Il m'en aura fallu du
temps pour me laisser séduire par Frustros. Il faut dire que le
quatuor n'a rien de très excitant et ne cherche pas à écrire des
tubes (merde, j'espère que je ne me plante pas...), même pas pour
faire chanter ses potes. Avec Frustros, la vitesse de croisière est
enclenchée, on ne s'arrête jamais pour prendre un petit café sur
une aire de repos, mais on n’appuie pas non plus sur
l'accélérateur. Le fondamental en ce qui concerne le sens de la
mélodie chez Frustros, c'est la dissonance. Pour le chant, c'est un
peu la même chose: "c'est bon, ça passe". Les paroles
forcent et se bousculent au bout de la langue, en tentant de s'évader
au moment propice. Et voilà ce qui est agréable, c'est que Frustros
ne caresse personne dans le sens du poil, ne cherche ni à plaire, ni
à déplaire, même pas à faire les choses bien. Pourtant, au détour
d'une écoute approximative, du genre bande-sonore en sourdine
pour couvrir ce silence affreux pendant la lecture d'un livre
évidemment passionnant, on se surprend à siffloter un petit air
ou à mâchouiller quelques mots par mimétisme. Mais peut-être est-ce
seulement un effet secondaire de la répétition? Perso, le premier
indice, c'était avec "et POURquoi,... juste pour être payé"
sur Avant de crever suivi quelques temps après de "pourtant,...
quand on se verra" sur Pas si libres suivi de... Mais c'est
sûrement cela, une effet secondaire... Il y aura bien toujours
quelques nerds pour dire que Frustros c'est trop cool, mais pour
vraiment apprécier Frustros, il faut n'en avoir rien à cirer.
mardi 11 mars 2014
lundi 10 mars 2014
Gammy Bird - ep
Gammy Bird, c'était ma
révélation il y a quelques mois, lors de leur concert à la
dernière de Grrrnd Zero Gerland. Trois jeunes gens humbles et
sympathiques qui délivrent un set impeccable comme si cela allait de
soit: simple et magique, bien loin de l'ambiance à GZ ce soir-là...
Je ne sais pas si l'on peut dire que Gammy Bird est un groupe
lyonnais ou bien franco-anglais (le trio compte en effet deux anglais
et une française), en tout cas c'est bien autour de la Saône et du
Rhône qu'illes se retrouvent. Je suis un petit peu déçu de ce
premier ep, il manque un petit quelque chose: l'enregistrement n'est
pas des plus fidèles au souvenir que je me fais du groupe mais peu
importe, les chansons sont enfin là. Gammy Bird, donc, c'est une
espèce de pop lancinante, d'art-rock aux teintes noisy,
admirablement mélodique et entraînant. Une caractéristique du
trio, c'est le chant de Dean. Parfois très haut-perché ou tout à
l'inverse posé dans des tonalités graves, singulier et d'autant
plus car souvent doublé, c'est ce qui fait clairement la
particularité du groupe. Quelques indices cependant, Basic Storms
par exemple fait penser tout à la fois aux Pixies et à Pinback.
Mais indéniablement, Gammy Bird possède déjà sa patte, que le
trio illustre ici en cinq chansons et une vingtaine de minutes.
Personnellement, je reste à l'affût d'un plus long format qui sera,
j'en suis persuadé, impeccable.
mercredi 19 février 2014
Celeste - Animale(s)
Dés lors, tout apparaît si clair:
Celeste commence sérieusement à me fatiguer. Celeste a trouvé son
créneau depuis un bon moment déjà, et Celeste applique encore et
toujours la même formule. Certain.e.s me diraient qu'il n'y a aucun
problème à cela, et pourtant il y en a un, bien en évidence. Celeste a une image. Celeste a un son.
Celeste a un style. Celeste a ses adeptes. Une esthétique de
l'extrême. Des paroles les plus noires possibles. Celeste, c'est
l'overdose. Celeste ne rime plus à rien; on peut en être persuadé
maintenant: Celeste se moque de nous. Comment croire encore à ce que
l'on nous raconte? Que d'aucun n'implore la catharsis. Que d'aucun
n'implore la part sombre de chaque individu. De la haine? Même pas,
Celeste ne provoque plus rien. Aucune urgence, aucun danger. Celeste
est raffiné, avec tout ce qu'il y a de détestable dans ce terme.
