mardi 29 janvier 2013

A bas les restaurants / Guerre de classe



Jusqu'à présent uniquement disponibles dans leur version originale, consultables sur le site américain PROLE.INFO, Abolish Restaurants et Work – Community – Politics – War viennent de faire l'objet d'une traduction en français et d'une publication sur papier mat assez luxueuse et donc plutôt étrange (quoique très agréable) pour un ouvrage tout de même plus proche d'une brochure (et les choix politiques qui vont avec) qu'un véritable livre. Ces deux "pamphlets-comics", puisque c'est comme cela qu'il faut les dénommer, font la part belle à une esthétique léchée, bichrome noir et blanc, entre un mode d'emploi pour survivre à un crash aérien et les BDs de Adrian Tomine (par exemple). Guerre de classe traîte de la condition des "proles" (la classe ouvrière d'aujourd'hui) en quatre chapitres (travail, communauté, politique, guerre) en reprenant les thèses marxistes dans leurs grands lignes. Un style clair, parsemé de références visuelles et de citations, Guerre de classe est un tutoriel pour la révolution, avec tout ce que cela sous-entend de romantique. A bas la restauration est une critique de l'industrie de la restauration par l'un de ses travailleurs. Le prisme sous lequel se construit cet ouvrage est là encore la critique marxiste, appliquée ici à la sphère de la restauration. La première partie se charge de mettre à plat le fonctionnement d'un restaurant. On nous rappelle comment la division du travail permet de diviser les travailleureuses et on y apprends par ailleurs que les premiers "restaurants" sont apparus à Paris vers 1760 et qu'on y vendait de petits ragoûts pour soigner des personnes malades et que c'est après la révolution française que la gastronomie se démocratisa peu à peu et que le nombre de restaurants augmenta rapidement. Dans la seconde partie nommée "comment démonter un restaurant" sont imaginées les voies qui pourraient nous mener à monde sans restaurants, c'est à dire "un monde où notre activité productive satisfera des besoins (...) où nous produirons directement les uns pour les autres, et non pour vendre les uns aux autres". Dans A bas les restaurants, la traduction est à très de rares occasions approximative dans la retranscription du ton et le propos est un peu plus confus, mais sa forme réhausse indéniablement l'intérêt de ce pamphlet. A bas les restaurants et Guerre de classe sont également disponibles et téléchargeables sur INFOKIOSQUES.NET et REPOSITO.INTERNETDOWN.ORG.

vendredi 30 novembre 2012

V/A - Sous sol



Une compilation regroupant une bonne partie de la "scène punk/DIY" de Grenoble est sortie en octobre, pour l'occasion du "festival des groupes du local de répé du 102" qui avait donc lieu au 102. 19 titres pour la version cassette et 20 pour la version CD et tout autant de groupes. Que dire que dire, lorsque l'on a soit même participé au projet? Je crois que je vais rester formel, au risque de me contenter de constater l'existence de cette compile... Alors, au programme donc, majoritairement du punk (Gethen, Chicken's Call, Let Me Die Alone, Contre Nature), sans guitare mais avec synthé (Taulard), avec un goût pour la cold wave (Alarm) ou pour l'electro (Petraschelm), plus ou moins crustouille (Plaine Crasse, Death Reign) ou tendant vers l'emo: un peu (La Crève) ou carrément (Les Objets Meurent). Le reste est assez éclectique, on retrouve le rap de L'oiseau Mort, un projet solo electro (VHS) et un autre noise (Richarles Bronson), du folk ricain (Mr Martin) et de la chanson acoustique (Flo Mekouyansky), du surf (Les Profs de Skids, Bojie Moi Orchestra), du post-hardcore/metal (Neiron) et du noise rock/punk sans guitare mais avec violon (Ze Revengers). Bon, mais quand même, il y a bien le titre "Fuir" de Taulard que j'aime particulièrement, puis la classe des Revengers, Les Objets Meurent que l'on savoure nostalgiquement et enfin La Crève, mais là c'est un peu tricher.

