Le flou règne autour de
Gouvernail. Ce qu'il semble être: un projet individuel lyonnais.
Pour le reste, on ne pourra s'accrocher qu'à la stricte matière
sonore. Des loops de guitare et une batterie électro pour seule
substance, un post-rock richement construit, tirant clairement ses
racines d'un post-hardcore plus hostile mais que l'on aurait surpris
un instant en pleine songerie. C'est un travail toujours un peu
compliqué de s'épancher sur une musique du genre sans tourner en
rond. Comment ne pas se vautrer encore et toujours sur des termes
tels que "paysage" ou "onirique"? Disons que l'on
connaît Gouvernail. On a déjà entendu cela quelque part. Du moins,
les termes qu'il emploie font partie de notre vocabulaire depuis
longtemps. Mais dans Black Howl, il y a tout de même une certaine
manière de les agencer, ces termes, d'où une entité propre. Pas la
peine d'aller chercher des références, ce serait à la fois juste
de le faire. Et extrêmement faux. Ce premier recueil de cinq titres
instrumentaux,cohérent de bout à bout, sait emprunter dans d'autres
sphères, comme ces beats de Canadian Shores ou sur A New Start.
Moins mélancolique. Plus "catchy". Tout cela se joue sur
de fines nuances, mais tout cela fait la différence et Gouvernail
opère merveilleusement bien dans ce qu'il fait. Aura-t-on la chance
de le découvrir en live? A l'écoute de Black Howl, je me remémore
un ancien groupe de Lyon qui partage quelque peu le même lexique. Y
aurait-il un ancien membre de Солярис [Solaris] aux commandes
de Gouvernail?
vendredi 11 avril 2014
Nine Eleven - 24 Years
City of Quartz m'avait
interpellé à sa sortie. Choisir pour titre d'album le nom de
l'ouvrage de Mike Davies -sur la ségrégation spatiale et le
tout-sécuritaire de la ville contemporaine à travers l'exemple de
Los Angeles-, cela ne pouvait sembler que prometteur. A l'écoute
pourtant, rien à en tirer pour ma part: un punk-hardcore froid et
surproduit, empilant tout les codes du genre. Une machine de guerre
lisse et propre semblable à toutes les autres machines de guerre de
la nouvelle scène hardcore. Une abrupte dichotomie entre un discours
fortement revendicatif et une modalité de fonctionnement à la
conquête de la sphère spectaculturelle -grosse production, facebook
et tout l'arsenal habituel- aux antipodes de leur idéologie portée
en blason. En définitive, une bonne déception, immédiate. Et puis
récemment, un concert me donne l'occasion de redécouvrir le groupe.
Entre temps, les manceaux ont changé de chanteur et de bassiste (et
de batteur?) et ont redéfinit leur spectre musical. Nine Eleven se
veut plus dark et rôde d'avantage vers le post-hardcore avec des
prises de vitesse à la Cursed. Et en live, une attitude totalement
honnête et passionnée et un set impeccable. Nine Eleven n'en finit
pas pour autant avec son goût pour les codes et les banalités, des
plans un peu grossiers (la première partie de Face the Triangle par
exemple, assez pompeuse, pourtant sauvée par la suite plus posée
mais magnifiquement tendue). 24 Years possède en revanche de
nombreux moments de pur bonheur et la production est beaucoup moins
connotée et plus vivante que précédemment. Le nouveau chant est
pour beaucoup dans le renouveau salutaire de Nine Eleven, moins sec,
plus habité et chargé émotionnellement. Et en prime un bel objet,
même si là encore pas d'étonnements sur un artwork composé de
peintures de "maîtres" pour la version vinyle: un Caravage
et la fameuse vanité de Philippe de Champaigne. En espérant que ce
nouveau line-up se stabilise un peu et poursuive ce qu'il vient
d'entamer.