Celeste se joue des codes des musiques extrêmes. Une esthétisation
de l'horreur. Celeste est une véritable niche commerciale. Celeste
pourrait être un très bon projet d'étudiants en marketing, mais
malheureusement c'est un groupe.
lundi 30 septembre 2013
Collectif pour l'intervention - Communisme: un manifeste
Il n'y a pas de système capitaliste, il n'y a que des décisions qui servent à maintenir les lois de l'économie : l'économie est une politique en soi et elle mène le monde à sa perte. C'est à peu près par ces mots que l'on peut résumer le constat établi en introduction de Communisme: un manifeste. A l'origine de cet ouvrage, un groupe de militant.e.s issu.e.s de diverses luttes souhaitant mettre en perspective leurs différentes revendications: qui combat-on au juste? et en quel modèle de vie croyons-nous? Hardt et Negri ont élaboré le concept de «multitude»; le Collectif pour l'intervention, quant à lui, recentre sa philosophie autour de la division en classes (possédants/dépossédés) pour pragmatiser, du moins pour clarifier les enjeux actuels sans trop se perdre dans les entrailles d'une théorisation trop complexe, car ce que souhaitent en premier lieu les auteures, c'est réinsuffler du révolutionnaire dans la critique sociale. On pourra penser à L'insurrection qui vient, néanmoins ce manifeste s'est penché d'avantage sur un éventuel futur et ce que pourrait être l'horizon post-capitaliste. A défaut de nous y mener, Communisme : un manifeste est déjà une piqûre de rappel et un état des lieux clair et motivant.
vendredi 2 août 2013
Reveille - Broken Machines
Cet
album, je ne l'espérais plus. Time and Death m'avait accompagné un
bon moment. Indie rock noisy aux chansons impeccables. Depuis, j'ai
eu le temps de profiter encore et encore de François avec Clara
Clara et de Lisa avec Alligator. Reveille, je les avais presque
oublié. Leur premier album avait attiré la poussière et les
acariens dans un coin de ma tête. Et puis, pour dire vrai, je suis
complètement passé à côté de ce split avec Chris Cohen l'année
dernière, dont on retrouve d'ailleurs aujourd'hui le titre Circle
Scenario. Silence radio depuis trois ans donc, et soudain la surprise
au détour d'une page internet: Reveille existe toujours et vient de
sortir une nouvelle sucrerie. Certes l'emballage est un peu pompeux:
cette manie de sortir des clips (cela est sûrement indispensables
pour les lecteurs.trices de Magic) mais on ne recrache pas un bonbon
tant qu'on ne l'a pas mis à la bouche. Alors, ce Broken Machines?
Une traduction terminologique restera sensiblement la même: indie
rock, noisy-pop, lo-fi et nineties, mais Reveille a fait son bout de
chemin et il est plutôt plaisant de noter que le groupe tente de
nouvelles choses, cela est particulièrement visible sur un titre
comme Horizon. Petite
note informelle: le Reveille de Broken Machines doit, je crois, pas
mal à Ned. Le meilleur de cet opus réside dans des choses simples,
la beauté naît toujours de la fragilité, d'une petite chose timide
qui apparaît soudain. Revenge est irréprochable, sa vaguelette
bruitiste, une rythmique appliquée, des accords de basse raffinés
et voguant à la surface cette ligne de chant et ces notes de
guitare austères: de la non-chalance, la nargue de nous rendre
accros si aissément. Dans le même genre, We Came Alive et Long
Distant Runner sont également opérantes. Petit point noir: Broken
Machines ne tient pas la longeur, et le dernier tiers de l'album est
moins emballant, on prendra sûrement la mauvaise habitude de
s'arrêter en cours de route pour revenir au point de départ.
vendredi 5 juillet 2013
Sorcières pourchassées, assumées, puissantes, queer
Cet ouvrage est la
conclusion d'un projet entrepris par Anna Colin en 2012 à travers un
cycle de trois expositions et d'événements à La Maison Populaire à
Montreuil intitulé "Plus ou moins sorcières". Son travail
de recherche, situé aux croisements de l'histoire, de la sociologie,
de l'art et de la culture populaire, s'est attaché à la chasse aux
sorcières, ses raisons, ses enjeux, ses formes contemporaines et aux
femmes qualifiées ou autoproclamées comme telles. Sorcières est un
recueil de textes et d'entretiens d'écrivain.e.s, de
chercheurs.euses, de militant.e.s et d'artistes. Difficile de parler
de ce livre sans trop vouloir s’épancher sur tout son contenu.