mercredi 21 novembre 2012

Aluk Todolo - Occult Rock


Il faudra se charger d'une bonne dose de courage pour partir à l'assaut des 85 minutes de Occult Rock. Pas de repères, rien que des numéros de piste. La première, d'ailleurs, est une épreuve. Les récalcitrants abandonneront d'emblée, mais ceux que les quelques huit minutes d'un blast bloqué sur un seul accord n'aura pas fait capituler seront vaccinés au mal Aluk Todolo. Ils en apprécieront même d'autant plus la saveur. Black metal, noise, krautrock. Là encore ce n'est que question de repères. Des balises pour réussir l'acension du Mont Aluk Todolo. Le trio a toujours eu cette obstination de la répétition éternelle, quelque chose de cyclique mais condamné à une seule saison: froide et humide. Si leur rock est occulte, c'est en cela: Aluk Todolo parcourt un territoire, celui de la quête vers une transe chamanique. Alors, puisqu'il est du propre de notre époque de toujours s'arrêter à la projection des idées, on s'imaginerait bien perdre nos moyens sur cet album, amplifié à l'excès, jusqu'à ce que le corps en souffre et que la raison foute le camp. Et puis cette montagne, menaçante, rappellant celle de la scène d'ouverture de Aguirre de Herzog, s'élevant de la même brume: là encore, la folie. A la fois minimaliste et épais, Occult Rock sonne comme s'il cherchait à recréer la nature, à l'aide de ce qu'il a entre les mains, des outils industriels. C'est le vent que l'on entend chez Aluk Todolo, le bois qui craque, la roche qui cède, la pluie qui ravine et la terre qui gronde.

mercredi 19 septembre 2012

Monstre! - Monstre! vs Burp Reynolds


Mes hanches se souviennent très bien de Inside Living Animals, le premier album de Monstre! sorti l'année dernière. Ce n'est pas tous les jours que l'on écoute, mes hanches et moi, un groupe qui donne autant la bougeotte. Pour un groupe de rock j'entends. Ben ouais, Monstre! c'est exactement ça, quatre garçons dans la bise, les qualités photogéniques des Beach Boys en moins, d'où les restructurations faciales sur leur premier album. Le nouveau directeur artistique du groupe trouvait cette pochette vraiment trop effrayante, alors cette fois on a opté pour une jolie petite illustration, une photo de famille de la bande, il faut bien que tout le monde s'y retrouve. Monstre! vs Burp Reynolds s'est vêtu d'une nouvelle couleur: si l'on retrouve bien tout ce que l'on avait pu entendre chez Monstre!, ce nouvel album prends les choses sous un nouvel angle. Nouvelle teinte, comme si les influences avaient changées de décennie. Encore plus funky, avec une basse qui mène souvent le jeu, énorme sur Burp Reynolds! Le clin d'oeil cinématographique n'est pas juste histoire de confirmer que chez Monstre! on s'amuse grave, il y a bien ci et là des décors qui viennent repeuplé notre imaginaire, ceux de l'insouciance d'une série américaine 70s ou 80s. Peut-être un peu moins noisy aussi, plus propre, mais parallèlement un air exotique que l'on retrouve actuellement dans cette fameuse scène indie/math/noise/expé française (Papier Tigre, Electric Electric,...) même si bien entendu, l'intention de Monstre! est à mille lieux de cela. Cinq titres et ses couplets entêtants, ses refrains exaltés. Toujours ce groove, cette voix légèrement droguée à la réverb', à la fois innocente et débridée, et ce sens aigu pour la mélodie efficace. Cinq titres et trois remixes. A ce train là, on espère juste que le sixième album de Monstre! ne sera pas un unique titre garni de sept remixes. Je laisse pointer une certaine réticence, mais je dois bien confesser que la version de Burp Reynolds apporte un grand intérêt avec ses chants syncopés. Pour ce qui est de Mean & wild en revanche, non, vraiment! Ce n'est pas que je n'apprécie point la trance et les boîtes de nuit mais... (hmmm, si, en fait le problème est peut-être bien là)