mardi 11 mars 2014
Frustros - A l'attaque du rien
Il m'en aura fallu du
temps pour me laisser séduire par Frustros. Il faut dire que le
quatuor n'a rien de très excitant et ne cherche pas à écrire des
tubes (merde, j'espère que je ne me plante pas...), même pas pour
faire chanter ses potes. Avec Frustros, la vitesse de croisière est
enclenchée, on ne s'arrête jamais pour prendre un petit café sur
une aire de repos, mais on n’appuie pas non plus sur
l'accélérateur. Le fondamental en ce qui concerne le sens de la
mélodie chez Frustros, c'est la dissonance. Pour le chant, c'est un
peu la même chose: "c'est bon, ça passe". Les paroles
forcent et se bousculent au bout de la langue, en tentant de s'évader
au moment propice. Et voilà ce qui est agréable, c'est que Frustros
ne caresse personne dans le sens du poil, ne cherche ni à plaire, ni
à déplaire, même pas à faire les choses bien. Pourtant, au détour
d'une écoute approximative, du genre bande-sonore en sourdine
pour couvrir ce silence affreux pendant la lecture d'un livre
évidemment passionnant, on se surprend à siffloter un petit air
ou à mâchouiller quelques mots par mimétisme. Mais peut-être est-ce
seulement un effet secondaire de la répétition? Perso, le premier
indice, c'était avec "et POURquoi,... juste pour être payé"
sur Avant de crever suivi quelques temps après de "pourtant,...
quand on se verra" sur Pas si libres suivi de... Mais c'est
sûrement cela, une effet secondaire... Il y aura bien toujours
quelques nerds pour dire que Frustros c'est trop cool, mais pour
vraiment apprécier Frustros, il faut n'en avoir rien à cirer.
lundi 10 mars 2014
Gammy Bird - ep
Gammy Bird, c'était ma
révélation il y a quelques mois, lors de leur concert à la
dernière de Grrrnd Zero Gerland. Trois jeunes gens humbles et
sympathiques qui délivrent un set impeccable comme si cela allait de
soit: simple et magique, bien loin de l'ambiance à GZ ce soir-là...
Je ne sais pas si l'on peut dire que Gammy Bird est un groupe
lyonnais ou bien franco-anglais (le trio compte en effet deux anglais
et une française), en tout cas c'est bien autour de la Saône et du
Rhône qu'illes se retrouvent. Je suis un petit peu déçu de ce
premier ep, il manque un petit quelque chose: l'enregistrement n'est
pas des plus fidèles au souvenir que je me fais du groupe mais peu
importe, les chansons sont enfin là. Gammy Bird, donc, c'est une
espèce de pop lancinante, d'art-rock aux teintes noisy,
admirablement mélodique et entraînant. Une caractéristique du
trio, c'est le chant de Dean. Parfois très haut-perché ou tout à
l'inverse posé dans des tonalités graves, singulier et d'autant
plus car souvent doublé, c'est ce qui fait clairement la
particularité du groupe. Quelques indices cependant, Basic Storms
par exemple fait penser tout à la fois aux Pixies et à Pinback.
Mais indéniablement, Gammy Bird possède déjà sa patte, que le
trio illustre ici en cinq chansons et une vingtaine de minutes.
Personnellement, je reste à l'affût d'un plus long format qui sera,
j'en suis persuadé, impeccable.
mercredi 19 février 2014
Celeste - Animale(s)
Dés lors, tout apparaît si clair:
Celeste commence sérieusement à me fatiguer. Celeste a trouvé son
créneau depuis un bon moment déjà, et Celeste applique encore et
toujours la même formule. Certain.e.s me diraient qu'il n'y a aucun
problème à cela, et pourtant il y en a un, bien en évidence. Celeste a une image. Celeste a un son.
Celeste a un style. Celeste a ses adeptes. Une esthétique de
l'extrême. Des paroles les plus noires possibles. Celeste, c'est
l'overdose. Celeste ne rime plus à rien; on peut en être persuadé
maintenant: Celeste se moque de nous. Comment croire encore à ce que
l'on nous raconte? Que d'aucun n'implore la catharsis. Que d'aucun
n'implore la part sombre de chaque individu. De la haine? Même pas,
Celeste ne provoque plus rien. Aucune urgence, aucun danger. Celeste
est raffiné, avec tout ce qu'il y a de détestable dans ce terme.