Après une introduction/ contextualisation de Anna Colin s'ensuit
un entretien avec Silvia Federici, auteure notamment de Caliban and
the Witch: Women, the Body and Primitive Accumulation. La professeure/activiste
corrèle chasse aux sorcières et capitalisme en expliquant comment,
actuellement et dans certaines contrées, de grands acteurs de l'économie créent des situations de conflits par le biais
d'accusations de sorcellerie pour mieux tirer profit de ressources
naturelles ou d'échanges commerciaux. L'émeutier et la sorcière
d'Olivier Marboeuf prend pour point de départ les événements de
2005 à Clichy-sous-Bois, la mort de deux jeunes puis les émeutes
qui en suivirent pour rapprocher ces deux figures. Sous son regard, toutes deux sont le
symbole d'une pratique illicite, d'une communauté nocturne qui se
révèle brièvement avant son retour à l'anonymat diurne. Parler "d'émeute
de banlieue", c'est élaborer une séparation, de ces "jeunes-là",
qui permet d'appliquer, comme pour la sorcière en son temps, des lois
d'exceptions. Dans un autre texte, Marina Warner, fait le tour des
figures de la femme monstrueuse dans la mythologie et la culture
contemporaine, des monstres femelles et des mères cruelles liée à une diabolisation de la féministe. Angus Cameron, quant à lui,
s'attache au rôle du fou et de la sorcière au Moyen-Age, le premier
étant la représentation d'une menace mais dont le rôle
véritablement permettait de consolider la répartition du pouvoir en
renversant les codes durant un instant donné, délimité et encadré.
On change ensuite de domaine avec Latifa Laâbissi qui revient sur
son interprétation de La Danse de la sorcière, dont la version
originelle de Mary Wigman fut présentée en 1914 puis complétée en
1926. Par la suite, j'avoue me perdre quelque peu dans les trois
textes clôturant l'ouvrage. Les questions autour du queer présentent
un certain intérêt mais les enjeux spirituels, que ce soit autour du
culte de la déesse-mère pour LW et Redfern Barrett, les Fées de
Richard John Jones ou le chamanisme chez AA Bronson ne prête qu'à sourire. Reste que la mise en page superbe de ce
livre édité en version bilingue français/ anglais ainsi que les
horizons disparates des différent.e.s collaborateurs.trices et des
domaines conviés dans cet ouvrage en font un objet singulier et
passionnant.
mercredi 1 mai 2013
Deborah Kant - Terminal Rail/Route
Je me
souviens avoir découvert Deborah Kant live. Le seul détail que je
puisse encore clairement évoquer, c'est ce guitariste agenouillé
sur le devant de la scène en train de métamorphoser son instrument
en xylophone à l'aide d'un tournevis. Il y avait également cette
nonchalance, dans la dégaine et dans le style qui sentait fort les
années 90 et les groupes phares de l'époque, Sonic Youth en tête.
Une addition d'anecdotes, c'est ce qui ressort aujourd'hui, mais le
constat était grandement réjouissant. Première chose positive à
l'écoute de ce second album, Deborah Kant est beaucoup plus doué
pour composer de la musique qu'une pochette de disque. Des groupes au
parfum nineties noise, il y en a pléthore, mais il est moins
fréquent de trouver, dans cette masse guidée par la nostalgie ou
l'esthétique du suranné, des formations qui montrent un certain
talent à proposer des chansons marquantes, aux mélodies qui restent
en tête, et Deborah Kant fait partie de cette catégorie. Acid
Rainbows et Acid Dermal/Carded Mail en sont le parfait exemple et me
rappelle à l'instant mon goût prononcé pour des groupes comme Dead
Meadow, Comets On Fire ou encore All The Saints, ce qui n'a
finalement pas grand chose à voir avec les nineties me direz-vous.
Bref. Alors Deborah Kant c'est peut-être un peu ça, du noise rock
aux relents psychés, aux structures extensives, mené par des riffs
de guitare protéiformes, parfois bruitistes ou rageurs mais capables
de se faire plus doux (la ritournelle de Acid Dermal/Carded Mail
encore une fois).
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