
Mes hanches se souviennent très bien de Inside Living Animals, le premier album de Monstre! sorti l'année dernière. Ce n'est pas tous les jours que l'on écoute, mes hanches et moi, un groupe qui donne autant la bougeotte. Pour un groupe de rock j'entends. Ben ouais, Monstre! c'est exactement ça, quatre garçons dans la bise, les qualités photogéniques des Beach Boys en moins, d'où les restructurations faciales sur leur premier album. Le nouveau directeur artistique du groupe trouvait cette pochette vraiment trop effrayante, alors cette fois on a opté pour une jolie petite illustration, une photo de famille de la bande, il faut bien que tout le monde s'y retrouve. Monstre! vs Burp Reynolds s'est vêtu d'une nouvelle couleur: si l'on retrouve bien tout ce que l'on avait pu entendre chez Monstre!, ce nouvel album prends les choses sous un nouvel angle. Nouvelle teinte, comme si les influences avaient changées de décennie. Encore plus funky, avec une basse qui mène souvent le jeu, énorme sur Burp Reynolds! Le clin d'oeil cinématographique n'est pas juste histoire de confirmer que chez Monstre! on s'amuse grave, il y a bien ci et là des décors qui viennent repeuplé notre imaginaire, ceux de l'insouciance d'une série américaine 70s ou 80s. Peut-être un peu moins noisy aussi, plus propre, mais parallèlement un air exotique que l'on retrouve actuellement dans cette fameuse scène indie/math/noise/expé française (Papier Tigre, Electric Electric,...) même si bien entendu, l'intention de Monstre! est à mille lieux de cela. Cinq titres et ses couplets entêtants, ses refrains exaltés. Toujours ce groove, cette voix légèrement droguée à la réverb', à la fois innocente et débridée, et ce sens aigu pour la mélodie efficace. Cinq titres et trois remixes. A ce train là, on espère juste que le sixième album de Monstre! ne sera pas un unique titre garni de sept remixes. Je laisse pointer une certaine réticence, mais je dois bien confesser que la version de Burp Reynolds apporte un grand intérêt avec ses chants syncopés. Pour ce qui est de Mean & wild en revanche, non, vraiment! Ce n'est pas que je n'apprécie point la trance et les boîtes de nuit mais... (hmmm, si, en fait le problème est peut-être bien là)
lundi 27 août 2012
Veuve S.S. - Viscères
Veuve S.S. a la mine grave, une expression sévère pourtant trahie par une lueur goguenarde dans le regard. Un hardcore abrupt, tendance fast et crustouille, qui se fout de la gueule du monde d'entrée de jeu avec un sillon fermé. Il y a des signes qui ne trompent pas derrière cette pochette de graphiste (ha ces lyonnais!): on n'évitera pas l'esclaffement sur le titre éponyme avec ce beuglement fatigué, maladif et les solos de guitare tout pourris. Mais ça devient intéressant quand le quatuor décide de prendre un peu plus son temps, sur Comme les vers par exemple. La batterie frêle, abandonnée par ses copines de jeu, cette gratte qui boude dans son coin et se réveille soudainement, en larsens, comme seul langage possible. Idem pour la fin de Crevard, crade dans sa lenteur et venimeuse dans sa faiblardise. Le chant est à l'image des paroles: tout en vomissures. Ca dégouline et finit en salissures sur les godasses. Un mérycisme fâcheux. Chez Veuve S.S. on piétine sa propre souillure, on se vautre volontairement et on finit face contre le sol à régurgiter ses entrailles.
lundi 20 août 2012
Moms On Meth - s/t
Fastcore putride et vindicatif. Du groove et du blast. Le premier ep de Moms On Meth envoie tout ce qu'il a envoyer en moins de sept minutes. On trouverait ce petit 7 pouces plutôt mignon si l'on pardonnait l'artwork au faux-vrai-mauvais-goût-que-l'on-prendrait-au-quatrième-degré-si-il-n'était-pas-déjà-légion-de-tout-prendre-au-quatrième-degré-mais-du-coup-on-ne-sait-plus-ce-qui-n'est-pas-sérieux-vu-qu'il-n'y-a-plus-de-sérieux. A part ça, Moms On Meth tabasse et s'écoute en boucle (la version numérique, sinon il faudra apprendre la patience). La voix d'Elisabeth, sous disto criarde, dégorge de toute sa hargne des paroles à la fois lucides et fun, le genre de trucs qu'on se plaît à brailler dans les concerts en chœur avec les copains/copines. En anglais les paroles, mais c'est plutôt logique lorsque c'est la langue maternelle de la chanteuse. On appréciera particulièrement l'efficacité de History repeats itself, le riff rock'n'roll de 5150 et les paroles de My generation.
jeudi 5 juillet 2012
Les Profs de Skids & Sea Sick Six - Split
Le surf n'est pas un
style qui renvoie forcément à des choses bien glorieuses: le sable,
le soleil, les filles en bikini, les grosses cylindrées et les
planches. Le surf ne renvoie pas forcément à des choses bien
glorieuses, sauf quand on prends soin d'évacuer toute cette
esthétique bancale pour ne garder que ce qui est réellement fun
dans cette histoire: les tremolos sous réverb' et les "poum
tchak tchak poum tchak". Le surfer blond et bronzé, lui, il
vient de se ramasser une grosse vague sur le coin de la tronche et
comme Christopher Steeve, c'est de son fauteuil sur lequel il restera
cadenassé jusqu'à la fin de ses jours qu'il va regarder les vagues,
une larme à l'oeil. Premier côté: Les Profs de Skids. Tout compte
fait, c'était peut-être plutôt une avalanche, la poudreuse plutôt
que l'écume pour nous fouetter le visage. Le surf des grenoblois est
assez "traditionnel", avec toutefois un penchant affirmé
pour les riffs qui groovent et une énergie incontrôlable. Bref, du
surf qui pue vraiment le punk-rock. Tout est toujours aussi bien
foutu dans les chansons instrumentales du trio. On retrouve quelques
titres déjà présents sur une demo ou l'autre, et du second degré
jusque dans les titres des chansons, et Fujiyama s'est naturellement
transformé en Fukushima. Second côté: les toulousain.e.s de Sea
Sick 6. C'est un peu plus chaotique sur cette face: Surf from hell, et le
surf de papa on le détruit à coup de synthé démoniaque et de voix
plus ou moins criardes mais toujours ironiquement possédées. Des
samples apocalyptiques, une guitare dangereuse sous des effluves de
réverb': Sea Sick 6 est la B.O. d'une virée sur les ruines de ce
monde en perdition. A Toulouse, on n'a pas la plage, mais
on a la rage.
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