Celeste se joue des codes des musiques extrêmes. Une esthétisation
de l'horreur. Celeste est une véritable niche commerciale. Celeste
pourrait être un très bon projet d'étudiants en marketing, mais
malheureusement c'est un groupe.
lundi 30 septembre 2013
Collectif pour l'intervention - Communisme: un manifeste
Il n'y a pas de système capitaliste, il n'y a que des décisions qui servent à maintenir les lois de l'économie : l'économie est une politique en soi et elle mène le monde à sa perte. C'est à peu près par ces mots que l'on peut résumer le constat établi en introduction de Communisme: un manifeste. A l'origine de cet ouvrage, un groupe de militant.e.s issu.e.s de diverses luttes souhaitant mettre en perspective leurs différentes revendications: qui combat-on au juste? et en quel modèle de vie croyons-nous? Hardt et Negri ont élaboré le concept de «multitude»; le Collectif pour l'intervention, quant à lui, recentre sa philosophie autour de la division en classes (possédants/dépossédés) pour pragmatiser, du moins pour clarifier les enjeux actuels sans trop se perdre dans les entrailles d'une théorisation trop complexe, car ce que souhaitent en premier lieu les auteures, c'est réinsuffler du révolutionnaire dans la critique sociale. On pourra penser à L'insurrection qui vient, néanmoins ce manifeste s'est penché d'avantage sur un éventuel futur et ce que pourrait être l'horizon post-capitaliste. A défaut de nous y mener, Communisme : un manifeste est déjà une piqûre de rappel et un état des lieux clair et motivant.
vendredi 2 août 2013
Reveille - Broken Machines
Cet
album, je ne l'espérais plus. Time and Death m'avait accompagné un
bon moment. Indie rock noisy aux chansons impeccables. Depuis, j'ai
eu le temps de profiter encore et encore de François avec Clara
Clara et de Lisa avec Alligator. Reveille, je les avais presque
oublié. Leur premier album avait attiré la poussière et les
acariens dans un coin de ma tête. Et puis, pour dire vrai, je suis
complètement passé à côté de ce split avec Chris Cohen l'année
dernière, dont on retrouve d'ailleurs aujourd'hui le titre Circle
Scenario. Silence radio depuis trois ans donc, et soudain la surprise
au détour d'une page internet: Reveille existe toujours et vient de
sortir une nouvelle sucrerie. Certes l'emballage est un peu pompeux:
cette manie de sortir des clips (cela est sûrement indispensables
pour les lecteurs.trices de Magic) mais on ne recrache pas un bonbon
tant qu'on ne l'a pas mis à la bouche. Alors, ce Broken Machines?
Une traduction terminologique restera sensiblement la même: indie
rock, noisy-pop, lo-fi et nineties, mais Reveille a fait son bout de
chemin et il est plutôt plaisant de noter que le groupe tente de
nouvelles choses, cela est particulièrement visible sur un titre
comme Horizon. Petite
note informelle: le Reveille de Broken Machines doit, je crois, pas
mal à Ned. Le meilleur de cet opus réside dans des choses simples,
la beauté naît toujours de la fragilité, d'une petite chose timide
qui apparaît soudain. Revenge est irréprochable, sa vaguelette
bruitiste, une rythmique appliquée, des accords de basse raffinés
et voguant à la surface cette ligne de chant et ces notes de
guitare austères: de la non-chalance, la nargue de nous rendre
accros si aissément. Dans le même genre, We Came Alive et Long
Distant Runner sont également opérantes. Petit point noir: Broken
Machines ne tient pas la longeur, et le dernier tiers de l'album est
moins emballant, on prendra sûrement la mauvaise habitude de
s'arrêter en cours de route pour revenir au point de départ.
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