lundi 27 août 2012

Veuve S.S. - Viscères




Veuve S.S. a la mine grave, une expression sévère pourtant trahie par une lueur goguenarde dans le regard. Un hardcore abrupt, tendance fast et crustouille,  qui se fout de la gueule du monde d'entrée de jeu avec un sillon fermé. Il y a des signes qui ne trompent pas derrière cette pochette de graphiste (ha ces lyonnais!): on n'évitera pas l'esclaffement sur le titre éponyme avec ce beuglement fatigué, maladif et les solos de guitare tout pourris. Mais ça devient intéressant quand le quatuor décide de prendre un peu plus son temps, sur Comme les vers par exemple. La batterie frêle, abandonnée par ses copines de jeu, cette gratte qui boude dans son coin et se réveille soudainement,  en larsens, comme seul langage possible. Idem pour la fin de Crevard, crade dans sa lenteur et venimeuse dans sa faiblardise. Le chant est à l'image des paroles: tout en vomissures. Ca dégouline et finit en salissures sur les godasses. Un mérycisme fâcheux. Chez Veuve S.S. on piétine sa propre souillure, on se vautre volontairement et on finit face contre le sol à régurgiter ses entrailles.

lundi 20 août 2012

Moms On Meth - s/t




Fastcore putride et vindicatif. Du groove et du blast. Le premier ep de Moms On Meth envoie tout ce qu'il a envoyer en moins de sept minutes. On trouverait ce petit 7 pouces plutôt mignon si l'on pardonnait l'artwork au faux-vrai-mauvais-goût-que-l'on-prendrait-au-quatrième-degré-si-il-n'était-pas-déjà-légion-de-tout-prendre-au-quatrième-degré-mais-du-coup-on-ne-sait-plus-ce-qui-n'est-pas-sérieux-vu-qu'il-n'y-a-plus-de-sérieux. A part ça, Moms On Meth tabasse et s'écoute en boucle (la version numérique, sinon il faudra apprendre la patience). La voix d'Elisabeth, sous disto criarde, dégorge de toute sa hargne des paroles à la fois lucides et fun, le genre de trucs qu'on se plaît à brailler dans les concerts en chœur avec les copains/copines. En anglais les paroles, mais c'est plutôt logique lorsque c'est la langue maternelle de la chanteuse. On appréciera particulièrement l'efficacité de History repeats itself, le riff rock'n'roll de 5150 et les paroles de My generation.

jeudi 5 juillet 2012

Les Profs de Skids & Sea Sick Six - Split



Le surf n'est pas un style qui renvoie forcément à des choses bien glorieuses: le sable, le soleil, les filles en bikini, les grosses cylindrées et les planches. Le surf ne renvoie pas forcément à des choses bien glorieuses, sauf quand on prends soin d'évacuer toute cette esthétique bancale pour ne garder que ce qui est réellement fun dans cette histoire: les tremolos sous réverb' et les "poum tchak tchak poum tchak". Le surfer blond et bronzé, lui, il vient de se ramasser une grosse vague sur le coin de la tronche et comme Christopher Steeve, c'est de son fauteuil sur lequel il restera cadenassé jusqu'à la fin de ses jours qu'il va regarder les vagues, une larme à l'oeil. Premier côté: Les Profs de Skids. Tout compte fait, c'était peut-être plutôt une avalanche, la poudreuse plutôt que l'écume pour nous fouetter le visage. Le surf des grenoblois est assez "traditionnel", avec toutefois un penchant affirmé pour les riffs qui groovent et une énergie incontrôlable. Bref, du surf qui pue vraiment le punk-rock. Tout est toujours aussi bien foutu dans les chansons instrumentales du trio. On retrouve quelques titres déjà présents sur une demo ou l'autre, et du second degré jusque dans les titres des chansons, et Fujiyama s'est naturellement transformé en Fukushima. Second côté: les toulousain.e.s de Sea Sick 6. C'est un peu plus chaotique sur cette face: Surf from hell, et le surf de papa on le détruit à coup de synthé démoniaque et de voix plus ou moins criardes mais toujours ironiquement possédées. Des samples apocalyptiques, une guitare dangereuse sous des effluves de réverb': Sea Sick 6 est la B.O. d'une virée sur les ruines de ce monde en perdition. A Toulouse, on n'a pas la plage, mais on a la rage.